La liberté renouvelée d’Ivan Messac

Ivan Messac_Centre Pompidou

Depuis le 15 octobre dernier, Ivan Messac a disposé dans le Studio 13/16 du Centre Pompidou, à Paris, pots, pinceaux, colle et autres outils pour y réaliser, le temps de vingt après-midi et en public, L’amour à cloche-pied, une toile monumentale aux contours singuliers s’inspirant de diverses représentations sculptées – par Le Bernin et Girardon, notamment – du mythe de l’enlèvement de Proserpine par Pluton. Un travail qui offre par ailleurs de découvrir un nouvel axe de la pratique de l’artiste, développé grâce aux technologies numériques.

Hervé Sika et sa troupe improvisée devant L’Amour à cloche-pied d’Ivan Messac.
Hervé Sika et sa troupe improvisée devant L’Amour à cloche-pied d’Ivan Messac.

Mercredi 2 novembre. Au sous-sol du Centre Pompidou, des notes de musique s’échappent du Studio 13/16. Elles accompagnent les mouvements d’un groupe de jeunes filles réunies autour d’Hervé Sika. Les premières sont concentrées, le second, tout sourire. Soudain, le chorégraphe les entraîne à sa suite vers le fond de la pièce, poursuivre une improvisation gestuelle qui vient faire écho à la dynamique des personnages évoluant sur la toile d’Ivan Messac. Ce dernier, absorbé à quelque pas de là par les gestes précis présidant à une opération de marouflage, a voulu que son atelier provisoire s’anime de rencontres multiples et transdisciplinaires. Quatre « invités » se sont ainsi succédés au fil d’une dizaine d’après-midi lors d’ateliers destinés aux adolescents : le danseur Hervé Sika, l’écrivain et poète Pierre Tilman, la comédienne Christine Ravat-Farenc – qui sera de nouveau présente ces samedi 5 et dimanche 6 novembre – et l’illustratrice Delphine Panique, qui interviendra mercredi prochain. Les visiteurs peuvent aussi visionner plusieurs courtes – et très réussies – vidéos signées par l’association EuxArtistes et consacrées au maître éphémère des lieux ou s’initier au dessin sur tablette numérique, pratique récente dans la démarche d’Ivan Messac et centrale dans ce projet mené à Beaubourg.

L’Amour à cloche-pied (détail), Ivan Messac, 2016.
L’Amour à cloche-pied (détail), Ivan Messac, 2016.

L’amour à cloche-pied se déploie sur tout un pan de mur ; la toile mesure 2,5 m de haut sur 6 m de large. Sept scènes multicolores la composent qui sont toutes autant d’interprétations de la « mésaventure » de Proserpine imaginées par l’artiste à partir de ce qu’en a retenu l’histoire de l’art. Si la figure centrale a été travaillée exclusivement in situ, les six autres ont pris source sur iPad. C’est en juin dernier qu’Ivan Messac a montré pour la première fois ce type d’œuvres, imprimées sur papier ou sur toile, à l’occasion d’une exposition lilloise accueillie par la Art to Be Gallery. « Cela faisait un certain temps que je m’amusais à faire des croquis sur ma tablette, explique-t-il. Je l’avais toujours avec moi. Et puis un jour, à la fin de l’année dernière, c’est véritablement devenu un instrument de travail. » Depuis, l’artiste a fait imprimer près de 70 pièces sur papier et une quarantaine de tableaux, pour la plupart grand format. Tous les châssis sont commandés sur mesure, en fonction de l’agrandissement qui lui semble le mieux approprié. Chaque œuvre est certifiée unique et signée à la main sur le devant de la toile. « Le certificat mentionne que si l’œuvre est abîmée et impossible à restaurer, je fais alors un acte de destruction définitive et je la redonne à l’identique à l’acquéreur. »

Le Costume de David Hockney, Ivan Messac, 2016.
Le Costume de David Hockney, Ivan Messac, 2016.

Jouant sur les possibilités offertes par les applis Adobe Illustrator Draw et Procreate, entre lesquelles il invente des « ponts » pour pallier à leur incompatibilité – la première est basée sur le dessin vectoriel, la seconde sur l’illustration pixelisée –, Ivan Messac s’est découvert un territoire inédit d’exploration – le peintre, ses modèles et ses motifs sont parmi les thèmes récurrents – et une nouvelle source de liberté. Notion qui lui a toujours tenu à cœur. « Je parle de la liberté avec soi-même, de celle du type qui se sent libre de faire ce qu’il a envie et non pas contraint par ce que les autres attendent de lui. C’est ça aussi mon bonheur. » Quant à la simplicité apparente de la pratique que certains mauvais esprits ne manqueront pas de pointer, la question n’a pour lui pas lieu d’être. Il assume pleinement le plaisir éprouvé à jouer avec l’outil, ses possibilités et ses manques, jusqu’à celui invariablement ressenti à la réception d’une toile de retour de l’atelier d’impression : « Je déroule et suis à chaque fois émerveillé comme un enfant qui découvre un cadeau ! »

Qui a peur du grand méchant loup ?, Ivan Messac, 2016.
Qui a peur du grand méchant loup ?, Ivan Messac, 2016.

« Le paradoxe par rapport à la relative modernité des moyens que j’emploie, reprend-il, c’est que je n’ai peut-être jamais autant fait de peinture. Il est question de composition, de trait, de forme, de couleur, etc. A ceci près que je n’ai plus à me soucier de l’encombrement des pots et de leur entretien ! J’ai toujours l’impression d’être comme un jeune artiste. Obligé tous les jours de conquérir mon public, de le surprendre, de me surprendre moi-même. C’est comme cela que je le vis. Pour voir des choses aboutir, il faut travailler et travailler encore. »
Tout au long de sa carrière, Ivan Messac a toujours accordé beaucoup d’importance à ce qu’un tableau ait une existence, qu’il soit exposé en galerie ou ailleurs, avant d’être vendu. L’amour à cloche-pied sera sans doute l’un de ceux qui auront eu l’un des plus beaux départs dans la « vie ». Il reste cinq journées pour l’apprécier sur la cimaise qui l’a vu naître et échanger quelques mots avec son créateur. Pour ceux qui ne pourront faire le déplacement, rappelons qu’un journal de bord documentant cette aventure singulière est mis à jour quotidiennement sur Ivanmessaclive.com.

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