Art(s) contemporain(s) & Jeunesse – Les idées cool d’octobre

Bientôt les vacances, période propice pour s’ouvrir l’esprit à d’autres horizons que ceux de la télévision et écrans de tout poil ! Voici donc notre moisson automnale d’idées de visites « art contemporain » destinées aux enfants et ados ou à partager tout simplement en famille un peu partout en France. Mais également au-delà de nos frontières, comme sur Internet. De Sars-Poteries, dans le Nord, à Sète et de Blois à Epinal, en passant par Paris, Florence et Aarhus, au Danemark, cette sélection se place sous le signe de la rencontre et de l’interactivité.

DU NORD AU SUD…

Ann Veronica Janssens
Magic Mirror, Ann Veronica Janssens.

Ann Veronica Janssens, magicienne de la lumière. Le 1er octobre dernier, le Musée départemental du verre de Sars-Poteries, dans le Nord, a inauguré son nouveau bâtiment, dessiné par l’architecte Raphaël Voinchet, et changé par la même occasion de nom : le MusVerre abrite une collection de plusieurs milliers de pièces créées entre le début du XIXe siècle et aujourd’hui, notamment lors de résidences régulières d’artistes contemporains. Invitée d’honneur de cette nouvelle étape dans la vie de l’institution, la Belge Ann Veronica Janssens a réalisé une installation in situ – à découvrir jusqu’au 20 février 2017 – mettant en exergue tant la poésie propre à son travail que le matériau verre, récurrent dans sa pratique artistique basée sur l’expérience sensorielle. Elle dispose ici sept Magic Mirrors et Gaufrettes qui jouent avec la réfraction et la réflexion des ondes lumineuses se propageant à travers la grande baie en angle qui caractérise la salle d’exposition. « La lumière, en se reflétant sur les fragments du verre coloré brisé ou en les traversant de manière aléatoire, crée une myriade de reflets colorés irisés qui évoluent en fonction du déplacement de l’observateur, explique l’artiste. De même, l’assemblage entre deux plaques en verre structuré d’un filtre coloré iridescent produit une surface sculpturale, colorée et mouvante, à chaque fois différente selon l’illumination du lieu où elle est exposée et la position de l’observateur. » A noter que le MusVerre organise tout au long de l’année des visites et ateliers à destination des familles et du jeune public. Plus d’infos d’un clic !

Panamarenko
Verti-Vortex, Panamarenko, 1981.

L’héritage des Shadoks à savourer au Miam. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Telle est la question autour de laquelle s’articulait la vie absurde des petits personnages déjantés, infatigables constructeurs de machines improbables, inventés par Jacques Rouxel (1931-2004) et apparus sur les écrans de télévision en 1968. « Ils semblaient des parasites, un véritable virus télévisuel, virtuel avant l’heure, se souvient l’artiste Hervé Di Rosa, initiateur avec Bernard Belluc du Musée international des arts modestes de Sète. Je fus d’emblée sidéré par ces drôles d’échassiers qui défiaient la logique et nous confrontaient pour la première fois à l’absurde, avec une grande intelligence déguisée. » Outre une plongée dans l’univers singulier des Shadoks, qui abrita les expérimentations graphiques, picturales et musicales les plus avant-gardistes de l’époque, le Miam offre de découvrir, jusqu’au 31 décembre, les œuvres de plus de 70 artistes – parmi lesquels Saâdane Afif, Michel Blazy, Delphine Coindet, David Nash, Lisa Oppenheim, Panamarenko, Françoise Pétrovich, Sarkis, Alain Séchas ou encore Patrick Van Caeckenbergh – considérés comme « les successeurs de cet esprit insolent dont les ramifications dans la culture visuelle et scientifique continuent de se développer jusqu’à aujourd’hui ».

…ET D’OUEST EN EST

One Life Remains
1000 Galantes, One Life Remains.

Art et jeu en questions à la Fondation du doute. Imaginée par Ben et dédiée à l’héritage de l’esprit Fluxus*, la Fondation du doute accueille jusqu’au 18 décembre, à Blois, une exposition consacrée au collectif parisien One Life Remains, qui réunit André Berlemont, Kevin Lesur, Brice Roy et Franck Weber. Ensemble, ils explorent plus particulièrement depuis 2009 les rapports entre jeu vidéo et expression artistique. « Mettre du jeu vidéo là où il n’est pas censé être et voir ce qui en résulte est une manière de résumer notre démarche. » Fruit d’une double résidence estivale à la fondation et à l’école d’art de Blois/Agglopolys, 1000 Galantes prend la forme d’un dispositif vidéoludique dont le but pourrait être d’en découvrir les règles ! Initié en 2013 et présenté depuis sous forme de prototype dans différents festivals d’art numérique, il est dévoilé ici pour la première fois dans sa forme aboutie. Au cœur de cette expérience collaborative à vivre en groupe – jusqu’à plusieurs dizaine de joueurs –, l’utilisation du pointeur laser. « C’est un objet inquisitorial, explique le collectif. C’est l’arme de celui qui cherche à mettre les choses à la question. Mieux : elles ne peuvent pas s’échapper. (…) Certains chercheront sans doute à élaborer des hypothèses, à tester des théories, à repérer des schémas de répétition. Mais on pourra tout aussi bien renoncer à la compréhension, s’installer devant l’écran comme on regarde un feu de cheminée, se perdre dans le ballet des formes qui apparaissent et disparaissent, sans chercher à accéder à autre chose qu’au pur jeu des formes qui se succèdent. » Du vendredi 21 au mercredi 26 octobre, une installation (Garage Game) réunissant plusieurs jeux vidéo expérimentaux – abrités notamment dans un bus ou des voitures –, créés par une dizaine d’artistes ou collectifs invités, sera par ailleurs présentée en accès libre dans la cour de la fondation.

Sinzogan
Les Portes du retour, Julian Sinzogan, 2013.

Conversation africaine à Epinal. Le sel sur la mangue est le titre aussi intrigant qu’onirique choisi pour l’exposition collective présentée actuellement à la Lune en Parachute, à Epinal. Celle-ci réunit les travaux de cinq artistes d’origine africaine : Saïdou Dicko, David Nal-Vad, Piniang, Momar Seck et Julien Sinzogan. Le premier, né au Burkina Faso, a fait de l’ombre, celle des hommes, des animaux, mais aussi de l’âme, le cœur de son exploration photographique et vidéo ; avec le Sénégalais Piniang, il coréalise des installations alliant son et vidéo, à l’image d’Histoire d’eau, qui invite ici à pénétrer une case lointaine où tout se raconte autour d’une bassine. Peintre et sculpteur, le Franco-Gabonais David Nal-Vad se décrit comme « un vagabond des cultures, un homme sans culture fixe » ; ses œuvres entremêlent références à l’Occident, au sacré et aux traditions africaines. Né à Dakar, Momar Seck vit et travaille en Suisse. Tout son travail – sculpture, peinture, installation – s’articule autour de la récupération d’objets divers et variés du quotidien. « L’utilisation de l’environnement n’est pas seulement un souci de recyclage, précise-t-il. Le but, c’est plutôt d’avoir une option artistique et une vision plastique avec des moyens qui sont plus ou moins proches. » Julien Sinzogan, enfin, est d’origine béninoise et est installé en région parisienne. Sur ses bateaux aux voiles multicolores navigant sur des mers de papier et de toile aux textures les plus diverses, l’artiste convie le public à un voyage aux confins de l’imagerie vaudou parsemé d’étapes dans l’univers de la bande dessinée ! Une proposition à découvrir jusqu’au 5 novembre.

L’INCONTOURNABLE PARIS…

L’amour à cloche-pied (esquisse préparatoire), Ivan Messac, 2016.
L’amour à cloche-pied (dessin numérique préparatoire), Ivan Messac, 2016.

Ivan Messac sans filet à Beaubourg ! J-1 pour le défi inédit que s’est lancé à lui-même Ivan Messac : réaliser une œuvre monumentale en public et sur un temps prédéterminé, soit très exactement vingt après-midi. A partir de ce samedi 15 octobre et jusqu’au 13 novembre, le Studio 13/16 du Centre Pompidou se transforme en atelier éphémère qui verra naître L’amour à cloche-pied, une œuvre monumentale qui s’inscrit dans la lignée d’un travail à la croisée de la sculpture et de la peinture entrepris il y a quelques années et puisant son inspiration dans l’observation d’œuvres sculpturales dites classiques. Tout est parti ici d’une curiosité nourrie par Ivan Messac pour la représentation, par Le Bernin et Girardon entre autres, du mythe de l’enlèvement de Proserpine par Pluton. « Je trouvais drôle et sympathique ces histoires de dieux séduits par des nymphes », glisse-t-il en souriant. Quant à la notion de cloche-pied, elle prend source dans le fait que dans toutes les sculptures observées, le personnage masculin était sur un pied – car en plein élan –, la pièce maintenue en équilibre par l’ajout d’un rocher ou d’un tronc d’arbre. « Ramenant tout cela en deux dimensions, je n’avais plus de problème mécanique, donc plus besoin de ces éléments. Sur mes esquisses, le pied de derrière n’est pas visible d’où l’impression que l’homme n’est que sur une jambe. » La juxtaposition de ses croquis, formant comme la décomposition d’un mouvement de danse, lui donnera l’idée d’une large toile (6 m x 2,5 m) aux contours irréguliers – fabriquée et offerte par les établissements Marin – qui n’attendait plus qu’un lieu singulier pour exister. « Cette forme un peu bizarre nécessitait de réaliser le tableau autrement, dans un cadre et des conditions également inhabituels. » A tel point qu’Ivan Messac n’a aucune idée de la tournure que prendront les vingt séances de travail programmées en public. Durant la moitié d’entre elles, des ateliers seront plus spécifiquement destinés aux adolescents par le danseur Hervé Sika (les 26, 27, 28 octobre et le 2 novembre), la comédienne Christine Ravat-Farenc (les 23, 24 octobre et les 5, 6 novembre), l’écrivain et poète Pierre Tilman (le 29 octobre) et l’illustratrice Delphine Panique (le 9 novembre). « De mon côté, j’ai accepté ce lieu avec l’idée que j’y accueillerai aussi un public adulte, précise l’artiste. Autour de moi, il va se passer beaucoup de choses, est-ce que je vais m’y intéresser ou m’astreindre à me concentrer sur mon tableau ? » Réponse à partir de demain sur place et à suivre en direct en ligne sur une plateforme dédiée.

art elysees
L’entrée d’Art Elysées en octobre 2015.

Foires et salons à foison. Le mois d’octobre est traditionnellement celui du grand rendez-vous international de l’art contemporain qu’est la Fiac, qui se tient au Grand Palais du 20 au 23 octobre. Près de 190 galeries françaises et étrangères y sont réunies pour sa 43e édition. Un parcours Hors-les-murs est quant à lui à découvrir dans le Jardin des Tuileries, au Musée national Eugène Delacroix et sur la Place Vendôme. Plusieurs autres manifestations se déploient à travers la capitale pour offrir un large aperçu de la création actuelle. Parmi elles, citons l’Outsider Art Fair, mythique foire d’art brut et singulier fondée en 1993 à New York par Sandy Smith et s’invitant pour la quatrième année consécutive à Paris ; une quarantaine de galeries s’installent du 20 au 23 octobre à l’Hôtel du Duc dans le IIe arrondissement. La Yia Art Fair – 65 galeries – réinvestit pour sa part le Carreau du Temple, tout en proposant un parcours Hors-les-murs développé en collaboration avec divers lieux culturels du quartier du Marais. Dédiée aux pratiques artistiques numériques, Variation présente quant à elle sa troisième édition à la Cité internationale des arts dès le mardi 18 octobre. Ni galeries, ni stands à découvrir, mais un parcours d’œuvres « documentant le monde au travers des technologies qui sont à l’origine de ses plus profondes mutations », pour reprendre les mots de son commissaire Dominique Moulon. Il faudra traverser le périphérique pour déambuler parmi les 400 œuvres disséminées dans les allées du salon Réalités Nouvelles, installé comme chaque année au Parc floral de Paris. L’exposition, qui met à l’honneur l’art abstrait, ouvre ses portes dès ce samedi 15 octobre et célèbre cette année ses 70 ans. Autre anniversaire, celui d’Art Elysées, qui a dix ans en 2016. La foire se déploie depuis la place Clémenceau jusqu’à celle de la Concorde et rassemble quelque 70 galeries autour de trois axes : art contemporain, art moderne et design. De l’autre côté des Champs-Elysées, la jeune foire 8e Avenue – initiée en 2015 – est plus spécifiquement consacrée à l’art urbain. Bon marathon !

…ET SES ENVIRONS

Le monde selon Sylvie Blocher. « Je travaille sur la complexité d’un monde dont on n’arrête pas de nous dire qu’il est simple et binaire – dans une recherche épuisante du consensus –, alors qu’il est merveilleusement multiple, explique Sylvie Blocher. Or j’adore le “dissensus” : c’est justement parce que l’on n’est pas d’accord que l’on peut essayer d’argumenter, d’affronter la matière de l’autre sans en avoir peur. Cela donne, je crois, un art qui réfléchit au monde et l’expérimente. » L’artiste, qui a fait de la vidéo son mode d’expression privilégié, est pour quelques jours encore l’invitée du Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, où elle vit. Elle y présente plusieurs installations, dont deux créées spécifiquement pour l’occasion, qui abordent les thèmes de l’identité, de l’altérité, de l’écriture de l’histoire ou encore du vivre ensemble, qui habitent toute son œuvre. Chaque pièce met en exergue les rencontres particulières vécues par l’artiste au fil de ses projets. La plupart du temps, les participants à ses tournages – dont les protocoles varient en fonction du lieu, de son histoire, de son environnement social et politique et de ce qu’elle-même ressent de ces rencontres – sont sollicités via la distribution de flyers et les médias locaux. « Je m’impose des règles très strictes. Je ne connais jamais le nom ni le sexe des personnes que je m’apprête à recevoir. Je ne les interroge pas sur le plan privé, ni ne pose deux fois la même question et je ne tourne toujours qu’une seule fois, ce qui m’oblige à une concentration absolue. » L’exposition Les mots qui manquent est à voir jusqu’au 17 octobre.

Vue de l’installation Speeches (2012) au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, Sylvie Blocher.
Vue de l’installation Speeches (2012) au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, Sylvie Blocher.

Montreuil, terre d’artistes. Plus de 700 artistes et artisans d’art travaillant à Montreuil vous ouvrent la porte de leur atelier à partir de ce vendredi 14 et jusqu’au lundi 17 octobre (entre 14 h et 20 h). Marqueterie, reliure, mosaïque, design, calligraphie, dessin, arts plastiques, œuvres numériques, illustration, photographie et vidéo, mais aussi création sonore, danse et théâtre – entre autres ! – sont à appréhender dans le cadre de rencontres et d’échanges placés sous le signe de la convivialité. A l’occasion de cette 19e édition des Journées portes ouvertes, un focus sur les créateurs qui investissent les murs de l’espace public est proposé par le biais de trois parcours de Street art dessinés à travers la ville ; une carte dédiée interactive est à consulter en ligne. Au cœur du dispositif, l’équipe du 116, centre d’art contemporain situé au 116 rue de Paris à Montreuil, est à la disposition du public pour tout renseignement complémentaire. Adresses des ateliers et noms des artistes participants sont disponibles via ce lien.

A L’AIR LIBRE

Alma (détail), Christian Boltanski, 2014.
Alma (détail), Christian Boltanski, 2014.

Les jardins du LaM au son des clochettes. Acquise il y a quelques mois par le LaM – le Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut – pour son parc de sculptures, Alma (2014) est une installation signée Christian Boltanski. Constituée de centaines de tiges de métal d’où pendent des clochettes japonaises livrées au souffle du vent et des plaquettes de plexiglas reflétant la lumière du soleil, elle invite à une expérience sensorielle et poétique. A l’origine, l’œuvre avait été réalisée dans le cadre d’une rétrospective du travail de l’artiste français au Musée national des beaux-arts de Santiago, au Chili. Elle avait été présentée dans le désert d’Atacama, lieu de pèlerinage et d’émotions lié à la mémoire des disparus sous la dictature du général Pinochet. « Je pense qu’il y a des fantômes autour de nous et qu’ils sont matérialisés par ces clochettes », explique Christian Boltanski dans un reportage réalisé à l’époque par Marian Lacombe et Isabelle Steinl pour le site Sculpturenature.com. Le parc de sculptures du LaM est accessible gratuitement de 9 h à 18 h tous les jours sauf le lundi.

Balade au bord des paysages. Le Pic Saint-Loup se dresse à une vingtaine de kilomètres au nord de Montpellier. C’est sur son territoire que se déroule, jusqu’au 1er novembre, la deuxième édition de la manifestation d’art contemporain en plein air Aux bords des paysages. Coordonnée par l’association Le Passe Muraille, son commissariat a été confié cette année à Marie-Caroline Allaire-Matte. Cinq démarches artistiques sont à appréhender à travers des œuvres monumentales conçues en dialogue avec la nature. Depuis le sentier même du Pic Saint-Loup, où une sculpture de Roland Cognet mêlant bois et métal ne manquera pas d’interpeller le promeneur, jusqu’au site de Cambous, habité par une intrigante Girouette jaune – signée Robert Rocca, elle est livrée aux quatre vents de la région que sont le Mistral, la Tramontane, le Marin et le Grec –, le parcours fait aussi halte au bord de la D17, sur la commune du Triadou, où l’artiste sétoise Agnès Rosse réactive un support publicitaire laissé à l’abandon avec Clic !. Ce que disent les pierres est une installation réalisée in situ au niveau du col de Fambetou par le collectif d’architectes Time Maker’s (Jean Combes, Gabriel Emard et Nicolas Vinadelle), qui vient faire écho aux ruines du château de Montferrand. Cédric Le Borgne, enfin, intervient dans les villages de Notre-Dame-de-Londres et de Saint-Martin-de-Londres où il a installé respectivement un oiseau géant et un Homme Volant. Des médiateurs devraient être sur place plusieurs heures par jour pour accompagner le public.

CHEZ NOS VOISINS

Reframe, Ai Weiwei, 2016.
Reframe, Ai Weiwei, 2016.

Ai Weiwei ne désarme pas. Le Palazzo Strozzi de Florence consacre à Ai Weiwei sa première rétrospective en Italie, Libero, permettant d’appréhender jusqu’au 22 janvier prochain la pratique de cet artiste engagé depuis les années 1980 jusqu’à nos jours. De nombreuses pièces témoignent de l’attention portée depuis toujours par Ai Weiwei aux liens entre passé et présent, tradition et modernité, individu et communauté. Le plasticien chinois, aujourd’hui installé à Berlin, a créé pour l’occasion plusieurs œuvres, dont une s’emparant du bâtiment même de l’institution : Reframe est une installation constituée d’une vingtaine de canots de sauvetage orange alignés sur la façade datant du XVe siècle. Une évocation sans détour des réfugiés qui continuent de risquer quotidiennement leur vie en Méditerranée. Dans la cour du palais se déploie Refraction, une œuvre imaginée lors de son intervention sur l’île d’Alcatraz, à San Francisco en 2014, qui prend la forme d’une immense aile de métal réalisée à partir de morceaux de fours solaires utilisés à l’origine au Tibet. La métaphore du vol de l’oiseau venant ici souligner l’absence de liberté et les contraintes imposées à la population de cette région par le gouvernement chinois.

L’invitation à la réflexion de Joana Vasconcelos. Le Musée ARoS d’Aarhus, petite ville côtière du nord-est du Danemark, inaugure ce vendredi 14 octobre une vaste exposition consacrée à l’artiste portugaise Joana Vasconcelos. Au premier regard ludiques et colorées, ses sculptures et installations sont constituées d’ingénieux assemblages – souvent puisés dans la simplicité du quotidien et des objets usuels de l’environnement domestique – à travers lesquels elle livre sa lecture singulière des mentalités, mythologies et iconographies de notre société hyperconsommatrice, en questionnant ses contradictions avec force humour, voire ironie. Vidéo, photo et performance font également partie de ses modes d’expression, tour à tour convoqués avec pour objectif constant « de faire réfléchir ». « La réflexion n’a ni couleur, ni race, ni identité, ni âge, ni sexe, fait-elle remarquer, mais elle est capable d’évoluer et de faire évoluer. » Ses œuvres, si elles touchent à l’intimité de l’inconscient collectif, se suffisent rarement à elles-mêmes : « Tout mon travail demande un certain degré d’implication, il demande la présence de l’autre pour pouvoir exister, précise-t-elle. Une œuvre est incomplète sans le spectateur. » Parmi les seize pièces présentées, la dernière née de la série des Valkyries (notre photo d’ouverture) – longue de plus de 50 m et se déployant sur toute la hauteur des huit étages du musée – rejoindra les collections de l’institution. Textures of Life est à découvrir jusqu’au 19 février 2017.

SUR LA TOILE

archimomesFocus sur l’architecture. Archimome.fr est le pendant spécial jeune public du site officiel de la Cité de l’architecture et du patrimoine qu’abrite le palais de Chaillot à Paris. Il propose ainsi de découvrir de façon ludique des notions d’histoire de l’art et de l’architecture par le biais de courtes vidéos thématiques. Dans la section dédiée à l’architecture moderne, l’une d’elle évoque les sources d’inspiration des architectes d’aujourd’hui. Plusieurs guides offrent de réaliser des maquettes, dessins, découpages et autres coloriages à la maison.

* Initié à l’aube des années 1960 par l’Américain George Maciunas, Fluxus est un courant animé d’un esprit de franche liberté, s’inscrivant dans un rejet des institutions et interrogeant la notion même d’œuvre d’art comme place de l’artiste dans la société. Humour et dérision en étaient les maîtres-mots.

Crédits photos