Nuit Blanche 2017 : comme un seul homme

Déjà quinze ans que, chaque année, la ville de Paris s’illumine le temps d’une nuit, pour le plus grand plaisir des amateurs d’art et autres vagabonds curieux en tous genres. Pour cette 16e édition de Nuit Blanche, dirigée par Charlotte Laubard, l’accent a été mis sur la nécessité de « faire œuvre commune ». Ce samedi 7 octobre, la manifestation invite les Parisiens à suivre deux circuits reliant les 28 œuvres sélectionnées pour le « In » de l’évènement, reconnaissables par un marquage au sol ; l’un se déploie dans le Nord de la capitale, l’autre en son centre. Heureux les égarés, puisqu’ils auront la possibilité de tomber sur quelque 85 propositions « Off » au hasard des rues environnant les parcours « officiels ». Bonne(s) balade(s) !

Depuis sa première édition en 2002, Nuit Blanche a gagné une forte reconnaissance et draine désormais chaque année plus d’un million de personnes, à tel point que le modèle de cet évènement a été exporté dans une trentaine de métropoles (européennes et mondiales) à travers le monde (Rome, Londres, Malaga, Venise, Montréal, Kyoto, Melbourne, etc.). En 2017, Nuit Blanche se concentre sur deux espaces de la capitale, « des lieux de melting-pot et de rassemblement », pour reprendre les mots de Charlotte Laubard, directrice artistique de l’évènement : le premier s’étend de la Gare du Nord au quartier de La Chapelle–Marx Dormoy (entre le 10e et le 18e arrondissement), le second, plus habituel, englobe assez largement le quartier du Châtelet, le Marais et plusieurs pans de la Rive gauche. Le projet s’articule autour de la volonté de réunir les Parisiens dans une « œuvre commune », afin de les rapprocher « en ces temps de repli sur soi ». « La construction identitaire, la mémoire collective, les manières dont nous interagissons, tout ce qui nous caractérise en tant que communauté(s) sont au cœur des dispositifs de cette Nuit Blanche », précise encore Charlotte Laubard. Plusieurs dispositifs ingénieux ont été imaginés à cet effet, à commencer par les points info, conçus par le collectif Jekyll ; au nombre de trois, ils empruntent leur forme aux chaînes de production automatisées et se situent sous la Canopée des Halles, à l’Hôtel de Ville et sur l’esplanade Nathalie-Sarraute. Les promeneurs pourront aussi être accompagnés d’une intelligence artificielle, développée spécialement pour l’occasion par les élèves de la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève (HEAD), où enseigne la directrice artistique de l’événement. Nommé « Némo le Chatbot », ce programme de discussion accessible via Messenger et la page Facebook de la manifestation (@NBParis) sera capable d’échanger autour des œuvres de Nuit Blanche. La ville de Paris a par ailleurs référencé sur l’application Mapstr toutes les installations et performances déployées pour l’occasion, ainsi que les établissements de restauration partenaires de l’évènement qui resteront ouverts tout au long de la nuit. Enfin, sachez que si les lignes de métro 1 et 12 (qui permettent la jonction entre les deux circuits Nuit Blanche) fonctionneront tout au long de la nuit, elles ne desserviront que quelques arrêts stratégiques. Méfiance donc au moment du retour, même si le réseau de bus Noctilien devrait, de son côté, être renforcé. Pour l’heure, ArtsHebdoMédias vous propose, en toute subjectivité, une sélection d’étapes incontournables dans chacune des deux grandes zones de la capitale concernées. En route !

Parcours Nord

Extrait de Couvre-feux (image d’archives – février 1962), Jeanne Gillard et Nicolas Rivet.

Direction tout d’abord la rue de l’Evangile, dans l’extrême nord de Paris. Située entre les stations de métro Porte de la Chapelle et Marx Dormoy (ligne 12), elle est également accessible par la Gare Rosa Parks (RER E). Le lieu et ses alentours sont douloureusement marqués par la nuit meurtrière du 17 octobre 1961, durant laquelle plus d’une centaine de Français musulmans d’Algérie ont trouvé la mort, victimes de la répression policière faisant suite à une manifestation pacifique contre le couvre-feu. Jeanne Gillard et Nicolas Rivet s’emparent du sujet pour nous proposer un voyage dans le temps, augmenté par un ensemble d’archives réunies sur le site Internet Octobre-paris.info, qui permettent la réhabilitation d’une mémoire volontairement bafouée par une amnésie organisée. De retour au XXIe siècle, poursuivez jusqu’au numéro 54 de cette même rue (Halle Hébert), où le collectif (La) Horde, formé par Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel, présente, entre 19 h et 2 h, sa performance The Master’s Tools. Entre une piste de danses virales et un ballet endiablé de véhicules, le visiteur est à la fois spectateur et acteur d’un tournage ouvrant sur une nouvelle dimension, entre danse, cinéma et réalisations plastiques.

Silent (arrêt sur image vidéo), Pauline Boudry et Renate Lorenz.

Depuis la Halle Hébert, quelques pas mènent au terrain de sport Tristan Tzara, au 11 rue Tchaïkovski, où se tient un tour de chant des plus décalés. Une vidéo y met ainsi en scène la musicienne vénézuélienne Aérea Negrot, s’apprêtant à entonner une chanson devant une mer de micros avant de, finalement, les ignorer et chanter hors des capteurs. Intitulée Silent, l’œuvre de Pauline Boudry et Renate Lorenz interroge ce que nous exprimons quand nous ne parlons pas, notre frustration, également, ainsi qu’une forme de résistance moderne à la parole outrancière.
Une petite faim ? Poursuivez jusqu’au Shakirail (72 rue Riquet), où Clémence Chiron, Marie Brugière et Thibault Cohade vous invitent à un repas… auditif. Papilles sonores est une performance durant laquelle sont enregistrés puis amplifiés en temps réel les bruits de mastication de plusieurs convives pendant un repas de 20 minutes. L’œuvre questionne notre relation à la convivialité et aux autres. Un peu plus au sud s’étend l’esplanade Nathalie-Sarraute. Outre au point info, rendez-vous est donné au 22bis pour se laisser happer par Critical Mass : Pure Immanence (notre photo d’ouverture). Par le biais de la vidéo, Anne de Vries nous immerge en pleine « rave party », une de ces fameuses réunions clandestines au milieu de forêts ou de champs, où se déchaînent les corps en transe sur fond sonore rythmé. Un voyage au cœur de la fête qui fait perdre ses repères, le spectateur étant balloté par une caméra filmant tantôt du dessous, tantôt à l’envers.

Dyew, Djeff.

Après la tempête, que diriez-vous d’un peu de calme, voire de mysticisme ? Direction la piscine Château-Landon, pour découvrir Dyew, une installation présentée par Djeff. Une masse blanche, mousseuse, à la fois lourde et aérée investit le lieu. Calme et apaisant au premier abord, le spectacle change du tout au tout dès que l’on s’empare des capteurs palmaires mis à disposition ; la foudre et l’orage se déchaînent alors au rythme de nos battements de cœur et l’atmosphère s’alourdit à mesure que l’on donne de soi. Véritable émanation de notre for intérieur, l’œuvre libère les tensions en même temps qu’elle devient plus pesante.
Pour conclure ce parcours du nord de la capitale, se diriger vers la Gare de l’Est et, plus exactement, son parvis ou place du 11-Novembre-1918, pour une plongée dans la vie des camps tsiganes de la grande couronne parisienne. Bertille Bak, connue pour son travail sur les communautés, nous emmène sur les bords des rails traversant Ivry-sur-Seine, dans l’un de ces camps précaires qui abritent une poignante réalité. Loin du reportage dénonciateur, Transport à dos d’hommes entend cependant davantage mettre à mal les clichés et les a priori du grand public, offrant un autre regard sur la condition tsigane – qui souffre d’une cruelle indifférence – via la mise en scène de la vie quotidienne dans les campements.

Parcours Centre

Non loin de Saint-Paul, sur la ligne 1 du métro, la cour intérieure de la bibliothèque Forney, vieille bâtisse médiévale située près des quais de seine (1 rue Figuier), accueille l’exposition Anima. Organisée par l’association d’artistes Etrecontemporain ?, elle réunit les œuvres vidéos interactives, sonores, visuelles de Michèle Atchadé, Bertrand Gadenne et Anne-Sarah Le Meur. Cette dernière, artiste-chercheur qui travaille sur les couleurs par codage informatique et explore le rapport entre l’imaginaire et l’informatique, y présente Vermille (2017).
De l’Ile Saint-Louis voisine à celle de la Cité, il n’y a qu’un pont ! Parsemé de silhouettes squelettiques et autres carcasses qui semblent l’arpenter, le pont Saint-Louis devient, le temps d’une nuit, l’antre de Lionel Sabatté. Une Ile sur un Pont regroupe plusieurs de ses sculptures, qu’il réalise selon des procédés bien singuliers : si ferraille, béton, fibres végétales, épices et pigments sont ici plus particulièrement mis à l’honneur, poussière, thé, peaux mortes, résidus d’ongles ou encore mues d’insectes sont parmi les matériaux qu’affectionne l’artiste. Ses sculptures délabrées, qui semblent errer sans but ni condition, interrogent le vivant et notre relation avec la mort, le devenir incertain de l’humanité, aussi.

Une île sur le pont (série Human condition), Lionel Sabatté.
Prazer Lazer, Gymkhana.

Moins sombre, Prazer Lazer est une performance à découvrir au collège des Bernardins (20 rue de Poissy, dans le 5e arrondissement). Signée Gymkhana, artiste qui a multiplié les collaborations dans le domaine de la musique (avec Artur H, Vincent Ravalec, Mike Ladd ou encore François Wunschel), elle plonge le visiteur dans une atmosphère mystique, entremêlant effets visuels et sonores à travers la nef de cette magistrale construction du XIIIe siècle. Par le biais du mapping vidéo, Gymkhana manipule la lumière, la programme et réinvente le lieu, avec la complicité du compositeur Laurent Durupt qui associe à l’œuvre le chant lyrique de Camille Merckx.

La cerise sur le gâteau, Asamï Nishimura.

Prenons, à présent, le chemin du quartier du Marais, qui abrite nombre d’étapes de la manifestation. Après un petit détour par le parvis de Notre-Dame, où l’on retrouve habituellement lors des Nuit Blanches une ambiance jeune et chaleureuse, et un éventuel stop au point info de la place de l’Hôtel de Ville, rejoignez donc l’église Saint-Merry (76 rue de la Verrerie). Une autre installation lumineuse immersive y est déployée, réalisée cette fois par le collectif néerlandais Children of the Light. Présentée dans le cadre de Nuit Blanche 2017 en partenariat avec la Biennale Némo, A notre étoile est le fruit d’un travail sur le spectre lumineux et la réfraction de la lumière, combiné à une expérience auditive sur les ondes. Le dialogue avec le lieu patrimonial s’annonce plein de promesses.
En sortant de l’église Saint-Merry, rendez-vous au pôle Simon Le Franc (Centre Paris Anim’), au 9 rue Simon-Le Franc. Si vous avez un petit creux, c’est la performance à ne pas rater : sur un gâteau est posée une cerise, laquelle gonfle peu à peu, jusqu’à atteindre la taille d’un ballon ! Le « fruit » s’élève alors lentement, avant de disparaître à jamais dans le ciel. Et le gâteau, alors ? Jusque-là fasciné par l’ascension de la cerise, le public en fait son affaire, invité par Asamï Nishimura (La cerise sur le gâteau) à se partager le dessert, comme une sorte de consolation pour l’Homme qui, depuis la nuit des temps, rêve en vain de voler.

Les Yeux Grand Ouverts (détail), Ikse Maître et Vincent Breed.

Plus inquiétante est l’atmosphère qui règne au cloître des Billettes, situé au 24 rue des Archives. L’artiste français Ikse Maître et le Néerlandais Vincent Breed vous invitent à déambuler au cœur de cette magnifique architecture romane de la fin du XIIIe siècle, mais sous haute surveillance : disséminés ici et là, des globes oculaires surdimensionnés, réalisés par Vincent Breed – qui a fait du verre son domaine de prédilection depuis 1992 –, épient le visiteur. Lequel n’est pas au bout de ses surprises : bientôt se dresse devant lui un œil monumental, pièce centrale de l’installation, doué de « pouvoirs » pour le moins déroutants. Lorsqu’il « aperçoit » quelqu’un, l’Œil de Mars sursaute, puis le suit du regard ; il est également doté d’une capacité de reconnaissance du genre et des émotions primaires. Il est signé Ikse Maître, qui questionne depuis toujours notre rapport avec le monde qui nous entoure, en usant de glissements de réalité pour troubler le spectateur. Mêlant curiosité et science, l’installation Les Yeux Grand Ouverts évoque également notre relation avec la planète Mars et notre rêve plus qu’actuel d’y mettre le pied.

Cross the Scan S-21, Les Nivaux.

Et si l’œil ne se suffisait pas à lui-même pour témoigner ? S’il avait besoin d’autres outils pour se rendre compte pleinement de la réalité ? C’est le parti pris par Les Nivaux, ce couple d’artistes français qui ont troqué leurs appareils photo contre un scanner appliqué à même le sol. Exposée à la Bibliothèque Historique de la ville de Paris (24 rue Pavée), leur œuvre est un « scan » du sol d’une des salles de torture de la tristement célèbre prison S-21 que tenaient les Khmers Rouges à Phnom Penh, au Cambodge, entre 1975 et 1979. Réalisé à l’échelle 1/1, le travail des deux artistes regroupe 238 scans mis bout à bout et dresse le portrait fidèle de l’un des témoins les plus proches du génocide opéré à l’époque ; de cette prison qui tenait davantage du centre d’exécution, seuls 11 des 20 000 détenus seraient sortis vivants. Comme un œil passant au peigne fin chaque détail de la salle, chaque once de douleur infligée aux prisonniers, Cross the Scan S-21 nous transporte dans ce passé indicible.
Placée sous une thématique plus légère, la prochaine étape se situe au square Léopold-Achille, non loin de la place des Vosges, au 5 rue du Parc Royal. S’y déroule un drôle de safari : des motifs tachetés, zébrés, écaillés parsèment le square. Aidé de Solenne Catho, Jonathan Puertas présente Carcasses, un ensemble de sculptures faites à partir de pièces de voitures récupérées, peintes pour donner l’illusion de pelages en tous genres. L’artiste utilise de la peinture acrylique et à l’aérosol pour réaliser ses « carcasses ». Tantôt il redonne vie à des portières, tantôt à des pièces de moteurs ou bien à de la vulgaire tôle. L’artiste interroge notre relation avec la nature ; en recherche constante du choc visuel, il réactive nos déchets pour figurer une mère Nature qui reprend ses droits.

Zone Yonaguni, Angelika Markul.

Nature qui se caractérise aussi par les nombreux mystères qu’elle renferme. Un sujet qu’Angelika Markul n’a de cesse d’explorer. La plasticienne propose une plongée au cœur de l’un d’eux, qui suscite encore aujourd’hui incompréhension et fascination. Ça se passe au Carreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller. Découverte en 1986 au large des côtes de l’île japonaise éponyme, la Zone Yonaguni est une énigme. Haute de 25 mètres et longue de 250, elle prend la forme d’une immense structure sous-marine qui se dresse à moins de 30 mètres de profondeur et attise un questionnement resté sans réponse catégorique : la main de l’homme est-elle passée par là ? Née en 1977, Angelika Markul s’interroge depuis plus de 10 ans sur la question des lieux, de leur mémoire, de leur destruction et du cycle de la vie en général. Après avoir reçu le prix Coal en 2016 qui récompense les artistes pour leur travail sur l’art et l’environnement – et, tout récemment, la dixième édition du Prix MAIF pour la sculpture –, elle prépare un nouveau projet intitulé Tierra de Fuego. Zone Yonaguni est une installation vidéo qui immerge le regardeur dans ce lieu hors du commun, accompagnée par une pièce en cire rappelant le détail du bloc de pierre sous-marin, surmontée d’un néon. L’œuvre soulève la question de la place de l’Homme face à la nature, mais également face à l’ignorance et au néant, Angelika Markul s’attachant à créer une forme d’incertitude, tant sur le lieu que sur nos origines.

Focus Street Art

Trois rendez-vous estampillés street art sont programmés pour cette Nuit Blanche 2017 : L’exposition collective Strokar, qui réunit les œuvres d’une quarantaine d’artistes au Centre Wallonie Bruxelles (127-129 rue Saint-Martin, 75004), une performance de Kan et Bebar, à la mairie du 2e arrondissement (8 rue de la Banque) et l’exposition Le Petit Explorateur de Raphael Federici, à la Mairie du 3e arrondissement (2 rue Eugène-Spuller).

Kan et Bebar.

Remontons à présent à la surface. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la musique au caractère « planant » du groupe de rap PNL, qui comptabilise sur sa chaîne Youtube plus de 650 millions de vues ? Et peut-être avez-vous eu l’occasion de regarder ses clips ? Si oui, vous partez avec un temps d’avance pour l’œuvre présentée à l’Institut national de l’histoire de l’art (6 rue des Petits Champs) par le collectif Invernomuto, qui réunit les Italiens Simone Bertuzzi et Simone Trabucchin depuis 2003. Cette année, pour Nuit Blanche, les deux artistes ont choisi de projeter les protagonistes des clips de PNL dans des lieux opulents de la capitale, jouant sur le contraste avec les « décors » habituels. Le décalage est total entre ces acteurs proches de PNL et habitant comme eux la cité des Tarterêts à Corbeil-Essonnes, et leur projection sur le devant de la scène. Intitulée Vers l’Europa Deserta, Terra Incognita, l’œuvre pose la question du milieu social et de son influence, tout en jouant sur le décalage entre banlieue et lieux huppés, et les réactions très subjectives qu’ils inspirent.

Les aéroplis (série), Sylvie Bonnot, 2017.

Subjectivité et objectivité vont de pair au sein de l’exposition Transition, proposée par le Centre national d’études spatiales (Cnes), situé au 1 place Maurice-Quentin, près des Halles. Trois artistes, ont été conviés à s’approprier le thème des ballons stratosphériques, utilisés couramment depuis les années 1960 pour prendre des mesures, notamment en météorologie. Les récits fictionnels composés respectivement par Antoine Belot, Sylvie Bonnot et Johan Decaix – via le film, la sculpture, la photographie et l’installation – s’entremêlent avec ceux extraits de documents d’archives scientifiques et historiques. « Artistes et scientifiques partent du même point de départ, le rêve, écrit joliment Johan Decaix. Pour l’artiste, le rêve reste à l’état d’utopie et de fiction. Pour le scientifique, le rêve devient réalité. » « Les ballons décrivent, par leur traîne, des pans nuageux, glisse quant à elle la photographe Sylvie Bonnot. Le mylar froissé évoque la possibilité à l’état brut d’une mue. L’un dans l’autre c’est un rapport formel, géométrique, que je voudrais saisir ici, en même temps que le geste, ou plutôt les gestes de ceux qui les propulsent. » Une poésie à laquelle fait écho notre dernière étape, – eh, oui, il faut bien conclure ! – située sur les quais devant le Musée d’Orsay : en chemin, vous apercevrez sûrement un char en mouvement surmonté d’une multitude de ballons, accrochés en grappe les uns aux autres. Intitulée Respirez Soufflez, l’œuvre est signée Amalia Ramanankirahina et Ilona Mikneviciute. A partir de 20 h et jusqu’à minuit, prenant pour point de départ le Musée d’Orsay, l’engin doit effectuer un trajet de 3 km le long duquel les passants se verront sollicités pour donner du leur et participer à la formation de l’immense bouquet aérien. La plasticienne pluridisciplinaire et « tout-terrain » Ilona Mikneviciute allie ici son désir d’effacement de la frontière entre le spectateur et l’œuvre avec la recherche de conservation d’un patrimoine menée par Amalia Ramanankirahina. Une bien sympathique occasion de faire « œuvre commune », avant de rejoindre les bras de Morphée ou de poursuivre toujours plus avant vos pérégrinations nocturnes.

Respirez Soufflez, Ilona Mikneviciute et Amalia Ramanankirahina.

Interludes musicaux

Le groupe Midnite Trippers.

Dans l’idée de participer au rassemblement et au rapprochement promus par Nuit Blanche, de nombreux évènements musicaux sont mis en place, notamment par la Philharmonie de Paris (métro Porte de Pantin), qui regroupe six performances, des installations et autres ateliers de pratique musicale. Côté rock, le groupe Midnite Trippers, dont le nom, qui emprunte à la fois au Midnite Ramblers des Stones et à Day Trippers des Beatles, définit l’ambiance années 1970 du rock joué par ce groupe à la Guiness Tavern, au 31bis rue des Lombards. After Midnite est le titre de la performance rock de la soirée à ne pas rater pour les amateurs. Dans un autre style, des évènements clubbing sont présents un peu partout dans la ville. A l’Aérosol, par exemple, qui accueille Boukan Records, un collectif de DJs âgés d’une vingtaine d’années, pour un DJ set de 19 h 30 à 5 h 30 (entrée gratuite). Le grand marché Stalingrad est également l’hôte d’une soirée où Romain Cieutat et Isadora Teles proposeront des installations visuelles. La soirée « Bon Esprit » est gratuite avant minuit, l’entrée est à 7 euros ensuite.

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