Wonder tend un fil entre la vie et la mort

Jusqu’au 8 septembre, l’Espace interculturel Mémoire de l’Avenir présente à Paris Wonder, une exposition collective qui invite douze artistes à s’interroger sur le monde contemporain. Le titre, à la fois verbe (se demander) et nom (merveille) en anglais propose tant une réflexion qu’un état, auxquels peintures, dessins, vidéos, photographies, sculptures et installations s’adonnent avec enthousiasme.

Ambulithics, Emily Fitzell et James Rogers.

L’association Mémoire de l’Avenir a pour but de transmettre un message d’ouverture et d’acceptation des différences, auprès de toutes les générations, pour un meilleur vivre ensemble. Fidèle à ses valeurs, elle accueille actuellement douze artistes à l’occasion de Wonder, une exposition qui s’envisage comme un questionnement sur le monde actuel.
Sur la photo, douze cubes de béton en cercle au beau milieu d’une clairière. A l’intérieur de chacun est enfermé un objet du quotidien. Avec Ambulithics, Emily Fitzell, écrivaine, et James Rogers, architecte, mettent à contribution le mythe dans la création d’un lieu contemporain. Le cercle de pierres des druides d’antan laisse la place à un espace ritualisé par des reliquaires d’un nouveau genre. « Nous voulons qu’Ambulithics rassemble les visiteurs autour de moments de partage. » Quand le béton devient matière à discussion.

Toiles signées Jamie Romanet.

Jamie Romanet peint tous les jours selon son humeur. « Je suis une personne qui garde toujours tout pour moi, peindre me permet d’exprimer ce que je ressens. » L’expression des visages est au centre de son travail. Peu importe que les traits ne soient pas dessinés, des aplats de couleurs donnent vie et sensibilité à l’être qui nous fait face. Pour attirer le visiteur dans ce monde de l’intime, l’artiste choisit de petits formats et questionne ainsi notre relation à l’individuel et au collectif.
Les vanités. C’est le thème qu’a choisi Nathalie Bibougou à travers Marie-Madeleine Pénitente et Vanité. Sur la première toile, une jeune femme vêtue d’une robe à fleurs et d’un manteau en fourrure est assise sur un rocher. Sur la seconde, un jeune homme debout porte une chemise en jean. Les deux personnages tiennent un crâne à portée de main. Pourquoi donc faire se côtoyer jeunesse et mort ? « La vie est belle, il faut en profiter avant qu’elle nous emporte », cherche à nous persuader l’artiste. Carpe diem.

Skulls (série), Leonid Zeiger.

Ce lien entre la vie et la mort est aussi présent à travers les sculptures d’Isabelle Terrisse. Les sujets qu’elle choisit ne sont pas prémédités. Avant de savoir ce qu’elle va réaliser, elle achète des objets manufacturés en grande quantité et les stocke jusqu’à ce qu’une idée lui vienne. « Je cherche des connexions entre les produits d’origine et le résultat. » Pour cette exposition, des douilles usagées deviennent des Nids d’Abeilles (notre photo d’ouverture). La mort qu’elles représentent côtoie ainsi la vie à travers l’évocation des insectes pollinisateurs. L’artiste pousse encore la métaphore. Une de ses œuvres est posée sur une branche de laurier. Qui de la vie ou la mort prendra le pouvoir ? A chacun de décider. Pour sa part, Leonid Zeiger s’empare du crâne avec fascination. La série Skulls le montre sous différents angles. D’un trait subtil, l’artiste transforme ce qui pourrait être d’imaginaires planches anatomiques assez morbides en des paysages fantastiques.

Addictionville (détail), Nicolas Moussette.

Dans cette société consumériste, les addictions sont de plus en plus nombreuses et variées. Nicolas Moussette a choisi ce thème pour provoquer une réflexion sur nos modes de vie. « Il est évident que les humains ont développé des penchants, des désirs, des habitudes, des rituels, qui les rendent esclaves d’addictions lourdes et qui peuvent avoir des conséquences funestes sur leur santé, leur sociabilité, leur vie et leur environnement », explique-t-il sur son site. Addictionville est une ville qui représente une cinquantaine d’addictions sous forme de quartiers. Les bâtiments sont composés d’objets dont certains dépendent les uns des autres. En plus de la cité, l’artiste a également conçu un plan de métro et de bus. Dans les années à venir, Nicolas Moussette veut aller encore plus loin et créer l’Etat d’Olethros (« perdition » en grec), dont la capitale serait Addictionville. Histoire peut-être que nous ne puissions plus nous en passer.

Contact
Crédits photos