Le voyage extraordinaire de Lamarche et Ovize

Le Grand Café, à Saint-Nazaire, présente actuellement Nouvelles de Veracruz. Cette exposition signée Florentine Lamarche et Alexandre Ovize se visite comme on lirait un roman d’aventure. Il est question de voyages, de révolutions, de végétation luxuriante, de chiens errants… Installé à Aubervilliers, le duo d’artistes s’exprime aussi bien à travers le dessin, la peinture que la céramique.

Vue de l’exposition Nouvelles de Veracruz, Florentine Lamarche et Alexandre Ovize, 2017.

Au rez-de-chaussée du Grand Café, à Saint-Nazaire, se déploie une importe fresque faite de peintures, de dessins, parfois collés ou réalisés à même le mur, d’assiettes en céramique peintes… La pratique de Florentine Lamarche et Alexandre Ovize est foisonnante comme l’univers qu’ils orchestrent. Certaines compositions se répètent, d’autres se transforment au gré de techniques différentes. La répétition se fait jeu et surprise. S’intéressant à la relation entre l’art et l’artisanat, les deux artistes proposent un voyage parsemé de motifs puisés tant dans le quotidien, que dans la culture populaire ou l’histoire des arts décoratifs. Pour Nouvelles de Veracruz, ils ont imaginé une rencontre entre l’Anglais William Morris (1834-1896) et le Français Elisée Reclus (1830-1905). Père du mouvement Arts & Crafts, le premier joua un rôle dans l’émergence du courant socialiste britannique et s’inspira des traditions anglaises pour élaborer son vocabulaire plastique. Initiateur de la géographie sociale, pionnier de l’écologie, le second était un anarchiste communard, qui s’est nourri de cultures autres au fil de nombreux voyages. Bien que tous deux aient entretenu une correspondance et projeté de se rencontrer en Islande, c’est par la magie de l’art qu’ils ont été finalement réunis. A travers cette rencontre imaginaire, Lamarche et Ovize s’adonnent à une réflexion sur la dimension révolutionnaire de l’art et la place de l’artiste dans la société. Faut-il puiser dans les traditions de son pays, de sa communauté ? Ou bien aller chercher dans un lointain ailleurs l’inspiration ? Qu’est-ce donc que l’exotisme ? Vu d’ici. Vu de là-bas.
Tendue sur une structure en métal, une sérigraphie sur toile arbore les portraits de Morris et de Reclus à la manière d’un wax mais décoré d’un globe terrestre et de feuilles d’acanthe, comme pourrait l’être de la toile de Jouy. Les artistes s’amusent à distiller ainsi les références. A commencer par le titre de l’exposition qui est à la fois un clin d’œil à l’ouvrage de William Morris, intitulé Nouvelles de nulle part, une évocation des liaisons transatlantiques qui reliaient Saint-Nazaire à Veracruz avant la Seconde Guerre mondiale, une référence à la résidence mexicaine durant laquelle les artistes ont réalisé les céramiques exposées. Florentine Lamarche et Alexandre Ovize aiment à croiser les petites et les grandes histoires, celles d’illustres personnages et de gens ordinaires, celles des autres et la leur. Après avoir emprunté l’escalier qui s’honore d’un petit dessin mural au fusain, comme un relai poétique passé entre le rez-de-chaussée et l’étage, un bel espace lumineux accueille les étonnantes céramiques arrivées du Mexique par bateau. Des colonnes et des vases, extraordinaires et délirants, s’offrent au regard. Là encore, des motifs issus de l’histoire de l’art côtoient des figures saisies dans la culture populaire. Masques de catcheur, fleurs, chiens (dans tous leurs états), portraits… Cependant ce n’est pas encore avec eux que les artistes s’éclatent le plus (et par là même nous réjouissent), c’est avec les petits décors de céramique adjoints aux pots, supports et autres réalisations. Citons en vrac, un chien posé sur une brochette délirante, un artichaut digne de Gulliver, des mégots de cigarette au fond d’un immense pot, un lutin installé au sommet d’une pomme verte, une fillette en jupe remplaçant le bouquet de feuilles d’un ananas, un cornet de glace à l’horizontal qui ne fond même pas, une botte un peu avachie sens dessus dessous… Ce vrai travail fait plaisir à l’œil, à l’esprit, et en plus ne manque pas d’humour.

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