La ville en couleurs de Jean Glibert

Les couleurs de Jean Glibert ne nous racontent rien, ne symbolisent rien, mais elles transforment l’espace et la lumière. A Bozar, à Bruxelles, une exposition explore jusqu’au 7 janvier le travail d’un artiste belge discret qui, pour l’essentiel de sa carrière, s’est mis à la disposition des architectes et de leurs projets.

Intervention sur le bâtiment de la Société régionale d’investissement de Bruxelles (SRIB), Jean Glibert, 1997.

Avec beaucoup de dérision, Jean Glibert se définit lui-même comme un peintre en bâtiment. Si, factuellement, il est dans le vrai, il est aussi et avant tout un artiste. Et l’exposition que lui consacre Bozar lui rend justice. Maître de la couleur et de la lumière, Glibert est pourtant un créateur de l’ombre. Personnalité discrète, son nom n’apparaît jamais auprès des œuvres qu’il a réalisées puisqu’il n’est que l’un des acteurs d’un projet collectif. Pendant l’essentiel de sa carrière, entamée en 1976 avec la station Mérode du métro bruxellois, il a travaillé en collaboration avec des architectes. Son champ d’intervention est très large, bâtiments industriels, culturels, bureaux, maisons privées, ouvrages d’art, tous les supports peuvent prêter à sa réflexion colorée.
Ce qui intéresse ce fils d’architecte, fondateur de l’Atelier d’espaces urbains et ruraux à La Cambre, ce n’est pas d’apporter une touche de couleur à un lieu ou un bâtiment, mais plutôt la transformation de la perception de l’espace par ceux qui y vivent ou le fréquentent. L’exposition se répartit sur trois espaces, le premier expose les maquettes toutes simples de carton et de papier qu’il produit en nombre pour chacun de ses projets. La couleur a souvent une vertu fonctionnelle, réduite même parfois à une signalétique, comme dans la station Mérode où le positionnement des bandes colorées indique au voyageur comment se déplacer. D’autres fois, ses aplats colorés contribuent à la lisibilité de l’espace et à la distribution de la lumière. Quand il intervient à l’extérieur d’un bâtiment, c’est l’intégration dans l’environnement qui est en jeu, comme l’imposant frigo industriel de Barchon, près de Liège. Le gigantesque volume, haut de 33 mètres, arrivait difficilement à se faire petit dans le paysage. Par son intervention, plutôt que de chercher à camoufler ou amoindrir la masse de l’édifice, Glibert l’assume en lui donnant la valeur d’un signal monumental dans le paysage.
Il est toujours intéressant de découvrir ce qui peut nourrir l’inspiration d’un artiste. La réponse à cette énigme se trouve peut-être ici sur une enfilade d’étagères dans la suite de l’exposition. Elles présentent le fruit des collectes du peintre en bâtiment, car l’homme est un collectionneur ou un glaneur compulsif. Les objets qu’il rassemble sont des plus divers, des insignes d’agent de police aux instruments de mesure, bottes de crayons, flotteurs de pêche ou boutons en plastique, toutes ses trouvailles assemblées et alignées en série sont ainsi déréalisées et acquièrent une nouvelle existence plastique. (…)

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, fondatrice et rédactrice en chef du site d’actualité artistique belge Mu-inthecity.com, nous vous proposons de poursuivre la lecture de cet article d’un clic.

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