Vasconcelos tout en sagesse au Bon Marché

Cela fait plus de vingt ans que le Bon Marché Rive Gauche imagine et produit des expositions de mode, mais aussi de design, de photographie, de cinéma, d’architecture et d’art actuel. Le tout en parallèle au développement, entrepris dès les années 1980, d’une collection de peintures, sculptures, photographies et dessins contemporains, régulièrement exposée à travers l’ensemble du grand magasin parisien. Un engagement culturel qui s’inscrit pleinement dans l’héritage laissé par le fondateur de l’établissement, installé rue de Sèvres en 1852, et sa femme, Aristide et Marguerite Boucicaut, qui y aménagèrent une galerie de tableaux dès 1875. Depuis 2016, le Bon Marché Rive Gauche convie chaque année un grand nom de la scène internationale de l’art contemporain à s’emparer, pour quelques semaines, de l’espace central s’étendant sous la verrière. Après Ai Weiwei, Chiharu Shiota et Leandro Erlich, c’est au tour de Joana Vasconcelos de relever le défi.

Joana Vasconcelos.

Une étrange créature bicéphale déploie ses tentacules de part et d’autre des célèbres escalators dessinés par Andrée Putman en 1990. Toute de blanc, écru, broderies, paillettes, perles, rubans, franges et autres pampilles habillée, elle scintille au gré d’un subtil jeu de leds bleus et roses, seule liberté prise par l’artiste vis-à-vis de l’absence de couleurs habituellement de mise dans le cadre des cartes blanches artistiques, initiées il y a trois ans par le Bon Marché. Si l’on est loin du foisonnement multicolore et de la fantaisie, voire de l’humour, auxquels Joana Vasconcelos est attachée, c’est bien l’une des figures récurrentes de son travail, la valkyrie, que l’artiste portugaise réinterprète ici. Baptisée Simone, elle est la pièce maîtresse de l’exposition Branco Luz (Lumière blanche), déployée jusque dans les vitrines extérieures du grand magasin. « Dans la mythologie nordique, les valkyries sont des déesses revêtues d’une armure qui survolent les champs de bataille et emportent l’âme des héros au Valhalla, le grand palais d’Odin, le maître des dieux, afin que ces guerriers auxquels elles redonnent vie travaillent pour lui, rappelle Joana Vasconcelos. Ça, c’est pour la légende. Mes valkyries à moi sont des créatures puissantes et bienveillantes, bien plus sensuelles que les déesses wagnériennes ! Celle que j’ai imaginée pour le Bon Marché passe doucement entre les escalators, plane telle une montgolfière au-dessous de la verrière, s’intègre harmonieusement dans l’espace. J’ai voulu rendre un hommage à toutes les clientes du magasin, femmes fortes et généreuses à leur manière ! »
Si elle s’exprime aussi à travers la photographie, la performance et la vidéo, ce sont ses sculptures et installations, souvent monumentales, qui ont fait sa renommée. Empruntant depuis ses débuts aux traditions culturelles et artisanales, plus particulièrement aux travaux d’aiguilles, de son pays, qu’elle a représenté en 2013 à la 55e Biennale de Venise, la plasticienne a fait du tissu, du crochet et de la broderie les éléments clés d’une démarche s’articulant autour de l’appropriation et du détournement d’objets et de situations du quotidien, pour offrir une lecture singulière de notre société ancrée dans l’hyperconsommation. Chaque pièce nécessite pour Joana Vasconcelos une relation forte avec le public, une implication du regardeur, ainsi qu’une mise en scène et en espace spécifique en fonction du lieu d’exposition. Les valkyries ne font pas exception, « s’adaptant aux architectures qui les entourent et aux ambiances qui les accueillent ». L’inspiration de son intervention, l’artiste explique l’avoir puisée dans « le côté Time Machine du Bon Marché » : « Ce qui me frappe en ces lieux, c’est la collusion entre une histoire attachée à la création du Bon Marché à la fin du XIXe siècle, avec l’essor industriel, l’architecture de fer, la naissance des grands magasins, le Paris légendaire, etc., précise-t-elle, et ce qu’est aujourd’hui le Bon Marché, soit un lieu où l’on peut saisir l’air qu’on respire dans le monde de la mode et du design. »

Lire aussi « Joana Vasconcelos – Le quotidien réenchanté »

Contacts

Branco Luz, jusqu’au 17 février au Bon Marché Rive Gauche, 24, rue de Sèvres, 75007 Paris. En accès libre du lundi au samedi de 10 h à 20 h (20 h 45 le jeudi) et le dimanche de 11 h à 19 h 45.
Le site de Joana Vasconcelos : www.joanavasconcelos.com.

Crédits photos

Image d’ouverture : Simone – Branco Luz, 2019 © Joana Vasconcelos, photo S. Deman – Toutes les photos sont créditées © Joana Vasconcelos, photo S. Deman sauf celles des vitrines du Bon Marché : © Joana Vasconcelos, photo Le Bon Marché Rive Gauche