Les utopies de Nazanin Pouyandeh et Simon Pasieka

Le centre d’art contemporain A cent mètres du centre du monde, à Perpignan, accueille Nazanin Pouyandeh et Simon Pasieka au sein d’une exposition commune, qui célèbre leur conception figurative de la peinture. Depuis une dizaine d’années, les deux artistes amis ont pris l’habitude d’exposer ensemble, sans pour autant que soient gommées les différences de leurs recherches respectives.

L’artiste iranienne Nazanin Pouyandeh, née en 1981 et vivant à Paris, peint un univers chargé de références littéraires et de messages forts, empreint de féminisme à consonance érotique. Ses utopies peintes se caractérisent par une absence de lieu et s’intéressent aux instincts primaires, du désir à la peur en passant par le combat, interrogeant la nature humaine. Dans des paysages qui sonnent comme des décors, femmes et hommes (peu) jouent des scènes à la fois mythologiques et contemporaines. Au cœur de la peinture, la symbolique alliée à des détails très prosaïques intrigue le regardeur et force la sensation d’irréel. « Chaque tableau exprime une quête de spiritualité, une sorte de création de nouveau monde », explique-t-elle. L’artiste photographie des modèles qu’elle reproduit ensuite sur ses toiles. Technique définie par elle comme « un outil d’illusion picturale ». Couleur, dynamisme, utopie, violence, Nazanin Pouyandeh propose les reflets d’un monde en bouleversement perpétuel où se cotoie toute la gamme des sentiments humains. De son côté, Simon Pasieka livre des créations plus énigmatiques encore, fortement marquées par une transparence fruit de la présence de nombreuses surfaces miroitantes. Des couleurs franches appliquées le plus souvent à des personnages viennent s’imposer dans une ambiance surnaturelle. L’artiste allemand, né en 1967, propose des scènes intrigantes à l’esthétique raffinée. Vitres, miroirs, bulles de savon, appliquent un filtre à la toile et lui donnent de la profondeur en même temps qu’ils incluent le spectateur à la scène. « C’est une forme de représentation qui se déroule dans le tableau, une œuvre d’art dans le tableau », commente Simon Pasieka. L’œil est à la fois happé par ces étranges reflets et épaté par la précision de la peinture qui offre un caractère idéal, romantique par instant, à l’image. Le fantastique est ici convoqué. Comme dans ce tableau qui montre un enfant au crâne rasé, vêtu d’une sorte de chasuble sacerdotale, tenant deux petites tiges supportant telles des potences un fil dédoublé en son bout. Le tout à l’arrière d’une bulle immense s’épanchant dans une bassine et dont on ne sait si elle est l’œuvre de la manipulation du jeune prêtre ou non. La toile se nomme Miracle. « Ce sont des tableaux d’anticipation, pas vraiment futuristes, mais qui essaient de prévoir des situations que l’on voudrait maîtriser. » Au cœur de toutes ces œuvres, l’Homme dans la complexité de sa nature s’interroge et se mire.

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