Les tribu(t)s solaires de Laurent Corvaisier

A Aubagne, à quelques kilomètres de Marseille, est né Marcel Pagnol, au temps des derniers chevriers. On y produit toujours des santons de Provence et de la céramique. Sur les hauteurs de la vieille ville, une chapelle du XVIIIe siècle, restaurée en 2008 avec le plus grand soin, abrite un centre d’art : Les Pénitents noirs. C’est là que Laurent Corvaisier nous présente, jusqu’au 27 janvier, ses tribus : des portraits de familles recomposées d’amis ou des siens, stylisés dans de beaux aplats de couleurs primaires, d’oranges ou de verts complémentaires.

Laurent Corvaisier.

Elégants et dignes comme des Indiens prenant la pose, ou le regard mi-clos comme s’ils méditaient, ses personnages apparaissent parfois seuls mais bien souvent accompagnés d’un loup, d’un renard ou d’un oiseau sur l’épaule. Laurent Corvaisier en a même fait de grands totems exposés en hauteur dans le cœur de la chapelle. On retrouve ses figurants dans des compositions graphiques en noir et blanc sur papier, dessinés, sérigraphiés ou bien peints à l’encre de Chine sur des jarres et des plats de céramique, comme autant de motifs récurrents. Le plus souvent, ils nous font face, surpris dans une action-image quotidienne, dans une scène de vie colorée sur toile ou bien peinte directement sur le bois. Exposés à côté de tableaux de paysages en dégradés de rose, qui rappellent la palette du fauviste Henri Charles Manguin (1874-1949). Laurent Corvaisier se souvient avoir toujours dessiné et cite les peintres coloristes Matisse, Bonnard, Léger, comme les maîtres de ses premiers cahiers d’aquarelle. Avec, dans la voix, la même tessiture solaire un brun mélancolique que dans les harmonies de couleurs qu’il emploie, l’artiste aime faire défiler ses dessins dans lesquels on retrouve les portraits de ses contemporains normands, ou bien de ses nouveaux voisins, issus de Belleville ou de la Bastille à Paris, croqués dans leur quartier ou bien assis sur la plage face à l’océan.
Mieux connu, sans doute, dans les milieux de l’édition jeunesse et de l’illustration que dans celui des galeries et des foires, Laurent Corvaisier est né au Havre en 1964. Il a étudié à Paris à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs dans la section images imprimées, spécialisation gravure, et y enseigne désormais, ainsi qu’au Lycée d’arts graphiques Corvisart. C’est à l’occasion du Festival du livre et de la parole d’enfant, Grains de sel, qui se tient chaque mois de novembre à Aubagne, que la directrice des Pénitents, Coralie Duponchel, l’a rencontré il y a quelques années ; l’artiste y dédicaçait l’un de ses ouvrages publiés chez Gallimard, Rue Du Monde ou encore Acte Sud. Une exposition monographique a naturellement trouvé sa place dans la cité provençale, à l’occasion de la Saison du Dessin associée à Pariédolie, le Salon international du dessin contemporain de Marseille. Elle s’accompagne de toute une programmation culturelle, de médiations et d’ateliers avec les écoliers ; des stickers ont par exemple été conçus avec les travailleurs handicapés de l’Etablissement spécialisé d’aide par le travail Grand Linche pour être apposés sur le mediabus local qui véhicule les tribus de l’artiste dans tout Aubagne. Aux Pénitents noirs, c’est une centaine de pièces, dont une grande partie créée pour l’exposition, qui attend le visiteur, avec cette sensation un brin nostalgique, à la fois apaisée et subtile, de volupté exaltée par la couleur.

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