Sur les traces d’Edouard Glissant

Il y a déjà quelques dizaines d’années, le poète martiniquais Edouard Glissant lançait un appel pour un dialogue mondial qui n’efface pas les couleurs locales. Et si les artistes nous montraient inlassablement la voie de ce rapprochement aujourd’hui plus que jamais indispensable ? Les œuvres d’une trentaine de créateurs* sont actuellement réunies dans cet esprit par la Fondation Boghossian à la Villa Empain, à Bruxelles, dans le cadre de l’exposition Mondialité.

Le droit à l’opacité, Philippe Parreno.

Il y a la mondialisation. Et puis il y a la mondialité. Un terme imaginé par le poète et essayiste martiniquais Edouard Glissant (1928-2011), apôtre de la créolisation dans laquelle il voit un métissage heureux, loin de l’absorption du plus faible par le plus fort et où les particularités locales ne s’effacent pas au profit d’une culture homogénéisée. Dessinateur à ses heures (dans les pages de garde des ouvrages qu’il dédicaçait), Glissant était l’ami de nombreux artistes et un des projets qui lui tenaient le plus à cœur était la création, en Martinique, d’un Musée du Tout-monde où il voulait montrer l’art des Amériques, de l’époque précolombienne à nos jours, sans hiérarchie et dans une volonté de partage. Il n’a pas eu le temps de mener son projet à bien. Un embryon de Musée du Tout-monde constitue le cœur premier de cette exposition atypique. En effet, comment monter une exposition d’art contemporain qui rende hommage à un penseur et poète sans être trop ardue ni verbeuse ?

Edouard Glissant est partout à la Villa Empain. Pas en hologrammes, mais presque. Dès l’entrée, on peut marcher sur les images d’un extrait filmé où il évoque sa vision de l’architecture. Dans les autres pièces, de courts extraits sonores de Glissant ou des deux curateurs Hans Ulrich Obrist et Asad Raza expliquent les éléments clés de cette pensée novatrice. C’est à l’étage qu’on trouve les peintures de ses amis peintres : Antonio Segui et ses hommes au chapeau, la douceur amniotique d’un Roberto Matta (1911-2002) et les sardoniques sourires tribaux de Wifredo Lam (1902-1982). Suivent encore deux très belles toiles de Valerio Adami. L’intention des curateurs était aussi de demander à des artistes contemporains de réagir au concept de mondialité. C’est ce que fait Philippe Parreno au rez-de-chaussée. Sur un mur blanc face à la piscine, il redessine l’archipel des Caraïbes d’un gros trait gras. Et cela à quelques mètres des archipels et des arbres que le poète créole a dessinés sur la page de garde des livres dédicacés à Hans Ulrich Obrist. Devant la piscine, le drapeau en cheveux qu’Edith Dekyndt avait filmé en Martinique dans la petite ville de Diamant, là ou est inhumé Edouard Glissant, trouve ici une implantation évidente. (…)

* Adonis, Valerio Adami, Etel Adnan, Sophia Al Maria, Kader Attia, Miquel Barceló, Alighiero Boetti, Daniel Boyd, Edith Dekyndt, Manthia Diawara, Simone Fattal, Geneviève Gallego, Dominique Gonzalez-Foerster, Koo Jeong A, Wifredo Lam, Ranjana Leyendecker, Roberto Matta, Steve McQueen, Otolith Group, Philippe Parreno, Walter Price, Raqs Media Collective, Adrián Villar Rojas, Antonio Segui et Sylvie Sema.

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, fondatrice et rédactrice en chef du site d’actualité artistique belge Mu-inthecity.com, nous vous proposons de poursuivre la lecture de cet article d’un clic.

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