Suivre les flux du vivant avec Nathalie Rodach

Née en 1964 à Paris et installée aujourd’hui en Suisse, Nathalie Rodach a conçu un singulier projet bordelais, intitulé Sèves Brutes et s’articulant en trois temps et temporalités (futur, présent, passé). Au cœur de son propos : interroger le vivant et donner à voir l’invisible, en l’occurrence le sang qui bat. Elle s’inspire ici de la notion de sève brute, désignant le grand courant ascendant qui circule dans les vaisseaux conducteurs des végétaux. Après avoir créé une installation éphémère à même les vignes du Château Palmer, à Margaux, en février dernier, la plasticienne inaugure, ce jeudi 17 mai à Bordeaux, une exposition à la galerie Arrêt sur l’Image, ainsi qu’une installation au Musée des arts décoratifs et du design (MADD). La première est à découvrir jusqu’au 13 juillet, la seconde jusqu’au 17 septembre. Au Château Palmer, Nathalie Rodach avait déployé un kilomètre de pigment rouge dans le vignoble pour former un étonnant « système veineux » faisant écho à la circulation de la sève ; les œuvres accueillies par la galerie Arrêt sur l’Image sont nées de ces influx, tout autant fluides vitaux que flux créatifs : quelque 180 dessins à la sanguine ainsi que des vidéos de la performance dans le vignoble y sont réunis. Au MADD de Bordeaux, ne restent que les traces : dans la cour du musée, certains pavés sont remplacés par d’autres, en verre, qui révèlent des fragments du passé. Menant un travail sur les flux qui nous traversent, visibles ou invisibles, physiques ou immatériels et symboliques (histoire, héritage, mémoire), Nathalie Rodach explique plus avant sa pratique sur son site Internet : « Interrogeant le rapport de l’Homme à son destin, tout est prétexte à résonner. Je construis des arbres portant la sagesse et l’ignorance de ceux qu’ils désignent. Leur passé, leur présent, leur futur et tous les possibles qui les accompagnent. La vie qui nous traverse, celle que l’on décide et les maillages qui nous retiennent. (…) Mes outils sont les fruits du hasard, de la terre ou des hommes. Seul compte l’écho du monde. Patiemment je décortique et partage ce qu’est d’être vivant. (…) Tableaux, totems, peintures de pâte à modeler, mais aussi environnement sonore, tissus délicats, tapisseries de perles et de gazes, livres aériens, installation d’une foule de personnages en bronze, sculptures et maintenant décors de théâtre, tout témoigne de ma nécessité de dépasser notre propre histoire. » Visuel : Vue de l’installation de Nathalie Rodach à la galerie Arrêt sur l’Image, à Bordeaux. Photo Jean-François Aimé.