Les séduisantes dissonances de Wim Delvoye

« Panem et Circenses II », Wim Delvoye, 1989-1990

Comptant parmi les temps forts d’une année marquant le dixième anniversaire de l’institution, l’exposition rétrospective consacrée par le Mudam Luxembourg au Belge Wim Delvoye offre d’appréhender la grande diversité, tant formelle que thématique, qui caractérise ses propositions.

« Depuis le début de sa carrière, commencée dès la fin des années 1980, Wim Delvoye s’attache à déplacer les frontières qui séparent traditionnellement la culture populaire et l’art, les arts décoratifs et les Beaux-Arts, l’ancien et le contemporain, le noble et l’impur. “En un mot, Wim Delvoye pratique l’oxymore”, écrit Michel Onfray : ses œuvres apparaissent en effet comme traversées par différents contraires, suspendues quelque part entre la séduction et la dissonance. » Dans son introduction au catalogue édité pour l’occasion par le musée luxembourgeois, son directeur – également commissaire de l’exposition – Enrico Lunghi rappelle par ailleurs les liens de longue date noués par l’artiste avec le Luxembourg en général et le Mudam en particulier : sa Chapelle d’inspiration gothique, aux parois ciselées dans le métal, fait partie des murs depuis l’inauguration du musée en 2006.
Qu’il s’exprime par le biais de la sculpture, du dessin, de la photographie, de l’installation ou encore de la vidéo, Wim Delvoye est passé maître dans l’art d’entremêler et/ou détourner objets et sens premiers, comme matériaux et techniques. Paradoxe, contraste, voire contradiction, pourraient être les mots clés d’une démarche qui ne cesse de s’appuyer sur des juxtapositions telles sacré et profane, valeur et futilité, tradition et nouveauté, culture de masse et érudition, etc. Des tatouages sur peau de cochon à un pneu de camion à la gomme délicatement ouvragée, en passant par la carrosserie d’une Maserati semblant tout droit sortie de l’atelier d’un artisan d’art du Moyen-Orient, nombre de ses pièces interrogent, souvent avec humour, la notion même d’œuvre d’art. Au Mudam, l’exposition offre un parcours composé de quatre sections aux univers variés. Une galerie du rez-de-chaussée réunit un ensemble d’œuvres emblématiques du début de sa carrière : directement inspirées des arts décoratifs de sa Flandre natale, elles évoquent le milieu domestique et urbain. L’espace voisin met en exergue la question des origines ; celles que nous partageons tous en tant qu’êtres humains, comme celles, toujours en discussion, de l’art et de sa pratique. A l’étage, l’artiste livre ses réflexions sur la notion d’ornement et dévoile son goût pour l’appropriation de formes empruntées à l’histoire de l’art. La dernière salle est entièrement consacrée à ses sculptures, souvent monumentales et pour les plus récentes d’inspiration résolument gothique. « Un large panorama de ses vingt-cinq années de production artistique, qui souligne autant la variété formelle que la cohérence conceptuelle de son œuvre », relève encore Enrico Lunghi.

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