La revisitation du corps selon Francesca Di Bonito

Di Bonito

Née à Naples en 1978, Francesca Di Bonito vit et travaille à Paris depuis une dizaine d’années. Se définissant comme photographe et plasticienne, elle s’attache à utiliser le médium photographique en tant qu’outil et support, l’associant à d’autres pratiques telles que la performance, la sculpture ou encore l’installation. A l’occasion de sa participation au festival manceau Les Phographiques, qui se tient jusqu’au dimanche 2 avril, nous mettons en ligne les propos de l’artiste recueillis en 2015 pour notre e-magazine dédié à l’utilisation de la photographie dans la création contemporaine. Francesca Di Bonito revient ainsi sur son travail, qui s’inscrit dans le champ de la narration, et plus particulièrement sur la série Chairs dévotes, présentée actuellement au Mans.

« J’ai toujours exploré le médium photographique dans sa nature d’outil et de support – le faisant devenir élément plastique à part entière –, par une pratique qui est de l’ordre de la production numérique, de l’action manuelle et de l’intrusion plastique, grâce à des techniques de manipulation et d’intervention sur le support, et en faisant appel à la mise en scène. Mes œuvres retranscrivent ainsi les éléments figuratifs bruts du réel, ses objets ordinaires ou anodins. En prenant appui sur la photographie de témoignage plutôt que sur des images aux traits réalistes et classiques, je les détourne, les déforme parfois, leur conférant ainsi une nature inédite. Le passage au volume est donc une continuation naturelle, une conséquence logique, une évidence presque dans mon processus créatif. Les œuvres finales composant la série Chairs dévotes, par exemple, sont tridimensionnelles avec une profondeur qui varie de 15 à 20 cm. L’ensemble puise ses origines dans une recherche sur le corps humain sculpté et sa “revisitation” photographique. Pendant des années, j’ai photographié des statues néoclassiques, de taille humaine, à l’allure mystique voire religieuse. En parallèle, la consultation d’encyclopédies médicales de la fin du XIXe siècle a fait naître une évidence : des organes et des tissus humains aux teintes charnelles, dessinés avec la précision et la finesse propres aux scientifiques, intégreraient les corps froids de ces statues. Le volume plastique s’est imposé dans la réalisation comme un équilibre entre la lourde masse de ces corps et leur réductif témoignage photographique. L’œuvre s’installe ainsi comme un totem dans l’espace. La couture et la broderie, pratiques familières depuis mon plus jeune âge, m’ont permis d’assembler des fragments de la réalité conduisant vers une fiction qui se charge à son tour du réel même, de la vie. De pierre ou de bronze, ces statues s’imprègnent d’une histoire humaine qui glisse le long des fils, des épingles et des aiguilles… autant de points d’ancrage d’une chronique terrienne. L’intitulé de la série est, comme tous mes titres, à la fois court et polysémique. Y résonnent les conditions humaine et religieuse, détournant les stéréotypes liés à la seconde – la dévotion religieuse notamment – vers une dimension plus organique presque médicale, celle de la chair. J’y aborde ainsi le sacré dans ses racines les plus humanistes. Mon discours déplace le religieux pour l’emmener vers le terrien et l’organique. Les personnages de cette série sont confrontés à une possibilité autre, à une dimension humaine et individuelle de la foi. »

Prendre du recul grâce aux Photographiques

Corinne Mercadier
Demain, série Solo, Corinne Mercadier, 2011-2012.

Depuis plus de trente ans, l’association Festival de l’image organise Les Photographiques en divers lieux du Mans. Inaugurée samedi 11 mars mars, son édition 2017 s’articule autour de l’œuvre de l’artiste invitée, Corinne Mercadier, en regard de laquelle sont présentés les travaux d’une quinzaine d’autres photographes, sélectionnés dans le cadre d’un appel à auteurs lancé dans un esprit d’ouverture aux sensibilités les plus variées. « La photographie contemporaine, à l’image des autres arts, nous propose de nous arrêter, de nous poser enfin, de nous extraire de l’avalanche de visuels imposée souvent sans regard critique par les nouveaux médias, relèvent les organisateurs sur le site Internet du festival. Avec Les Photographiques, ces trois semaines d’exposition contribueront, nous l’espérons, à susciter le plaisir de la découverte, à enrichir le regard et à lui rendre le recul nécessaire à une meilleure appréhension de notre monde contemporain. »

Contacts
Crédits photos

Retrouvez Francesca Di Bonito sur le site Gallery Locator.