Regards croisés sur les migrants au Collège de France

Le Collège de France accueille, à partir de ce vendredi 8 juin à Paris, une double exposition, intitulée Déplacement, qui met en regard les travaux du plasticien français Mathieu Pernot – premier artiste invité en résidence par l’institution dans le cadre de l’année académique 2017/2018 – et ceux du photographe et vidéaste soudanais en exil Mohamed Abakar. Le premier, qui interroge de manière récurrente les notions d’identité et de mémoire, travaille sur les questions migratoires depuis une dizaine d’années en réalisant des photographies, collectant des récits et interrogeant les cultures dont les migrants sont les héritiers. Le second, qui a fui le conflit du Darfour et est arrivé en France en 2015, a intégré le programme « étudiants invités » des Arts décos de Paris et participé l’année dernière à un atelier de mise en situation photographique au château de Versailles ; la série produite dans ce cadre, Réfugiés à découvert, a obtenu le second prix. « En voyant dans le parc du château de Versailles ces statues entièrement occultées d’un drap épais pour les protéger des morsures de l’hiver, je n’ai pu me retenir d’avoir une pensée pour les réfugiés, ces frères d’expérience, tant ils me ramènent à mon passé récent, écrivait Mohamed Abakar en septembre 2017. (…) Obtenir un statut est un si long parcours. Les voilà ainsi drapés d’un aberrant dilemme : vivre là-bas leur est désormais impossible, vivre ici ne leur est pas reconnu. (…) Ces clichés de Réfugiés à découvert, près de ces statues cachées, sont un hommage à leur dignité d’homme et à leur sensibilité. » Des images qui, pour Mathieu Pernot, ont une parenté esthétique et symbolique avec son propre travail réalisé en 2009 sur des migrants photographiés dans leur sommeil, le corps enveloppé dans des draps. « Cette série d’images a été réalisée à Paris, à proximité du jardin Villemin où se retrouvaient des migrants afghans, expliquait-il en 2009. Je suis allé les photographier très tôt le matin, dans le temps que je disposais entre le lever du jour et la présence de la police venue les réveiller. Je les ai photographiés dans leur sommeil, le corps caché par un tissu, un drap ou un sac de couchage les recouvrant. Invisibles, silencieux et anonymes, réduits à l’état de simple forme, les individus se reposent et semblent se cacher, comme s’ils voulaient s’isoler d’un monde qui ne veut plus les voir. (…) J’ai pensé que la meilleure image à faire était celle de leur sommeil, de cet ailleurs que l’on ne connaîtra jamais et qui constitue sans doute leur dernière échappée. Je n’ai pas voulu les réveiller. Je n’ai rien vu des migrants. » Ouverte au public à partir du lundi 11 juin et jusqu’à la fin du mois, l’exposition est en accès libre pendant les horaires habituels du Collège de France. Elle devrait être à nouveau visible à la rentrée. Visuels : de gauche à droite, extrait de la série Les Migrants (2009) de Mathieu Pernot et de la série Réfugiés à découvert (2017) de Mohamed Abakar.