La quête de l’harmonie de Marion Tivital

Marion Tivital est connue pour ses natures mortes et ses représentations de sites industriels désertés, des lieux d’absence. Depuis dix ans, elle tisse une œuvre intrigante et mystérieuse. L’exposition que lui consacre actuellement la galerie GNG, à Paris, est l’occasion de découvrir que la peintre s’est aussi confrontée récemment au portrait. L’artiste revient pour ArtsHebdoMédias sur son cheminement de création.

ArtsHebdoMédias. – Quelles sont vos influences ?

Cartons 28, Marion Tivital.

Marion Tivital. – Mon travail est le fruit d’une longue recherche. Je peins depuis 30 ans, mais j’expose depuis 10 ans seulement. J’ai toujours été passionnée par l’art. J’ai surtout eu la chance, pendant 15 ans, de participer à l’atelier d’un peintre, qui était par ailleurs professeur de techniques anciennes pour les restaurateurs. J’y ai appris à fabriquer ma pâte de blanc comme le faisaient les grands maîtres hollandais, tels Rembrandt et Vermeer pour ne citer qu’eux. Ce côté artisanal rejoint ma philosophie de la peinture. Je suis amoureuse de la lumière qui émane des toiles de ces maîtres. Au-delà du sujet, je suis captivée par ce blanc, qui vibre et que je trouve un peu magique. Je suis également une « fan » absolue de Giorgio Morandi. Ce peintre italien vivait son art comme une quête spirituelle. Au travers de ses natures mortes d’objets usuels – pots, carafes, brocs, etc. –, je reconnais une quête humble et laborieuse. Rothko, chez les abstraits, m’inspire le même sentiment.

Pourquoi avez-vous fait le choix de peindre des lieux où l’homme est absent ? Vos paysages industriels tendent par ailleurs de plus en plus vers l’abstraction…

J’ai toujours été attirée par la lumière d’abord. Au début de ma vie de peintre, je prenais ma boîte de couleurs pour aller dans les champs. Et partout où je me posais, je voyais des entrepôts, des silos, des hangars, etc. Ces bâtisses, conçues par et pour l’homme, deviennent de fait plus importantes que le paysage. Cette empreinte humaine est une forme de land art évoquant notre époque. Je veux peindre mon siècle et les gens qui l’habitent. J’aime la géométrie, les choses mélancoliques et ambivalentes. Mais je veux retranscrire l’essentiel de l’objet peint. Le temps passe et ma peinture est en effet de plus en plus abstraite et de moins en moins floue. Epurée et simplifiée, tout simplement.

Site industriel 214, Marion Tivital.
Paysage 171, Marion Tivital.

Et soudain l’humain s’invite dans votre travail. Comment sont apparus Les Silencieux ?

Les Silencieux se sont invités quand je suis revenue à l’atelier après une longue pause. Je me suis posé cette question : qu’est-ce qui m’intéresse chez les humains ? En peignant des modèles qui méditent, qui sont apaisés, j’ai voulu représenter le sentiment qui les habite : la sérénité. Quel que soit le sujet, je vise le calme et l’harmonie.

Silencieux 1, Marion Tivital.
Paysage 174 b, Marion Tivital.

Vous travaillez à l’huile et vous peignez sur bois. Que signifient ces choix techniques particuliers ?

L’huile est une matière très sensuelle. J’aime tout de l’huile, son odeur, son onctuosité, le temps nécessaire de séchage. Je suis très lente. De même, j’aimerais ne peindre que sur du bois si c’était possible. C’est tellement plus simple que sur la toile. Je veux dire encore une fois la sensualité du pinceau et de l’huile qui glisse sur le bois. Rien que ça me rend heureuse ! Peindre, c’est le lieu de ton enfance qui te rassure et t’épanouit. C’est ne faire que ça. Peindre, c’est un aboutissement.

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