Prix Espace Beaurepaire – Révélations intimes

Ingrid Milhaud

Les photographes et plasticiens Adelap, Pierre Faure, Dominique Mérigard, Ingrid Milhaud – la lauréate – et Charity Thomas sont les cinq finalistes de l’édition 2017 du Prix Espace Beaurepaire. Leurs travaux sont exposés jusqu’au 26 février dans le lieu d’exposition éponyme situé dans le Xe arrondissement à Paris.

En 2000, Thérèse Gutmann créait à Paris l’Espace Beaurepaire, à la fois association et lieu d’exposition ouvert à différentes formes d’expression artistique ainsi qu’au design et à la mode. Il y a trois ans, la collectionneuse décidait d’enrichir son engagement en faveur de la création contemporaine avec la mise en place du Prix Espace Beaurepaire, en collaboration avec la galeriste Nathalie Béreau ; placé sous un thème générique, « Mémoire et oubli » – assorti d’une sous thématique annuelle –, l’appel à projet s’adresse aux artistes ayant déjà exposé dans le lieu. Une dotation de 1 500 euros est attribuée au gagnant et les cinq finalistes bénéficient d’une exposition-vente collective. « Je me souviens » – en référence à Georges Perec – est le titre de son édition 2017.

Le jury, qu’ArtsHebdoMédias a eu le plaisir de rejoindre cette année, a retenu les travaux de cinq artistes dont la pratique est liée à la photographie : Adelap, Pierre Faure, Dominique Mérigard, Charity Thomas et Ingrid Milhaud, la lauréate. Cette dernière dévoile deux propositions extraites d’une trilogie s’appuyant sur la mémoire familiale et intitulée La Trace : abrités derrière un voile de coton blanc, ses Fanthotypes sont des reproductions photographiques de vêtements de nourrissons et d’enfants obtenues grâce au procédé dit de l’anthotype (soit sur un papier traité avec du jus de fleurs, de plantes ou de fruits), associé ici au jus de framboise ; L’Album est une installation réalisée à partir d’un vieil album emplis de photos de famille et constituée de 38 tirages (66 x 33 cm) reliés entre eux sous forme d’un Leporello de douze mètres de long.

Adelap présente Carnet de forêt, un ensemble de photographies – où s’entremêlent image, herbier, texte et aquarelle – et une vidéo qui s’articulent autour du rapport intime et du langage singulier noués par un jeune garçon avec la nature ; des cloches transparentes dévoilent un ensemble d’objets trouvés, autant de témoignages et souvenirs de ses promenades enfantines dans les bois. Recroquevillés sous une couverture, face contre le mur ou endormis sur le dos, les personnages masculins saisis par Pierre Faure ont tous en commun d’avoir fait escale au Refuge – plus grand centre d’hébergement d’urgence de France – à Paris, où l’artiste les a rencontrés en 2013. Constituée de tirages noir et blanc grand format, la série Les gisants interpelle le regardeur en traçant un parallèle entre la symbolique de ces sculptures funéraires médiévales, qui rappelaient des défunts au souvenir des vivants – le plus souvent hommes de pouvoir – représentés allongés et tournés vers le ciel, et ces « oubliés » de la société, mais aussi souvent de leur famille, que sont les sans-abris.

A travers Beauséjour inventaire, Dominique Mérigard nous invite à le suivre au fil des pièces de sa maison familiale, gardienne de souvenirs d’enfance et de moments partagés avec ceux qui ne sont plus. Parmi eux, le père du photographe, dernier occupant des lieux. « Plus que des mises en scène, il s’agit ici d’évocations du passé, où les objets tiennent lieu de déclencheurs, explique-t-il dans son texte d’intention. Enregistrer les traces de cet univers intime est le moyen de conjurer l’abandon, la perte et la disparition. (…) Le temps d’avant se lie ici au temps présent. Il est aussi le temps perdu qu’on ne pourra jamais rattraper. » Née en Angleterre, Charity Thomas a grandi dans la campagne normande, entre deux cultures. Elle en garde un souvenir d’isolement – elle évoque aussi le trauma et la notion de transmission – qu’elle a d’abord transcris au fil des pages d’un livre, Ripples, qui rassemble une vingtaine de photographies imprimées sur papier de soie et papier croquis. On the edge of silence, ensemble de photos moyen et petit formats, s’inscrit dans la suite de ce travail en questionnant plus particulièrement cet espace livre initial. Il y est notamment question de réminiscence et d’imaginaire, de construction et déconstruction du réel. L’ensemble de ces travaux est à découvrir jusqu’à dimanche à l’Espace Beaurepaire. Il est à noter que le produit des ventes sera intégralement reversé aux artistes.

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