Première européenne pour Theaster Gates

Vue de l’exposition « Black Archive », Theaster Gates, 2016

La Kunsthaus de Bregenz, située sur les bords du lac de Constance en Autriche, accueille jusqu’à fin juin la toute première exposition muséale de l’Américain Theaster Gates – invité des dernières éditions de la Biennale de Venise et de la Documenta de Cassel – en Europe.

« D’aussi loin que je me souvienne, les objets du quotidien appartenant aux personnes noires ont toujours résonné au plus profond de moi, écrit Theaster Gates en préambule de son exposition de Bregenz. (…) Ils sont à la source de l’importance que j’accorde aux choses ordinaires (…) ainsi que d’un examen davantage critique, entamé récemment, de comment le monde voit les noirs et, par extension, comment il me voit moi. » L’appréhension de l’autre et la notion d’identité, telle qu’elle peut être projetée et perçue, comptent parmi les axes essentiels des projets de Theaster Gates. Pour l’exposition The Black Archive, celui-ci développe plus particulièrement son propos à partir de plusieurs collections réunies par ses soins et relatives à la culture et à l’histoire afro-américaines ; elles sont abritées depuis l’automne dernier dans une ancienne banque des années 1920, rachetée pour un dollar symbolique à la ville de Chicago, où il vit, et transformée en The Stony Island Art Bank, un lieu ouvert à tous, à la fois médiathèque, centre de recherches et résidence d’artiste. Son fonds, dont une partie est pour la première fois présentée à Bregenz, rassemble par exemple les magazines édités entre les années 1940 et 1980 par John Johnson, fondateur de la première et plus importante maison d’édition noire aux Etats-Unis. « Ces magazines ne parlaient pas du futur, mais du présent. Ils s’adressaient aux personnes noires du monde entier et constituent un incroyable héritage du savoir et de la culture noirs », précise l’artiste dans un entretien avec Thomas D. Trummer, le directeur de la Kunsthaus Bregenz. Theaster Gates a également amassé tout un ensemble d’éléments historiques – films, photographies, affiches, publicités, etc. – ne donnant des Afro-Américains que des portraits stéréotypés. Celui du serviteur dévoué, de la « mama » sympathique avec ses lèvres charnues, ses cheveux crépus et son imposant popotin… Le tout vient faire écho à une autre collection, qu’il a baptisée Negrobilia et lui a été confiée par Edward J. et Ana Williams : dans les années 1980, ce banquier de Chicago et sa femme avaient entrepris de racheter des images publicitaires, objets et œuvres d’art des XIXe et XXe siècles – plus de 4 000 – ayant en commun de véhiculer une image négative, et souvent raciste, des noirs ; ce dans le seul but d’en empêcher la circulation et l’utilisation mercantile. « Le titre de l’exposition évoque la notion d’archive au sens large, explique par ailleurs Theaster Gates. Il s’agit, entre autres, de réfléchir aux liens entre le corps, le mien ou celui d’autres personnes, et l’acte d’archiver. A comment le corps portait des souvenirs et des histoires bien avant l’invention du livre ou des lieux de conservation : ce à travers des supports tels la transmission orale, la danse ou le chant. Je me suis intéressé à la dimension physique de l’archive, à son incarnation. »

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