Polémique à la Biennale du Whitney

Tous les deux ans, durant trois mois et depuis 1932, le Whitney Museum de New York dresse un état des lieux de la création contemporaine américaine à travers une vaste exposition pluridisciplinaire. Adressant cette année le thème de la place de l’individu dans une société troublée et la question de la nation, et placée sous le commissariat Christopher Y Lew et de Mia Locks, la Biennale du Whitney invite à découvrir, jusqu’au 11 juin, les œuvres de 63 artistes nés ou naturalisés aux Etats-Unis, ou y résidant. Parmi eux, citons Eric Baudelaire, Larry Bell, John Divola, Jon Kessler, Tala Madani ou encore Dana Schutz. Une toile de cette dernière n’en finit pas d’attiser la polémique depuis mi-mars : Open Casket s’inspire d’une photo du cercueil ouvert d’Emmett Till, jeune homme de 14 ans assassiné en 1955 par des suprématistes blancs du Mississippi (qui furent acquittés) ; une image devenue l’un des symboles de la lutte pour les droits civiques. Tout un pan de la communauté artistique noire estime qu’un artiste blanc n’a aucune légitimité pour traiter d’un tel sujet, allant jusqu’à réclamer la destruction de l’œuvre. Dana Schutz a admis dans un communiqué ne « pas savoir ce que c’est que d’être Noir en Amérique », avant de préciser : « Je sais ce que c’est que d’être mère. Emmett était l’enfant unique de Mamie Till. L’idée même que quelque chose arrive à votre enfant est impossible. Leur souffrance est notre souffrance. » « Nous considérons le sujet comme allant bien au-delà d’un problème de race, estime quant à lui Christopher Y Lew. Oui, ce sont en majorité des hommes noirs qui sont tués, mais cette question est avant tout américaine. » Ce débat sur l’appropriation culturelle anime le milieu intellectuel outre-Atlantique depuis plusieurs années déjà. Plus d’informations et le programme complet de la biennale sont à consulter sur Whitney.org. Visuel : Open Casket, Dana Schutz, 2016.