Plongée dans l’espace-temps malléable de Mika Rottenberg

Mika Rottenberg avait marqué les esprits, lors de la Biennale de Venise en 2015, avec, au cœur de l’exposition internationale, son installation NoNoseKnows, dans laquelle on entrait en passant par un atelier de tri de perles de nacre. La plasticienne et vidéaste argentino-israélienne est l’invitée du Musée d’art moderne de Bologne, en Italie, où elle présente une dizaine d’œuvres jusqu’au 19 mai.

Ponytail (Orange), Mika Rottenberg, 2018.

Dès l’entrée, au plafond, on peut voir une vidéo projetée dans un caisson lumineux. Des ampoules électriques de toutes les couleurs y sont cassées une par une avec un marteau. Le visiteur, le cou tordu, est entièrement happé par la vidéo. Dans la grande nef qui s’ouvre ensuite, deux Ponytails (couettes) directement fixées au mur bougent en un mouvement hypnotique, comme s’il s’agissait de queues de poneys plutôt que de cheveux rassemblés en une coiffure. Sur un autre mur, Smoky lips est une petite installation en forme de lèvres. S’en dégage un peu de fumée. Si on se penche et qu’on y jette un œil, on peut y voir une courte vidéo.
Derrière un rideau de guirlandes en plastique métallisé, une longue vidéo, Cosmic Generator (notre photo d’ouverture), dévoile une longue barrière entre les Etats-Unis et le Mexique. Devant elle, une femme pousse une petite échoppe à roulettes surmontée de couvercles en métal, comme celle d’un glacier ambulant. Sous le soleil au zénith, tout semble normal. On voit une scène qui paraît réelle. Puis, soudain, tout part en vrille. Sous les couvercles de métal se cache un miroir dans lequel des passants peuvent se mirer. Dans un restaurant chinois, sous les mêmes cloches de métal se cachent des humains transformés en mets. L’un s’échappe par un long tunnel et arrive dans un lieu abandonné où une fontaine de pacotille déverse une eau claire, sans fin. Plus loin, des échoppes de décorations de Noël collées les unes aux autres. Dans chaque échoppe, un personnage comme englouti dans cet univers de plastique, paillettes, guirlandes lumineuses. L’un regarde son téléphone, l’autre tapote sur une calculatrice, un autre encore dort, etc. D’un passage à l’autre, un monde de plus en plus étouffant et mortifère se dévoile à nous. C’est un monde fantasque, délirant, joyeux autant qu’effarant, et pourtant les références visuelles sont suffisamment précises pour que nous sachions que nous en faisons pleinement partie. L’angoisse monte au file du visionnage…
Née en 1976 à Buenos Aires, Mika Rottenberg a grandi à Tel Aviv, où son père, Enrique Rottenberg, était producteur de film. Elle vit et travaille à New York. Derrière l’humour dévastateur de ses propositions, se cache une critique acerbe du monde hyper connecté, du capitalisme et de l’engloutissement de l’humain dans cette immense usine à produire du brol qu’est devenu le monde. Thèmes oh combien actuels !
L’œuvre vidéo NoNoseKnows présente plusieurs étages, qui apparaissent à tour de rôle sur l’écran, d’une fabrique de perles de nacre. Du forçage d’immenses coquillages pour y installer un germe pour une perle, au tri de ces dernières, le film est composé de parties tournées avec de vrais ouvriers, d’autres mises en scène avec un décor mobile. Il y a très souvent des passages d’un étage à l’autre, des trous dans les parois, des tunnels par lesquels s’échappe l’un ou l’autre personnage. Cet espace-temps plastique et malléable est la marque de fabrique de l’artiste. (…)

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, fondatrice et rédactrice en chef du site d’actualité artistique belge Mu-inthecity.com, nous vous proposons de poursuivre la lecture de cet article d’un clic.

Smoky Lips (Study #4), Mika Rottenberg, 2018-2019.
Contact

Mika Rottenberg, jusqu’au 19 mai au MAMbo à Bologne, en Italie.

Crédits photos

Image d’ouverture : Cosmic Generator, 2017 © Mika Rottenberg, photo Giorgio Bianchi, Comune di Bologna / courtesy Hauser & Wirth – Ponytail (Orange) © Mika Rottenberg, photo Giorgio Bianchi, Comune di Bologna / courtesy Collection Scott et Margot Ziegler – Smoky Lips (Study #4) © Mika Rottenberg, photo Giorgio Bianchi, Comune di Bologna / courtesy Hauser & Wirth