Pleins feux sur les armes à Lausanne

Musée de design et d’arts appliqués contemporains ouvert sur la création plasticienne, le Mudac de Lausanne, en Suisse, propose régulièrement des expositions thématiques autour de sujets de société. Avec Ligne de mire, un projet issu de deux ans de recherches et de nombreuses collaborations, l’institution questionne de manière critique l’univers des armes à feu, mettant notamment en lumière les relations paradoxales que nous entretenons avec ces objets aussi fascinants qu’inquiétants, protecteurs que meurtriers.

« Dans la conception même des armes à feu, le rôle du designer est central et la fonctionnalité du design bien particulière, écrit Susanne Hilpert Stuber, commissaire de l’exposition, dans son texte d’intention. Une arme est en effet avant tout un moyen au service d’une fin : elle a pour objectif de neutraliser le plus efficacement possible et se doit d’être fiable, compacte, légère, ergonomique, durable, parfois esthétique, et de plus en plus, intelligente. Au cours de nos recherches de plus de deux années, la question du design létal s’est heurtée au mutisme de l’industrie de l’armement : au-delà du secret lié aux nouvelles technologies, communiquer sur les développements de la fonctionnalité d’une arme à feu ne semble pas acceptable pour les producteurs. Et de manière plus générale, évoquer la relation entre design et violence reste souvent tabou. » Les œuvres d’une trentaine de designers et plasticiens internationaux – parmi lesquels Mircea Cantor, Sylvie Fleury, Michel Aubry et Philippe Starck – nourrissent un parcours qui s’articule au fil de neuf sections aux titres invoquant, pour la plupart, le champ lexical spécifiques des armes. « Puissance de feu » est l’intitulé du premier espace, qui donne le ton avec une installation immersive signée de la photographe allemande Herlinde Koelbl (Targets, 2014) et dans laquelle le visiteur se retrouve plongé en pleine séance d’entraînement militaire, tour à tour en position de tirer, visé, ou en observateur. Suivent « Impact & balistique », où sont rassemblées des pièces évoquant le tir et l’impact de manière tour à tour concrète, voire brutale, et poétique, « No Man’s Land », investi par la Française Lisa Sartorio qui transforme l’arme en motif pour construire un paysage photographique étonnamment paisible, « Mobilisation féminine », qui, comme son nom l’indique, s’intéresse au rapport des femmes aux armes, objets le plus souvent associés aux attributs masculins. Une carte blanche offre une incursion dans l’univers de Ted Noten, designer néerlandais connu pour sa critique des modes de production industriels actuels et de notre quotidien de consommateur « passif » ; pour Ligne de mire, il a imaginé un dispositif axé autour d’Uzi Mon Amour – l’une de ses pièces phares –, un pistolet-mitrailleur israélien, en or massif, abrité dans un bloc d’acrylique transparent en forme de mallette. Au fil de son parcours, le visiteur passera encore par « Double action », « Zone d’entraînement », « Classification & Manufacture », « Balle à blanc / Recul » et « Service de renseignements », ce dernier espace étant dévolu à la médiation, aux données statistiques et autres informations d’actualité sur les armes à feu et leur usage à travers le monde. « Peu d’objets provoquent des sentiments aussi contrastés, allant de l’aversion la plus profonde à une fascination morbide – cette appréhension étant souvent liée au contexte socioculturel dans lequel nous avons grandi –, rappelle encore Susanne Hilpert Stuber. Mais, quelle que soit notre position, l’arme colonise notre quotidien et notre imaginaire par d’innombrables images et représentations, que ce soit au travers des médias, des films ou des objets qui nous entourent. Tour à tour, elle est engin de guerre, mécanisme d’agression individuelle ou collective, symbole de pouvoir et de violence, objet de trafics à grande échelle, produit d’économies parallèles, mais également élément de décoration. Motif iconographique, l’arme agit comme un signe qui rappelle notre présence éphémère et notre fragilité. » L’exposition Ligne de mire est à découvrir jusqu’au 26 août.

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