La peinture amoureuse de Christophe Miralles

délire des innocents

La galerie Marie Vitoux présente actuellement à Paris les dernières toiles de Christophe Miralles. Le peintre, qui partage aujourd’hui son temps entre la France et le Maroc, chemine vers l’abstrait et travaille avec une palette plus resserrée. Rencontre.

ArtsHebdoMédias. – Comment votre peinture a-t-elle évolué ces dernières années ?

Christophe Miralles.
Christophe Miralles.

Christophe Miralles. – Je suis toujours de la même lignée, dans la même recherche d’identité. Je creuse mon sillon avec toujours le même noyau dur ! En revanche, je partage maintenant mon atelier avec Florence (NDLR : Florence Arnold, sa compagne, artiste elle aussi), ce qui bouscule mon travail. Nous échangeons beaucoup. Nous avons tous les deux des univers très différents et très installés. Jamais nous n’aurions pensé travailler avec un autre artiste. C’est nouveau et très intéressant.

Votre palette semble tendre vers plus de simplicité.

En effet, je suis moins explosif dans la couleur. Je travaille beaucoup le noir et blanc. De même, la composition de mes toiles est plus libre, moins frontale. Quelque chose s’est ouvert. La facture s’est libérée, comme dans les Guetteurs, une série de 12 toiles que je présente à la verticale. Les silhouettes tendent vers l’abstraction. Je suis en train de quitter le corps. Mon art devient moins narratif.

Vous partagez depuis quelques années votre temps entre la France et le Maroc. Ces changements de lieu et de lumière ont-ils un effet sur votre travail ?

Changer de lumière ne me dérange pas ; ça ne brise pas la continuité de ma recherche. Je suis d’origine espagnole et j’ai toujours beaucoup observé la peinture espagnole, par exemple. En revanche, la rencontre avec les peintres et artistes marocains, la diversité de cette culture, constituent une vraie richesse. Là encore, ça me bouscule dans le bon sens du terme.

Le nom de l’exposition comme le titre de vos œuvres sont toujours minutieusement choisis…

Le titre d’une toile est pour moi un aboutissement, pas un accessoire. Il permet de dévier la narration, d’ouvrir un champ supplémentaire dans la compréhension de l’œuvre. Les titres descriptifs peuvent fermer, enfermer. Quant au nom de l’exposition, Ecrasons l’infâme, c’est une formule que Voltaire utilisait en conclusion de ses lettres. L’écrivain invitait son correspondant à l’accompagner dans sa bataille contre l’ignorance. Avec ce titre, je convie le public à se joindre à cette réflexion d’actualité. La peinture sert aussi à mettre en lumière et à dénoncer.

Ce contenu engagé est-il la marque de l’expressionnisme dans lequel on vous classe volontiers ?

Je peins avec ce que je suis et l’actualité nous affecte tous. Mais par moments, cette étiquette d’expressionnisme peut être difficile à porter. « C’est lourd, c’est grave, c’est triste »… Ce genre de commentaires m’affecte quelquefois. Je veux une peinture amoureuse, généreuse, caressante. C’est tout le hiatus entre le ressenti et l’intuition ! Mais je porte toujours en moi cette intime conviction que la peinture n’est pas ringarde.

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