Paris Photo 2017 – Une belle mais sage édition

Pour sa 21e édition, Paris Photo réunit au Grand Palais quelque 159 galeries et 30 éditeurs originaires de 29 pays. Si la très grande qualité est au rendez-vous, marquée par des signatures prestigieuses et historiques, le choix des images manque d’audace et reste essentiellement occidental. Par ailleurs, peu de galeries ont pris cette année le risque d’exposer de jeunes photographes, tandis que les sujets choisis par Karl Lagerfeld, invité d’honneur de Paris Photo 2017, pour son parcours sont pour la plupart marqués par l’univers de la mode ou très « léchés », sans parti pris politique. Dans le salon d’honneur du Grand Palais, la deuxième édition de « Prismes » présente 14 installations ou œuvres sérielles et grand format qui méritent le détour ; la programmation triée sur le volet de MK2, proposant de visionner films et vidéos, témoigne quant à elle d’une première réussie. Enfin, l’amateur ne manquera pas de faire le détour par deux manifestations organisées en parallèle : au Carrousel du Louvre, Fotofever, créée en 2011, réunit 80 exposants, dont 60 % de galeries étrangères, en majorité orientés vers la création contemporaine et émergente, tandis qu’une nouvelle foire off, le salon Approche, tient sa première édition au Molière, un hôtel particulier de la rue de Richelieu, et se visite sur rendez-vous dans l’intimité des 14 galeries qui y exposent. Balade subjective dans les allées de Paris Photo.

Ming Smith
Self-Portrait, Harlem, NY, Ming Smith, 1973.

A l’exception des images chics et chocs d’Helmut Newton (1920-2004) chez Hamiltons ou de Richard Avedon (1923-2004) chez Pace/MacGill, on aurait voulu plus de sexe et d’amour à Paris Photo, mais ces thèmes sont traités de façon timide, souvent explorés superficiellement. Saluons cependant la présence d’un peu de mouvement politique dans cette inertie contemporaine française qui freine les grands engagements d’aujourd’hui ! En première ligne, la galerie new-yorkaise Steven Kasher présente des photographes des luttes afro-américaines, tels Stephen Shames et son travail sur les Black Panthers ou Ming Smith – première artiste noire américaine à avoir rejoint les collections du MoMA – et ses images du Harlem des années 1970. A la galerie argentine Rolf Art & Henrique Faria, un solo show est dédié au regard porté par l’Argentin Marcelo Brodsky sur mai 68 et ses manifestations ; un ensemble de tirages moyen format avec des slogans peints à même l’image. La galerie parisienne School Olivier Castaing célèbre également les 30 ans de mai 68 un peu en avance avec des clichés du photographe de guerre Gilles Caron, disparu au Cambodge en 1970, qui couvrit au quotidien les manifestations étudiantes à Paris. Sur le stand de la galerie Polaris (Paris), un solo show de Matthias Bruggmann plonge le visiteur dans l’enfer de la guerre en Irak, en Syrie, ou en Haïti, avec des photographies d’art, qui font penser à de véritables mises en scène tant les conditions de la prise de vue sont inouïes. Enfin, à la galerie Grimm (New York/Amsterdam), la photographe néerlandaise Dana Lixenberg dévoile une génération frappée par la pauvreté et la violence dans le quartier des logements sociaux d’Imperial Courts de Los Angeles, au fil de portraits réalisés pendant 20 ans après les émeutes de 1992. Au milieu de la foule du week-end, ces expositions donnent du relief à la foire.

Matthias Bruggmann
Irak # 5434, Matthias Bruggmann, 2003.

Parcours choisi

Ceci dit, certaines images à portée en apparence moins politique restent en mémoire, comme des petits fragments d’expositions imaginaires que l’on peut composer au Grand Palais à l’envi. Chez Kicken Berlin, l’on est marqué par un cliché en couleur de Shomei Tomatsu (1930-2012), une vue en contre-plongée d’un buste d’un personnage androgyne à la chemise rouge se tenant au bord de la mer ; sur le stand de la galerie Gagosian, c’est une vitrine de fleuriste à Vancouver de Jeff Wall que l’on retient surtout, avec dans l’espace dont le commissariat a été confié Patti Smith, à la fois hilarants et surtout totalement incongrus, deux petits tirages en noir et blanc de Diane Arbus (1923-1971) montrant de jeunes adolescents, photographiés sur le vif en pied, prenant des poses d’adultes. L’on poursuit chez Agnès b. avec l’image d’une femme africaine en sous-vêtements, de dos, sur un lit, de Malick Sidibé (1936-2016) et de beaux tirages argentiques en noir et blanc de plantes et d’arbres exotiques des Etats-Unis de Chris Shaw. Magnum a organisé son stand autour d’un magnifique panoramique d’une étendue d’eau polluée en noir et blanc de Josef Koudelka réalisé à Bakou, en Azerbaïdjan, et l’on se réjouit des splendides détails de désert photographiés en Israel par Jungjin Lee, ainsi que de la série autour des habitants de Varsovie de Michael Ackerman, à la galerie Camera Obscura. Hommage à la photographe disparue Leila Alaoui (1982-2016) à la Galleria Continua, un gamin marocain, sur un tirage en couleur, se découpe sur un paysage parsemé de petits moutons comme pour mieux décrire une enfance pleine d’aventures dans l’Atlas. Les photographies couleurs de Viviane Sassen et, dans un autre genre, les images grand format couleur du quotidien de la rue à Johannesbourg, issues de la série Museum of the Revolution, de Guy Tillim – qui a remporté le prix HCB en juillet dernier –, ainsi que les portraits en noir et blanc de Zanele Muholi chez Stevenson (Le Cap/Johannesbourg) viennent compléter la balade sous la nef du Grand Palais avec bonheur.

Union Avenue, Harare, Zimbabwe, 25 juillet 2016, Guy Tillim.
Horizon Icons (série), Chris Shaw.

Focus sur l’image en mouvement

Le cinéma et la vidéo sont par ailleurs mis à l’honneur à Paris Photo pour la première fois grâce à MK2. Une programmation de projections exceptionnelles a été organisée le jour du vernissage, mercredi dernier, avec deux avant-premières : celle du film de Naomi Kawase, Vers la Lumière, dont le personnage principal perd la vue progressivement, et celle du long-métrage d’Abbas Kiarostami, 24 Frames, dans lequel le réalisateur met en scène les instants précédant et suivant la capture de l’image fixe, autour de photographies qu’il a faites lui-même pendant un an. Des vidéos d’artistes sont également montrées, telles Tanker de Noémie Goudal, tournée sur un pétrolier, On the beach de Goran Škofić, réalisée en bord de mer en Croatie, Spasimo Palermo de Vanessa Beecroft, filmée dans l’église Santa Maria dello Spasimo de Palerme, ou encore Off Takes de Hao Jingban, qui réunit des témoignages sur la révolution culturelle chinoise. Ce dimanche 12 novembre, d’autres projections vidéo sont au programme ; l’on recommande notamment celles de Laura Henno et Roy Samaha.

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