Les ombres libérées de Véronique Pastor

Véronique Pastor cherche l’inspiration dans l’espace céleste. L’artiste s’est emparée du papier calque pour y dessiner une foule d’âmes errantes. Exposés pour la première fois à la galerie des Marches à Aubusson, dans la Creuse, où elle vit et travaille, ces Parchemins racontent une histoire d’humanité, une histoire de peau.

Parchemin 2 (détail), Véronique Pastor, 2017.

Les œuvres de Véronique Pastor nous conduisent hors de la matrice du monde commun. De l’invisible qu’elle côtoie, l’artiste recueille des portraits d’âmes errantes en chemin vers la libération. Volutes et cocons, ses dessins ont le visage familier de ceux que nous pleurons. « Adolescente, un prof m’a dit : “Vous avez de la patte”, se souvient l’artiste. Mais je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire ! » Cours de dessin, de craie grasse, d’encres, Véronique Pastor n’a jamais laissé la création déserter sa vie. Pour une boutique de décoration, elle a peint des toiles – la fameuse patte. Mais il a fallu que son travail soit désiré, apprécié et attendu pour qu’elle se revendique enfin comme artiste. S’ensuivent dix ans de boulimie de travail pour rattraper le temps perdu, pour chasser les doutes. « Je suis aujourd’hui plus dans l’attente, explique-t-elle. Je laisse maturer. J’aime le processus créatif, cette méditation active qui m’aide à planifier le travail, à sentir le moment où c’est prêt. Mais je suis une laborieuse ! » En 2016, un voyage en Nouvelle-Calédonie va très fortement la marquer. « La culture canaque est habitée par le contact avec les êtres ancestraux, la terre sacrée, raconte-t-elle. Je m’y suis sentie chez moi. » Ce séjour donnera naissance à 55 dessins. Véronique Pastor va ensuite utiliser comme support des rouleaux de calque qui appartenaient à son père, décédé en 2015. Un père qui écrivait des icônes, images sacrées qui nous envoient des messages de l’au-delà.
C’est cette série particulière que l’artiste présente ces jours-ci à Aubusson. Devant ces populations étranges et familières, on croit entendre les mots du poète russe du XIXe siècle Afanassi Fet : « Se gorger soudain du proche, de l’ignoré, donner un souffle à la vie, de la volupté aux tourments secrets… »

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