Nuit européenne des Musées – Sous le signe du son et de la lumière

Ardouvin_soleil couchant_2005

Light painting, parcours ludiques, projections, ateliers, concerts et autres visites guidées insolites sont au programme de la 12e édition de la Nuit européenne des Musées, qui se tient ce samedi 21 mai dans quelque 3 000 établissements culturels répartis à travers l’Europe. Organisée par le ministère de la Culture et de la Communication, la manifestation est souvent l’occasion de croisements interdisciplinaires et de rencontres originales propices à offrir une lecture renouvelée de l’espace muséal. En témoigne notre sélection d’événements hexagonaux, à découvrir seul ou en famille, qui met plus particulièrement à l’honneur les jeux de lumière et les installations sonores.

Extrait de Demain, je ne sais plus rien, Sylvain Décure.
Extrait de Demain, je ne sais plus rien, Sylvain Décure.

Un circassien au Musée Picasso à Paris. Le Musée Picasso, installé dans l’Hôtel Salé, donne carte blanche à Sylvain Décure à partir de 18 heures. Diplômé du Centre national des arts du cirque, l’artiste présente une série de trois interventions s’articulant autour de notre rapport à l’œuvre d’art et où s’entremêlent ressentis corporel et émotionnel : J’ai toujours rêvé d’être une œuvre d’art, Malgré moi et Tu vois quoi, toi ? L’occasion, par ailleurs, d’explorer le sous-sol du musée, investi jusqu’au 31 juillet par Miquel Barcelò – premier artiste contemporain invité depuis sa réouverture des lieux en 2014 – : une centaine de toiles, dessins, sculptures et céramiques évoquent essentiellement le thème de l’atelier. Sont disposées en regard quelques pièces de Picasso ainsi qu’une sélection de photographies de ses divers ateliers.

Bonne nuit les petits, Pierre Ardouvin, 2008.
Bonne nuit les petits, Pierre Ardouvin, 2008.

Se laisser conter Pierre Ardouvin au Mac Val. C’est un programme des plus denses qu’ont concocté les équipes du Mac Val, à Vitry-sur-Seine. Constitué de performances, visites, ateliers et concerts, en alternance de 15 h à 23 h, il met plus particulièrement à l’honneur la jeunesse dans le cadre de la restitution d’une série de projets menés par des élèves (du primaire au secondaire) de la ville en collaboration avec le musée, l’Ircam et La Muse en circuit notamment. Un groupe d’étudiants des Beaux-Arts de Paris mettra le Mac Val sous écoute dans le cadre de diverses performances et installations sonores. Deux parcours insolites à travers les sculptures, impressions sur toile et autres pièces de Pierre Ardouvin – son exposition Tout est affaire de décor se tient jusqu’au 4 septembre –sont également proposées : l’un, tout en gestes, conduit de 18 h à 19 h par l’artiste, poète et comédien sourd Levent Beskardes ; l’autre, conté par Florence Desnouveaux, débutera à 21 h. Deux belles conversations en perspective avec l’œuvre du plasticien français, connu pour aborder, avec une apparente légèreté, mais aussi tendresse et humour, les thèmes de la perte, du passage du temps, de l’arrachement, de la solitude.

Portrait présumé de Marie-Emilie Baudouin, par François Boucher (1703-1770) réinterprété par @audrey.pirault
Portrait présumé de Marie-Emilie Baudouin, par François Boucher (1703-1770) réinterprété par @audrey.pirault.

S’inspirer du baroque sur Instagram à la Gare Saint-Lazare. En cas d’affluence décourageante dans l’un des musées parisiens « visés » samedi soir, faites un détour par la Gare Saint-Lazare : y est exposé le fruit d’un projet artistique initié début mai par l’établissement public Paris Musées avec Instagram, à l’occasion de la mise en ligne de la plateforme Parismuseescollections.paris.fr, destinée à mettre à la portée du plus grand nombre les collections des musées de la Ville de Paris. L’exposition présente, jusqu’au 31 juillet, les travaux de dix instagrammeurs d’horizons variés – blogueurs, photographes, youtubeurs – invités dans le cadre du dispositif #ParallèlesParisMusées à réinterpréter chacun une toile, photographie ou sculpture d’un siècle passé. Filtres photo, accessoires modernes, décalage et humour sont au rendez-vous. A noter que chacun d’entre vous peut proposer un remake d’une œuvre de son choix. Les meilleures réalisations seront diffusées sur le compte Instagram de Paris Musées.

Blue Portrait, Butz&Fouque, 2009
Blue Portrait, Butz&Fouque, 2009.

Le corps dans tous ses états au LAAC de Dunkerque. Outre une visite libre de l’exposition actuellement présentée au musée, Everybody, qui s’articule autour de thématiques liées au corps, le LAAC invite son public à suivre une visite guidée en langue des signes (à 17 h 30), à écouter un concert (à 19 h) restituant le travail mené par le peintre et musicien David Gore avec le conservatoire de musique et d’art dramatique et l’école supérieure d’art de Dunkerque sur les rapports entre image et son, ou encore à assister à une performance (à 20 h30) réalisée par un duo de photographes exposé dans le cadre de l’exposition, Butz&Fouque, abordant la question de la gémellité et la notion du double, au cœur de leur travail. La soirée sera par ailleurs rythmée par une série d’interventions plastiques et interdisciplinaires imaginées par les étudiants de l’ESA Dunkerque.

Bruno Peinado
Il faut reconstruire l’Hacienda
(simulation 3D)
Bruno Peinado, 2016.

Week-end inaugural au Mrac Languedoc-Roussillon de Sérignan. Direction les bords de La Méditerranée, près de Béziers, où le Mrac inaugure aujourd’hui ses nouveaux espaces, en accès libre tout le long du week-end. L’occasion de découvrir l’œuvre pérenne commandée à Bruno Peinado pour la façade de l’extension, Il faut reconstruire l’hacienda, ainsi que l’exposition monographique lui étant consacrée en parallèle. Y sont rassemblés dessins, peintures, sculptures et installations, parmi lesquelles The Hacienda – réplique de la scène du célèbre club musical de Manchester des années 1980 –, amenée à accueillir les interventions de plasticiens, musiciens et étudiants des Beaux-Arts chaque dimanche durant les quatre mois de l’exposition. Pour la Nuit européennes des musées, elle sera inaugurée (à 21 h) par le groupe montpelliérain My Great Blue Cadillac.

Renaud Auguste-Dormeuil
I Will Keep A Light Burning (ciel du 17 mai 2014, sur l’esplanade de Beaubourg à Paris), Renaud Auguste-Dormeuil.

Poussières d’étoiles avec Renaud Auguste-Dormeuil au Mamac de Nice. En entrée libre de 19 h à minuit, le Musée d’art moderne et contemporain de Nice propose une visite contée de ses espaces, intitulée « Dans l’ombre et la lumière » et menée par des comédiens de la Compagnie du Balcon, qui s’inscrit dans la lignée de la Commedia dell’Arte. Une performance lumineuse est également programmée à partir de 21 h : signée Renaud Auguste-Dormeuil, I Will Keep a Light Burning verra l’allumage progressif d’un millier de bougies sur le parvis du musée. Censées reproduire le ciel étoilé tel qu’il sera visible dans cent ans, les petites flammes sont à interpréter comme une forme de matérialisation de l’invisible, d’un avenir restant à inventer.

Jeroen Hollander
Détail d’un dessin signé Jeroen Hollander.

Le trait à l’honneur au Musée de la Création Franche. Outre une collection forte de quelque 600 sculptures et toiles de plus 250 artistes singuliers et d’art brut, l’institution béglaise (Gironde) offre de découvrir, de 15 h à minuit, deux expositions temporaires. La première est consacrée à Jeroen Hollander – lauréat du Prix de la jeune peinture belge en 2009 –, créateur passionné par la cartographie et les moyens de transports. Pas moins de 120 de ses dessins, réalisés aux crayons marqueurs de couleurs vives, au stylo bille ou à la mine de plomb, sont offerts au regard. La seconde, Les mots à l’œuvre, met en exergue l’importance de l’écrit, du mot, des signes et de la calligraphie dans la création autodidacte qu’ils participent souvent à structurer. Cette programmation court jusqu’au 5 juin.

Pierre Grangé-Praderas
Les ruches connectées de La Mine, sur le toit du CAPC, Pierre Grangé-Praderas.

Le numérique en jeu(x) au CAPC de Bordeaux. Orchestrée autour des thèmes du contrôle, de la science occulte et du secret par le plasticien Pierre Grangé Praderas – en écho à l’exposition dédiée à l’artiste britannique Suzanne Treister –, la soirée est ponctuée de divers rendez-vous mettant en avant le numérique dans la création actuelle. François Dumeaux « récoltera » par exemple le son produit par les abeilles du rucher du CAPC pour réaliser en temps réel une bande-son mêlant musique acousmatique et improvisation. Une installation vidéo immersive de Nicolas Weyrich perturbera vos repères spatiaux par le biais du recours au mapping vidéo. Pierre Grangé Praderas initiera pour sa part les visiteurs au hacking ! Outre la diffusion au milieu du café du musée d’images et de slogans extraits du Darknet, il mettra à disposition des visiteurs une pirate box sur laquelle ils pourront se connecter avec leur propre clé USB ; vidée automatiquement de son contenu, elle leur sera rendue chargée d’adresses et de liens utiles pour visiter des sites de hackers…

Stephen Marsden
Big Policeman, Stephen Marsden, 1998.

Parcours de sculptures au Frac-Artothèque du Limousin. Coup d’envoi de la soirée à 19 h 30 avec un parcours musical organisé par les élèves du Conservatoire de Limoges autour de l’exposition United States, du Britannique Stephen Marsden, dont les sculptures explorent les thèmes du sexe, de la violence, de la guerre, de la mort ou encore de la féminité. Plâtre, ciment frappé et résine polyester sont ses matériaux de prédilection, chacun agissant comme un révélateur de son vocabulaire formel. Tout le long de la soirée, se succèderont des animations et plusieurs visites commentées organisées par les équipes de l’institution.

Florian Debu
Le dernier souffle (arrêt sur image), Florian Debu.

Souffler des bulles en verre à minuit à Dordives. A Dordives, dans la vallée du Loing (45), à une heure de Paris, les amateurs des métiers d’art sont invités à s’initier ou parfaire leurs connaissances de l’art du soufflage, qui fait la réputation de la ville depuis 1752. A partir de 19 h et jusqu’à minuit, le public peut assister à différentes démonstrations comme parcourir une exposition consacrée aux créations des meilleurs ouvriers de France. Une trentaine de pièces sont à découvrir dans les salles du Musée du Verre et de ses Métiers. Diffusé en boucle, un documentaire intitulé Le dernier souffle, signé Florian Debu, revient sur les différentes étapes, techniques et la gestuelle de ce travail de précision. Une réalisation notamment sélectionnée et diffusée lors de l’édition 2014 du Festival international du cinéma libre à Hambourg. L’exposition est libre d’accès jusqu’au 30 octobre.

David B.
Dessin signé David B.

La bande dessinée s’invite au Musée de l’abbaye de Sainte-Croix. Aux Sables-d’Olonne, en Vendée, c’est la bande dessinée qui est à l’honneur de cette nouvelle édition de la Nuit des Musées, en écho à l’exposition de David B., Portraits de mon frère et du Roi du monde (à voir jusqu’au 29 mai). Parmi les temps forts de la journée : la présentation de courts métrages réalisés par des étudiants en écoles d’animation européennes – en collaboration avec des illustrateurs et des dessinateurs de BD comme de presse – dans le cadre du Laboratoire d’images, un projet initié par Christian Janicot ; des ateliers animés par Philippe Gerbaud (de 11 h à 13 h et de 15 h à 17 h). En fin de journée, à 19 h 30, le musée accueille une création « ciné-concert », L’Alchimage, mêlant des courts-métrages de Philippe Gerbaud à la musique du duo Symphonic Balzar (accordéon et clarinette).

Capture d’écran de la bande annonce réalisée par Gildas Malassinet-Tannou pour la Nuit des Musées à Toulouse.
Capture d’écran de la bande annonce réalisée par Gildas Malassinet-Tannou pour la Nuit des Musées à Toulouse.

A Toulouse, le Light painting investit le Musée des Augustins. Sous le faisceau de leur lampe de poche, et dans le cadre d’une collaboration du musée avec le Festival Rose Béton, dédié aux pratiques et cultures urbaines, les curieux sont conviés à assister aux performances du light painter Gildas Malassinet-Tannou et du plasticien 100TAUR. Passionné de calligraphie, le premier transpose cet art dans l’espace par le biais de jeux de lumière féériques, accompagnés d’une composition musicale de Sevan Arevian. Le second explore, à travers de nombreuses techniques, les notions de différence et d’imperfection, dévoilant un univers empli de monstres et de chimères, créatures hybrides et poétiques. Samedi soir, il réalisera une fresque monumentale dans l’église.

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