Nuit Blanche 2018 : des étoiles plein les yeux

La 17e édition de Nuit Blanche va éclairer le ciel parisien la nuit du 6 au 7 octobre. Imaginée par Gaël Charbau, son nouveau directeur artistique, la manifestation s’articule autour de quatre « constellations » et, comme chaque année, entend faire rayonner les monuments connus et méconnus de la capitale, dont certains sont de la fête pour la première fois.

Affiche de Nuit Blanche 2018, Samuel Trenquier.

« Cette année, Nuit Blanche a été construite avec les artistes et leur propre vision de Paris », précisait il y a une dizaine de jours Gaël Charbau, directeur artistique de l’édition 2018, lors de la conférence de presse de l’événement. Présente également, Anne Hidalgo, la maire de Paris, place cette édition sous le signe des rencontres et de l’histoire : « La Nuit Blanche est un récit de notre ville, de ses habitants, exigeants, indociles, insolents, créatifs, un récit collectif de ce que nous sommes. C’est une invitation à mieux nous connaître. » Dans la nuit du 6 au 7 octobre, Parisiens, amateurs d’art ou simples curieux pourront emprunter les rues de quatre constellations pour découvrir créateurs, artistes et lieux publics. A ces parcours officiels s’ajoute une programmation off, poétiquement renommée « satellite » par Gaël Charbau. Entre les installations « In », les « Off » et celles labellisées, ce n’est pas moins de 178 projets, gratuits et accessibles à tous, qui sont proposés tout au long de cette nuit d’automne.

Constellation de la Villette

Direction le parc de la Villette et toute sa diversité culturelle. Accessible par les portes de la Villette (M7, T3b) ou de Pantin (M5), il sera ouvert au public toute la nuit. Et c’est la musique qui sera essentiellement mise à l’honneur dans cette constellation. La Philharmonie fera voyager les visiteurs avec ses cinq marathons musicaux, entre classique et contemporain. Un peu plus loin, au Trabendo, Matière noire #02 présentera les performances lives de plusieurs artistes. Ces musiques électro et techno seront accompagnées par les vidéos du duo As Human Pattern. Dans la Folie des Merveilles, l’association Villette Makerz, laboratoire collaboratif de conception et de fabrication – Fablab –, offre un accès aux dernières technologies de création contemporaine. Pour Nuit Blanche, diverses installations porteront un regard critique et artistique sur ces cultures numériques innovantes. Un ensemble de films produits au Fresnoy, Studio national des arts contemporains (Tourcoing), seront projetés sur l’écran géant de la Géode. Les visiteurs pourront ainsi parcourir le monde des yeux !

Constellation de l’île Saint-Louis

Neither the Sky nor the Earth, Abdelkader Benchamma.

Dans le 5e arrondissement, rue de Poissy, le Collège des Bernardins affiche une double programmation : Echo de la naissance des mondes, une installation immersive d’Abdelkader Benchamma installée dans la nef de l’édifice, et un concert donné par 18 trombonistes, qui improviseront sous la direction du plasticien Melik Ohanian l’acte X du film Borderland. Une intense découverte qui durera jusqu’à 3 h du matin. L’ensemble de l’île Saint-Louis sera isolée de la circulation le temps d’une nuit. Quelque 300 personnes représentant un large spectre de métiers vont y créer diverses sculptures, qui seront ensuite acheminées en procession jusqu’à l’école élémentaire de l’île, puis sur les quais. Le visiteur est invité à se joindre au cortège et à se lancer dans sorte de chasse aux trésors. A l’origine de ce projet, Edgar Sarin et Mateo Revillo souhaitent évoquer un organe performatif, dans lequel les objets manufacturés ont une certaine dimension sacrée. En passant par le pont Notre-Dame, les insomniaques se retrouveront à l’Hôtel de ville qui accueillera, dans sa salle des fêtes, huit défilés de la styliste et directrice artistique Maroussia Rebecq. Avec 99 vêtements populaires, cette dernière célèbre les infinies possibilités du stylisme et de la transformation, tout en restant fidèle à son « écologie de la mode ». Près des Halles, dans le jardin Nelson Mandela, Bertille Bak crée un singulier marché, rendant hommage au « ventre de Paris » aujourd’hui disparu.

99 vêtements populaires, Maroussia Rebecq.

Constellation des Invalides

Toujours dans le centre de Paris, le studio UY077 pévoile son Super Kilomètre depuis l’Esplanade des Invalides jusqu’aux Champs-Elysées, en passant par le pont Alexandre III. Cette proposition artistique et urbanistique rassemble toutes sortes d’activités entre culture contemporaine et patrimoine historique : sports, concerts, food-trucks… Une installation qui sera rythmée par des rencontres et de la bonne humeur afin de rester éveillé jusqu’au bout de la nuit ! Au Palais de la Découverte, les visiteurs pourront (re)vivre La Première Nuit du Temps humain dans la Planétarium. Les deux modules astraux reconstitueront les ciels étoilés sur une performance musicale de Zad Moultaka. Clapotis d’eau, bruissement du vent, cris d’animaux, les chanteurs de Musicatreize seront disséminés dans le public. Le tout complété par un dispositif électroacoustique. Alors, prêts à voyager dans le temps ?

Constellation de la Porte Dorée

Urban Jungle, Florian Viel.

En vous dirigeant vers la Porte de Vincennes, peut-être aurez-vous la chance de tomber sur une rame de métro de la ligne 1 transformée en jungle urbaine. L’artiste Florian Viel y invite des performeurs à un corps-à-corps avec une plante au milieu des passagers. Une installation « tropicool », selon les mots de Gaël Charbau, qui pourrait bouleverser votre expérience des transports en commun. Aux abords du Palais de la Porte Dorée, dans la cour du Lycée Elisa Lemonnier, Eric Minh Cuong Castaing, chorégraphe et artiste visuel, va créer deux performances de danse. La première, School of Moon (notre photo d’ouverture), déploie l’allégorie d’une post-humanité en éveil dont les enfants évoluent en symbiose avec de petits robots humanoïdes. La seconde, Sous Influence, convie le public à un clubbing sensoriel. Avec le DJ set de Yes Sœur, les performeurs seront en transe, et partageront cette « épidémie dansante » avec les spectateurs créant ainsi un sentiment d’osmose et de communion. Pour terminer cette Nuit Blanche, les visiteurs pourront investir le Parc Zoologique de Paris. Dans le respect des animaux et en harmonie avec le calme du lieu, l’artiste et metteur en scène Philippe Quesne a imaginé une balade immersive qui nous plonge dans une rêverie éveillée, dont la dramaturgie évoque des récits de science-fiction à la Jules Verne, où l’univers de l’homme frôle celui de la nature. Tels des aventuriers, les visiteurs seront invités à chercher les œuvres dissimulées dans le décor de Laurent Le Deunff et à retrouver l’espace d’un moment leur âme d’enfant.

L’œuvre in progress de Théodora Barat au Cnes

Phase D (étude), Théodorat Barat.

Tout près des Halles, sur le parvis du Centre national d’études spatiales (Cnes), l’Observatoire de l’Espace invite le public à suivre cinq heures durant l’évolution de Phase D, un « chantier » insolite conduit par la plasticienne Théodora Barat. Faisant suite à un temps de résidence pendant lequel l’artiste s’est appuyée sur les archives du Cnes pour mener, entre 2015 et 2016, une réflexion plastique autour des formes produites par l’ingénierie spatiale, le projet doit prendre la forme d’une sculpture monumentale composée d’éléments évoquant plus particulièrement ceux utilisés pour développer les outils de télécommunication entre la Terre et les engins spatiaux. « Je me suis intéressée à la structure même des paraboles et antennes, précise Théodora Barat. Ces formes récurrentes en métal qui donnent des volumes évidés m’interpellent. (…) En résidence, ma recherche portait sur ce que j’appelle “l’esthétique de la nécessité”, c’est-à-dire des objets dont la forme est définie par leurs fonctions et par des impératifs techniques. Phase D ne s’inscrit pas tout à fait dans la même logique. (…) L’enjeu est d’utiliser, dans cette sculpture, un système reconnu et appliqué dans le monde technique et d’en changer le contexte. » Se fondant sur un vocabulaire formel et graphique à même de réactiver la place de l’aventure spatiale dans l’imaginaire collectif, l’installation participe à explorer la manière dont les êtres humains construisent de multiples liaisons avec l’Espace. Rendez-vous dès 19 h place Maurice Quentin.

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