La nature et ses reflets à Chaumont-sur-Loire

Alors que le Domaine de Chaumont-sur-Loire se prépare à recevoir les équipes choisies pour le 27e Festival international des Jardins, il reste encore une quinzaine de jours pour profiter de l’exposition photographique d’hiver. Avec pour thème unique le paysage et la nature, elle réunit les clichés de Thibault Cuisset, Elger Esser, Robert Charles Mann, François Méchain, Gérard Rondeau, Eric Sander et Hanns Zischler. A découvrir dans les dépendances et les superbes pièces en enfilade du château jusqu’au 28 février.

Ciel et Mer, Eric Sander.

Pas question d’hiberner malgré une saison quelque peu polaire. La magnificence des vues du parc du château comme celles des bords du fleuve enneigés, épinglées sur la page Facebook du Domaine de Chaumont-sur-Loire, prouve à quel point la programmation du Centre d’Arts et de Nature est au diapason de son environnement. Pour la première édition de Chaumont-Photo-sur-Loire, Chantal Colleu-Dumond, directrice des lieux et commissaire de l’événement, a choisi sept photographes pour lesquels le paysage est sujet tout autant que matière de leurs recherches. Installé dans un espace différent, chacun d’entre eux bénéficie d’une exposition à part entière. Dans l’Asinerie, Ciel et Mer d’Eric Sander offre au regard plusieurs horizons entre bleu et bleu. Cette ligne ténue, qui sépare autant qu’elle rassemble, évoque pour les amoureux de la peinture ce que Nicolas de Staël pouvait certains jours voir par la fenêtre de son atelier à Antibes. Les Galeries hautes du château accueillent, quant à elles, Elger Esser, Robert Charles Mann et Hanns Zischler. Dans leurs mondes dénués de toute présence humaine, le silence et la brise règnent. Il faut avoir du souffle pour ces traversées aux embrasements. Là, la lumière tremble dans un espace en noir et blanc que le mouvement vient troubler. Ici, elle nimbe nuages et reflets. Des berges du Nil aux rives de la Loire, nous naviguons au côté d’Esser. Le photographe franco-allemand nous fait basculer dans des visions intemporelles au romantisme puissant. A quelques mètres, Robert Charles Mann propose de troublants sténopés. Autres voyages. En terre de rêves. « J’espère partager avec la personne qui regarde une expérience riche et onirique, un point de référence à partir duquel explorer les âmes », livre-t-il.

Photographies signées Hanns Zischler.

De sténopé, il est aussi question avec le travail d’Hanns Zischler. Réalisés lors de vols en montgolfière, les siens exaltent l’instant, « rendent visible et traduisent la durée d’un moment fugace, traversent le monde muet : le vent, la fumée, la neige qui tombe, la bruine », commente l’artiste. La Galerie basse du fenil abrite, pour sa part, les Lieux d’être(s) de François Méchain (notre photo d’ouverture). Dans cette superbe salle, l’artiste expose les témoins de certaines de ses créations in situ devenus, par la force du sujet et la beauté qu’ils restituent, des œuvres. Le visiteur découvre la puissance d’évocation de ces installations en pleine nature, la force de l’esprit et de la main de l’homme au service d’un hymne à la fragilité, à l’impermanence, mais aussi au renouvellement. Sans conteste un des moments forts du parcours. A noter également les hommages rendus à deux photographes récemment disparus : les inlassables admirateurs des paysages et du monde, Thibaut Cuisset et Gérard Rondeau. Dans quelques jours, Chaumont-Photo-sur-Loire fermera ses portes pour se préparer à accueillir d’autres œuvres et d’autres artistes. Nourrir notre regard au rythme des saisons est un exercice parfaitement maîtrisé par le Centre d’Arts et de Nature, jamais en peine d’un supplément d’âme et d’imagination.

La pensée célébrée par le jardin

Pièce signée Dale Chihuly.

La 27e édition du Festival international des Jardins de Chaumont-sur-Loire ouvrira ses portes au public le 24 avril. Dévoilé la semaine dernière à Paris, l’événement donnera l’occasion à vingt-trois équipes de créateurs d’exprimer leur variation du thème : « Jardins de la pensée ». Ils sont paysagistes, jardiniers, architectes, urbanistes, mais aussi scénographes, metteurs en scène, graphistes, anthropologue, géographe, ébéniste et même plumassière ! Originaires de France, d’Italie, d’Allemagne mais aussi de Russie, des Etats-Unis, du Japon, de Corée du Sud et du Canada. Les visiteurs pourront découvrir « entre autres singulières architectures vertes, de véritables “bulles” de pensée, un jardin de méditation japonais bleu Klein, radicalement contemporain, une spectaculaire anamorphose rouge, un sculptural livre de sable, une architecture en spirale inédite, un cloître contemporain orné de sublimes “fleurs de plume”, de délicats kokedamas figurant des neurones… Bref, une époustouflante combinaison d’idées, d’inventions et de poésie végétale », commente Chantal Colleu-Dumond. Au fil de ce parcours surprenant, les évocations seront nombreuses et les références prestigieuses. Rousseau, Proust et Borges compteront, entre autres, parmi les écrivains évoqués. En plus des créations lauréates du concours, présidé cette année par l’écrivain Jean Echenoz, les amateurs de jardin pourront découvrir des « cartes vertes » offertes notamment au paysagiste et chercheur Bernard Lassus, au sculpteur Dale Chihuly et à l’Oulipo. Le festival est aussi l’occasion de retrouver les jardins permanents du Domaine, classés « Jardin remarquable ». En 2017, le Domaine de Chaumont-sur-Loire a accueilli plus de 430 000 personnes dont au moins 20 000 enfants.

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