La mémoire vive du Musée Réattu

Troisième partie d’un cycle dédié à la redécouverte, initiée en 2014, du département photographique du musée arlésien, l’exposition Rencontres à Réattu entend mettre en lumière les liens forts établis entre l’institution et le festival Les Rencontres d’Arles. Elle est à savourer jusqu’au 7 janvier 2018.

Arlésienne, Katerina Jebb, 2013.

A Arles, le Musée des beaux-arts, installé au sein du Grand prieuré de l’Ordre de Malte, est aussi celui que l’on appelle le Musée Réattu. Mais qui donc était ce Jacques Réattu (1760-1833) ? Si ce n’est cet artiste arlésien qu’on surnomma « le peintre de la Révolution française » ! Du 16 septembre au 7 janvier prochain, l’institution lui consacrera sa première exposition monographique, Arelatensis-Un rêve d’artiste, valorisant à cet effet la restauration récente de trente de ses toiles, ainsi que la numérisation et la mise en ligne de 300 de ses dessins et d’une abondante correspondance conservée jusqu’alors à la médiathèque. En attendant, cette rétrospective historique, le jeune conservateur du musée, Andy Neyrotti, a su piocher dans une mémoire plus récente, celles des Rencontres d’Arles, pour nous concocter – à partir d’une collection de 800 œuvres constituée au cours des quinze dernières années par les dons systématiques des différents commissariats du festival, mais aussi de tirages laissés librement en dépôt ou offerts par les artistes –, un accrochage d’une centaines d’œuvres photographiques dialoguant entre elles, sur le thème du portrait. Le pari, s’appuyant sur un fonds aussi éclectique, n’était pas gagné. Mais à l’heure du selfie et de la projection de soi, la thématique a l’avantage de questionner en chacun de nous l’idée de la représentation, tout en traitant ici de la relation induite entre le photographe et son modèle. Comme ces amoureux sagement allongés (Plein Chant) de Pierre Jahan (1909- 2003), qui firent scandale en 1947 ou ces portraits sexués d’amants alanguis, ou pris en plein ébat, réalisés en toute liberté par Judy Dater dans les années 1970, en Californie comme en Arles. Tête de coureur cycliste, casqué comme un gladiateur, captée par Véronique Ellena (Les classiques cyclistes, 2000), ou bien, pour servir l’affiche, un homme sur le bras duquel est tatoué la date de sa naissance, regardant au loin sa cité dans la campagne écossaise, tel un hobereau face à son donjon (Neal, Tower blocks, série Roses and guns, 2000), de Guillaume Janot : le portrait en dit long sur l’esprit d’une époque. Et pour initier un parcours sur les deux étages du musée, le commissaire bien inspiré par une nouvelle de Michel Tournier*, a choisi de nous accueillir avec les grands portraits en pied d’Arlésiennes en habit de Katerina Jebb, fixant l’infini ou le sol, comme d’immobiles hologrammes : « Ce sont des scans réalisés à bout de bras, imprimés sur papier puis mis sous verre, pour lesquels ces femmes ont posé pendant plus d’une heure, explique-t-il. Une façon de renouer avec l’origine du mystère de la photographie – lorsque dans la lumière, le portrait de Jésus s’imprima sur le linge tendu par Véronique. » Et de rappeler, par ailleurs, que le département photographique de Réattu, fondé dès 1965, « fut l’un des premiers dans un musée des Beaux-Arts, à une époque où la photographie était encore considérée comme un procédé mécanique, un médium sans valeur artistique, propre à l’illustration et à la reproduction. » Son fonds, qui compte aujourd’hui près de 5 000 tirages des photographes les plus célèbres, constitue un véritable coffre-fort, une mémoire vive ancrée dans la ville, qui s’interroge autant sur les origines que sur les pratiques et les nouveaux horizons artistiques tracés par la photographie contemporaine.

* La nouvelle de Michel Tournier, Les suaires de Véronique, donna naissance au film de Laetitia Herbain tourné à Arles en 1979. Disponible sur le site de l’Ina.

Neal, Tower blocks, Guillaume Janot, 2000.
Les classiques cyclistes (série), Véronique Ellena, 2000.
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