Lorenzo Castore, photographe de l’intime

De Cuba à l’Inde, en passant par les Etats-Unis, la France, l’Espagne, l’Allemagne, la Hongrie ou encore la Grèce, Lorenzo Castore n’a de cesse de saisir des bribes d’histoires singulières à partir desquelles il construit des récits à la fois puissants et poétiques, qui prennent la forme de séries photographiques et de courts métrages. L’un d’eux vient de donner lieu à un très bel ouvrage publié aux éditions Noir sur Blanc. Le photographe italien y dévoile la singularité de sa rencontre et de l’amitié nouée avec deux habitants de Cracovie, Ewa et Piotr Sosnowski.

Couverture de l’ouvrage Ewa & Piotr, Lorenzo Castore.

« Pourquoi je raconte tout ça ? Par non-sens, pour partager une expérience humaine, pour ne rien juger, pour la beauté insoupçonnée, pour le plaisir de s’identifier à tout, pour constater une fois encore que rien ne s’accomplit seul, à cause de ce que nous ignorons et dont on ne peut parler », écrit Lorenzo Castore dans Ewa & Piotr, livre dédié au travail mené plusieurs années durant par le photographe italien à Cracovie, en Pologne, où il séjourne souvent et longuement entre 2007 et 2013. Tout commence lorsque, fasciné par une femme d’un certain âge « aux manières et à l’allure extravagantes », qu’il croise régulièrement dans la rue, Lorenzo Castore tente à de multiples reprises de nouer contact. En vain. Ce n’est qu’au bout de deux ans, par l’intermédiaire d’une tierce personne, qu’une amorce de lien, fragile, s’établit. Il lui confie qu’il souhaiterait la photographier ; le modèle tant espéré finit par accepter, à la condition de pouvoir être rémunéré. Un premier rendez-vous est organisé chez Ewa Sosnowski, lors duquel l’artiste réalise avec stupéfaction combien cette femme à la mise si sophistiquée vit dans une pauvreté extrême, sans gaz, ni électricité ou eau chaude. Il y fait également la rencontre de son frère, Piotr, avec lequel elle habite depuis 2003, date du décès de leur père. Peu à peu, le trio apprend à se connaître, à communiquer par bribes – barrière de la langue oblige –, et une relation de confiance s’installe au fil des mois.
A travers l’ouvrage Ewa & Piotr – et un film au titre éponyme –, Lorenzo Castore entremêle le récit de cette rencontre, saisissant en noir et blanc différents moments de leurs échanges et du quotidien, avec celui de l’existence passée des deux protagonistes, construit à partir de souvenirs inscrits dans des photos de famille qu’ils lui ont confiées. Les nombreux clichés, jaunis par le temps, dévoilent l’insouciance d’une enfance vécue dans l’aisance, au contact de la nature, qui contraste avec le dénuement de leur vie devenue citadine un demi-siècle plus tard. Pour le photographe, peu importent les raisons qui ont conduit à ce revers de fortune, seule compte la volonté de dérouler le fil d’une narration à la fois intime et universelle, de révéler, sans jugement, l’histoire d’une femme et d’un homme qui sont ce qu’ils sont, « cultivés, élégants et sensibles ». Un récit de vie, dure et belle, complexe et touchante, comme tant d’autres. « Je l’ai fait parce que je ne voulais pas que tout cela se perde, soit détruit ou vendu séparément, explique encore Lorenzo Castore. Je voulais que les photos restent ensemble, qu’elles sauvegardent une histoire, la leur. »

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