Le Loft de Martin Beck

Jusqu’au 21 octobre, Martin Beck présente sa première exposition d’envergure en France, au 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine. Dans un second temps rassemble des œuvres issues d’une réflexion sur les dynamiques sociales et les processus de travail dans la contre-culture des années 1960-1970 aux Etats-Unis. Les éléments d’archives ont une grande place dans la démarche artistique de cet artiste autrichien : il utilise des morceaux du passé pour éclairer le présent.

Working Forward (détail), Martin Beck, 2016.

Le 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine accueille actuellement Dans un second temps de Martin Beck. Pour cet artiste autrichien le lieu d’exposition joue toujours un rôle décisif dans ses projets : « Cette relation entre œuvre et exposition m’intéresse, parce que l’accrochage – le placement des œuvres dans l’espace, les conditions de perception, la relation des œuvres entre elles, etc. – peut modifier la signification d’une œuvre. » Ici, seule la lumière naturelle éclaire les différentes salles : la perception des créations change selon les heures de la journée.
La temporalité fait partie intégrante du travail artistique de Martin Beck, d’où le titre de son exposition Dans un second temps. « L’histoire et sa relation avec le présent sont des forces motrices, et je m’intéresse au processus par lequel ils se construisent l’un l’autre », explique l’artiste. Pour Working Forward, dont il présente une petite partie ici, il s’est imposé l’écriture d’une note chaque jour, sur un format « US letter ». Il rassemble ainsi des sources extérieures, comme des images, des extraits de textes ou encore des pochettes de disques, une manière pour lui d’enregistrer ce qu’il lit, entend et voit, ses réflexions et ses humeurs. C’est plus d’un mois de ce « journal de bord » qui est exposé à Metz pour l’occasion.

Desirable, Martin Beck, 2010.

Martin Beck a également choisi d’exposer des œuvres principalement issues d’une réflexion autour des communautés rurales américaines des années 1960-1970 et constate que certaines méthodes utilisées à l’époque se retrouvent dans le management actuel. Pour Desirable, l’artiste a utilisé des extraits d’un essai sur la résolution de conflit. Ce texte composé de phrases positives, de propositions, vise à améliorer les échanges entre les membres d’un groupe : « Fait preuve d’humilité », « Me demande mon opinion et semble la respecter ». A l’inverse, Irritating Behavior recense des comportements « négatifs », des tensions au sein d’un groupe : « Jim monopolise trop souvent la parole », « Bob est trop arrogant et sûr de lui lorsqu’il s’exprime ». Autant de constats qui interrogent par-delà les années les modes de fonctionnement des groupes sociaux.
Dans le même registre, The Problem montre une alternance de visuels provenant de banques d’images en ligne et de phrases extraites d’un guide sur la résolution de conflit, The Universal Traveler (1971). A travers cette pièce, Martin Beck fait le rapprochement entre le développement personnel issu de la contre-culture américaine et celui d’aujourd’hui. Comment se sont formées ces nouvelles entités sociales ? Comment étaient-elles représentées ?

Index, Martin Beck, 2012.

Index répond à ces questions à travers neuf œuvres qui synthétisent les recherches de l’artiste. Parmi elles, un panneau explique les modèles d’interaction sexuelle entre les membres d’une même communauté. Un autre indique : « No photographs. Visiting hours weekends only 8 am to 8 pm ». Informations qui témoignent d’une augmentation du nombre de visiteurs et des mesures appliquées pour protéger la population.
Outre les communautés rurales, Martin Beck s’intéresse aussi aux rassemblements « utopiques » de l’époque, comme les soirées de David Mancuso à New York. Last Night (notre photo d’ouverture) est une pièce vidéo et musicale, aboutie après six ans de recherches. L’œuvre reprend les 118 morceaux de la dernière soirée du Loft, une discothèque émancipatrice, sans discrimination. David Mancuso croyait au potentiel de la musique et de la danse pour créer de nouvelles interactions favorisant la tolérance, le partage et la liberté. Last Night reprend ces morceaux, qui, mis bout à bout, avoisinent les 13 h 30, durée totale du film. La visite de l’exposition se termine par le visionnage et l’écoute de ce projet. Le visiteur peut s’attarder dans l’un des trois canapés de cette salle plongée dans l’obscurité, face à l’écran géant et au tourne-disque en perpétuel mouvement, s’imaginant ainsi dans l’univers de la dernière soirée du Loft.

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