L’œuvre-vie de Jade

Des visages détaillés et expressifs dans des enveloppes brutes, des personnages tout droit sortis de contes et légendes. Jade empoigne le grès, sculpte sa propre écriture jour après jour. Son atelier se situe en Haute-Savoie, mais une partie de son travail est exposé à l’Espace de la Calende, à Rouen, jusqu’au 4 août.

Jade.

Tout commence avec un bouddha. « J’avais déjà sculpté des pièces, mais celle-ci a fait la différence », se souvient Jade. Elle n’a alors que 10 ans. Et pourtant, c’est à ce moment précis que sa tante, chez qui elle prenait des cours de sculpture, et son entourage réalisent son potentiel. « Quand on réussit quelque chose, on a peut-être plus envie de continuer dans cette direction », explique l’artiste. Ainsi débute l’histoire. Pendant longtemps, l’atelier de sa tante est son refuge. « J’y travaillais toutes les semaines. J’aimais l’odeur de la poussière, le contexte, les objets, l’ambiance. Je m’y plaisais », raconte-t-elle. Après l’obtention de son baccalauréat B (économique et social), elle intègre l’atelier préparatoire Penninghen, à Paris. Mais c’est aux Beaux-Arts qu’elle veut étudier. « J’ai montré mes différentes sculptures à un maître d’atelier qui m’a dit que pour faire les Beaux-Arts, il fallait savoir dessiner. » Mais le dessin n’est pas pour elle. Finalement elle entre à l’Ecole supérieure art et techniques de l’environnement publicitaire, d’où elle sort diplômée au bout de trois ans.
Jade travaille d’abord la faïence, mais « quand on a étudié différentes techniques, on a envie de changer. » Le grès s’impose alors comme une évidence : « J’ai découvert une couleur et une texture que j’aime. » Ses sculptures semblent sortir tout droit de légendes et contes de fées. « C’est ce que j’ai en moi qui ressort, tout est un peu inconscient. » C’est avec le public que, souvent, elle trouve des explications à son travail. Et finalement, même si toutes ses pièces sont différentes, elles sont liées les unes aux autres comme les lignes de la main. « L’évolution de mon travail est associée à l’évolution de ma vie. » Comme la série des Nuages, qui correspond à une période où elle avait besoin de s’évader, de rêver, de se recentrer sur elle-même.
Son inspiration lui vient d’abord de la terre. Elle travaille le grès pour qu’une idée lui vienne. Mais tout peut participer à l’acte de création, préoccupation de chaque instant. « Si je ne sculpte pas, j’écris, je lis, je pense, j’imagine. Et puis tout ce que je vois et j’entends, les conversations que j’ai, la musique que j’écoute, tout ça me nourrit et m’inspire. » Jade sculpte à son atelier tous les jours. Une pièce lui prend en moyenne deux mois. « Je travaille sur plusieurs en même temps, parce qu’il y a des choses qu’on ne peut faire que quand la terre est un peu plus dure. Et après, il a le temps de séchage qui est un peu long. Sans compter que quasiment toutes mes pièces nécessitent deux cuissons », explique l’artiste.
La première chose qui frappe dans les sculptures de Jade, ce sont les traits de ses personnages. « C’est le point clé de mon travail. J’adore m’attarder sur les détails et les expressions des visages, alors que les corps sont beaucoup plus bruts. » Il n’est jamais question de faire passer un quelconque message mais de révéler des émotions et d’en donner. « Je pense qu’il y a de la douceur, de la tristesse, de la sérénité aussi. » Sans l’ombre d’un doute.

Contacts
Crédits photos