L’ici et l’ailleurs de Miguel Chevalier

Après La Catalogne Vue du Ciel du photographe Yann Arthus-Bertrand, qui au début du printemps y a fait une halte d’un mois, le Forum des Halles, à Paris, vient de célébrer l’arrivée d’une œuvre pérenne signée Miguel Chevalier. Installée dans un couloir-passerelle du niveau -2, Pixels Wave light est une installation de lumière générative de 32 mètres de long. Un tableau hypnotique en perpétuel mouvement.

Pixels Wawe light (détail), Miguel Chevalier, 2017.

« Le Forum des Halles s’est profondément rénové ces dernières années. Avec la Canopée dessinée par l’architecte Patrick Berger, il s’est ouvert sur la ville. Les nombreux équipements publics dont il est doté – piscine olympique, conservatoire, médiathèque, centre dédié au hip-hop… – font de lui un vrai lieu de vie au cœur de la capitale. Installé à la croisée des chemins qui mènent au Centre Pompidou et à la Bourse du Commerce, qui bientôt accueillera la Fondation Pinault, il était prédisposé à accueillir des œuvres d’art », explique Olivier Delamarre, directeur du Forum des Halles. Inclination qui vient d’être renforcée par l’installation d’une œuvre générative de Miguel Chevalier. L’artiste français, qui avait métamorphosé la façade du Grand Palais en mars 2014 à l’occasion d’Art Paris Art Fair et habité célestement les voûtes de l’église Saint-Eustache lors de la Nuit Blanche 2016, est un habitué des défis. Interventions spectaculaires en milieu urbain, transformations prodigieuses d’espaces architecturaux, installations immersives, tableaux interactifs, sculptures issues de la technologie 3D… L’œuvre de cet innovateur est protéiforme. Pour tous ceux qui se glissent sous la Canopée, il a imaginé un horizon d’intenses chorégraphies lumineuses et colorées. Toutes les 15 minutes, un nouveau paysage se dessine. Et un scénario particulier marque chaque changement d’heure. Aucune boucle. « Vitesse, déplacement, formes, couleurs, amplitude, effets… Tout est programmable. Ni Miguel, ni moi ne savons ce qui va se passer dans quelques minutes ! Tout commence avec un pixel à partir duquel se développe une forme. En ce moment, le thème est géométrique, le prochain pourrait être un nuage. Les formes sont innombrables, car le programme les fabrique et les déforme de manière dynamique », explique Claude Micheli, qui a créé le logiciel en respectant paramètres et combinaisons souhaités par l’artiste. Il n’est plus ici question d’établir un scénario reproductible à perpétuité, mais de décider des éléments qui vont intervenir dans la composition tout en laissant au programme informatique l’interprétation de l’ensemble. Grâce à cet aléatoire contrôlé, Pixels Wave light se renouvelle donc sans cesse, offrant au public une performance numérique unique. Ce que vous verrez, personne ne le reverra jamais. L’œuvre de Miguel Chevalier captive l’œil et fixe l’individu le nez en l’air au milieu de la Place carrée. D’autant plus si l’observateur est un fervent amateur du travail de Miguel Chevalier. Il y a en effet quelque chose d’inhabituel dans cette création. A prendre les escalators et à y regarder de plus près, il s’avère que la lumière des 50 000 leds – pilotables individuellement – se diffracte et se diffuse à travers des panneaux de Dacryl translucides et émaillés de milliers de loupes. Créés spécialement pour l’occasion, ils offrent à l’œuvre une esthétique nouvelle, une intensité magnétique et une profondeur lumineuse des plus séduisantes. Quelque chose de l’incomparable travail du cristal admiré chez Baccarat, Lalique ou Saint-Louis. Une fois encore, Miguel Chevalier a su déjouer les pièges de l’ordinaire et de l’habitude. De l’ancien couloir, il ne reste plus rien. Plus qu’une fresque perpétuellement chatoyante et ondoyante. « L’idée était de créer une œuvre aux infinies variations », explique simplement l’artiste. De l’infini de la création, il est résolument question.

Artifice enchanteur à Chaumont-sur-Loire

In/Out-Paradis Artificiels, Miguel Chevalier, 2017.

Les visiteurs du Domaine de Chaumont-sur-Loire se demandent s’ils ne rêvent pas ! Face à eux, encadré par de petits arbustes alignés comme une haie d’honneur, posé sur l’herbe devant quelques arbres peut-être centenaires, voici qu’apparaît un dôme scintillant ! L’architecture à facettes, recouverte de films holographiques, s’irise sous les rayons du soleil tout en reflétant les couleurs du ciel. Une ouverture hexagonale permet de pénétrer dans cet igloo du troisième type. A l’intérieur, la surprise laisse place à l’enchantement. Un jardin virtuel se déploie à 360°. Des plantes naissent, s’épanouissent, s’entrelacent et disparaissent. Autant de métamorphoses accompagnées par la musique envoûtante du compositeur Jacopo Baboni Schilingi. Observer le règne végétal, le transposer artistiquement dans un univers numérique : telle est la démarche initiée par Miguel Chevalier à la fin des années 1990 et poursuivie jusqu’à aujourd’hui. In-Out/Paradis Artificiel en est l’émanation la plus récente prolongeant la réflexion de l’artiste sur le lien entre nature et artifice.

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