Les variations existentielles de Charlélie Couture

Jusqu’au dimanche 28 avril, le Musée Paul Valéry, écrin des peintres et des poètes surplombant les hauteurs de Sète, dédie un espace d’exposition au plasticien-chanteur Charlélie Couture. Près d’une trentaine d’œuvres, issues de sa période new-yorkaise, y dialoguent sur l’idée du passage empruntant les codes du street art et autres métaphores urbaines pour évoquer les questionnements existentiels de l’artiste.

Charlélie Couture.

Campé dans un bombers de biker et chaussé de lunettes noires, Charlélie Couture ne boudait ni son plaisir ni ne trompait son émotion, lors du vernissage, le 15 février dernier, louant le bel accrochage que lui offrait, aux côtés des maîtres, le Musée Paul Valéry, dirigé depuis dix ans par la commissaire et admiratrice Maïthé Vallès-Bled. La veille, paraissait aux éditions Le Castor Astral La mécanique du ciel, 50 poèmes inchantables, un recueil de textes griffonnés par l’artiste sur des cahiers à spirale, sur feuilles volantes, ou encore exhumés d’anciens ordinateurs, et que Charlélie avait écrits à la suite de ses fameux « poèmes rock », dont la mise en chansons gravées dans le vinyle par le label Island Records avait fait basculer la carrière. Or le succès du chanteur occulta la carrière du plasticien (en désir de reconnaissance), qui se définit lui–même comme artiste « multiste ». Car si d’aucuns ont, dans un moment de doute dépressif, entonné le tube Comme un avion sans aile en 1981, ils ignorent peut-être que Charlélie dessine, peint et sculpte. Né à Nancy dans une famille acquise à la culture, le jeune Bertrand Charles Elie avait en effet débuté sa carrière d’artiste par une première exposition de peintures et de photographies dès l’âge de quinze ans. Inscrit quelques années plus tard, à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, il en sortit diplômé d’une thèse sur la « polymorphie de l’esprit » en 1978. C’est en 2003, éprouvé par la mort de son père, qu’il quitta la France pour s’installer à New York City. Vingt-sept toiles rendent à Sète hommage à ses fantômes, sous la forme de photographies agrandies sur lesquelles Charlélie peint à l’acrylique, ou usant encore de techniques mixtes de collage sur bois ou de dessins-peintures, sur des rideaux de douche, de la toile ou du carton, dans des bricolages plastiques assumés à la poursuite d’un art total « entre le conscient identifié et l’émotionnel inconscient », précise l’artiste. « Les couleurs préférées du peintre sont le noir et le blanc, comme l’espace de la nuit et la vérité du jour. Et le gris, comme le compromis de l’ombre, complète son éditeur Eric Poindron. Et puis dans la palette du peintre, il existe l’orange fluorescent. Une couleur sonore. Celle que l’on voit sur les chantiers, celle de l’action et du signalement, qui prévient que quelque chose se passe. Une couleur urbaine, celle du travail ou de la construction. » Le 25 janvier 2019, sortait l’album Même pas sommeil (chez Rue Bleue / Flying Boat). Voilà notre Charlélie paré au décollage !

Contacts

Passages, jusqu’au 28 avril au Musée Paul Valéry, à Sète.
Le site de l’artiste : www.charlelie.com.

Crédits photos

Image d’ouverture : Find your Greatness (détail), 2012 © Charlélie Couture, photo Orevo – Toutes les photos sont créditées © Charlélie Couture, photo Orevo