Le cru 2017 de la Bourse Botín à l’honneur à Santander

Créé en 1964 par Marcelino Botín et son épouse, afin de favoriser le développement social de la Cantabrie, région du nord de la péninsule ibérique, la Fondation Botín intervient aujourd’hui dans toute l’Espagne ainsi qu’en Amérique latine, misant entre autres sur la création en tant que source et facteur de développement de richesse culturelle, sociale et économique. Tous les ans depuis 1993, la fondation décerne notamment huit bourses d’arts plastiques, assorties d’une dotation financière de 23 000 euros chacune et d’une aide à la formation, à la recherche et/ou à la production. Chaque « promotion » se voit donner l’opportunité d’exposer dans le cadre d’une manifestation collective baptisée Itinéraires. Sa vingt-cinquième édition est actuellement à découvrir au Centro Botín, à Santander.

Détail de l’installation de Shirin Sabahi.

Placée sous le commissariat de Benjamin Weil, directeur artistique du centre d’art de la Fondation Botín, l’exposition Itinéraires XXV présente le fruit des projets développés par les lauréats 2017 de la Bourse d’arts plastiques de la fondation. Qu’ils s’appuient sur des sculptures, des objets trouvés, des textes, des photographies et/ou des vidéos, tous ont en commun un goût pour l’installation. Réalisée in situ, l’œuvre de l’Espagnole Nora Aurrekoetxea (née en 1989 à Bilbao) réunit par exemple divers éléments sculpturaux, disposés dans l’espace pour former une sorte de paysage (notre photo d’ouverture) venant faire écho à celui de la baie de Santander, que le visiteur peut contempler à travers l’une des grandes baies vitrées du lieu. Sa compatriote madrilène Cristina Garrido (née en 1986) s’intéresse quant à elle, dans une installation vidéo intitulée The (Invisible) Art of Documenting Art (L’art (invisible) de documenter l’art), à la manière dont l’art est photographié et, plus particulièrement, à l’influence que peuvent avoir la subjectivité et la créativité du photographe d’art sur la perception de l’œuvre elle-même. C’est également une démarche documentaire qui prévaut dans le projet de l’Iranienne Shirin Sabahi (née en 1984), lequel s’articule autour de l’invitation lancée par ses soins à l’artiste japonais Noriyuki Haraguchi – et des échanges qui s’en sont ensuivis – à venir restaurer l’une de ses sculptures monumentales, Matter and Mind, installée depuis 40 ans au Musée d’art contemporain de Téhéran. Fernando García (né à Madrid en 1975) mène de son côté une recherche explorant la notion de nature morte. « Je m’intéresse au quotidien et aux routines qu’il génère, précise-t-il, mais j’aime mener des expériences impliquant nos cinq sens, l’émotion ou le désir. » Il présente ici une installation née de son habitude de rouler en boule les emballages papier des morceaux de sucre qu’il met chaque jour dans son café et de l’accumulation de ces minuscules compressions.

Détail de l’installation signée Celia-Yunior et Henry Eric Hernández.

Celia Irina González Álvarez (née en 1985), Yunior Aguiar Perdomo (né en 1984) – tous deux forment le duo Celia-Yunior – et Henry Eric Hernández (né en 1971) sont cubains. Ensemble, ils travaillent depuis plusieurs années autour de l’histoire d’un bâtiment de Güines, petite ville de l’ouest de Cuba, qui fut autrefois une prison, puis un marché et a récemment servi d’abri à des personnes ayant vu leur maison balayée par un ouragan. Au cœur de leur propos, le statut de monument historique de l’édifice (délabré) comme son rôle de témoin du passé colonial du pays. Autre récit lié à une île lointaine, celui déroulé par Fermín Jiménez Landa (né à Pampelune en 1979) qui a trait à Isla Bermeja, îlot de la côte mexicaine. Répertorié depuis le XVIe siècle par les cartographes, il n’a pourtant pas pu être localisé lors d’une enquête menée sur place en 2008. Intrigué par le statut fantomatique de l’île, l’artiste a demandé à une musicienne locale, Teresa N. Pavia, de créer un hymne pour Bermeja. Celui-ci a été interprété en mer, à l’endroit même où ce territoire disparu était censé se situer. Canción para 22º 33 ’N 91º 22’ O est le titre de cette performance offerte ici sous forme d’installation vidéo.

Détail de l’installation signée Rosell Meseguer.

L’artiste espagnole Rosell Meseguer (née à Orihuela en 1976) s’intéresse pour sa part aux implications géopolitiques de l’exploitation des « terres étranges », nom commun des éléments chimiques utilisés pour fabriquer des produits de haute technologie. Son inventaire méticuleux est disposé dans des vitrines prêtées par le Musée Geominero d’Espagne ; une façon de mettre en exergue le changement de perception susceptible d’être opéré du fait du déplacement des matériaux d’un cadre institutionnel à un autre. Enfin, Blanca Ulloa (née à Madrid en 1991) mène une réflexion sur le statut de l’espace d’exposition en tant que lieu potentiel pour une action plutôt que pour la présentation d’objets, ainsi que sur les traces d’une telle action. Elle propose un projet performatif et expérimental qui prend la forme d’une installation où sont projetés des « fragments » audiovisuels tandis que trois textes, posés sur des chaises, sont proposés à la lecture. A noter, l’appel à candidatures pour la 27e édition de la Bourse d’arts plastiques de la Fondation Botín est ouvert, jusqu’au vendredi 3 mai, aux artistes de toute nationalité, ayant entre 23 et 40 ans, dans le cas des bourses de formation, et de tout âge, pour les bourses de recherche et le développement de projets personnels. Composé de professionnels du monde de l’art, de critiques et de conservateurs, le jury dévoilera sa sélection le 8 juillet prochain.

Installation signée Blanca Ulloa.
Contact

Itinéraires XXV, jusqu’au 12 mai au Centro Botín, à Santander, en Espagne.

Crédits photos

Image d’ouverture : Installation signée Nora Aurrekoetxea © Nora Aurrekoetxea, photo Belén de Benito courtesy Centro Botín – © Shirin Sabahi, photo Belén de Benito courtesy Centro Botín – © Celia-Yunior et Henry Eric Hernández, photo Belén de Benito courtesy Centro Botín – © Rosell Meseguer, photo Belén de Benito courtesy Centro Botín – © Blanca Ulloa, photo Belén de Benito courtesy Centro Botín