L’art à vivre de Tino Sehgal

Tino Sehgal_Gonzales Torres

Le Palais de Tokyo offre jusqu’au dimanche 18 décembre une carte blanche à Tino Sehgal. A cette occasion, l’artiste britannique s’est vu confié l’ensemble des espaces de l’institution parisienne. Comme à son habitude, il propose à chacun de participer à l’œuvre. Conversations et échanges singuliers sont au programme. Laissez-vous prendre par la main. Ça vaut le coup !

Il faut se souvenir. C’était à Cassel en 2012, lors de la dernière édition de Documenta. Theaster Gates avait investi la Hugenotten Haus et les visiteurs s’y pressaient pour découvrir expérimentations, performances, débats, installations… L’ambiance était chaleureuse et l’inattendu au rendez-vous. Jusque dans la cour, où une porte sans cachet ne demandait pourtant qu’à être poussée. Une fois passé le seuil, chacun était saisi. A la fois par le noir absolu dans lequel était plongé l’espace et par les voix qui s’y syncopaient. C’était mystérieux, sans être inquiétant. Des sons ronds et pénétrants sortaient de bouches inconnues, propulsés par des êtres sans visage, sans âge, sans origine, mais puissamment présents. L’imagination en émoi, l’un se prenait pour Jonas entendant des voix enfermé dans le ventre de la baleine, l’autre pour Ulysse incapable de résister au chant d’étranges sirènes par une nuit sans étoiles. De nouveau à l’air libre, tout le monde s’interrogeait, cherchait une indication, un cartel, un médiateur… Pour une fois, il importait vraiment de savoir quel était l’enchanteur qui avait si bien su solliciter nos sens et nous enthousiasmer de la sorte. Un nom finit par s’imposer : Tino Sehgal. « Je suis contre cette surestimation et surévaluation de l’objet dans notre société. Je mets mon travail en liaison avec ce temple de l’objet qu’est le musée et je remplace l’objet par un autre type de produit, plutôt immatériel, comme des situations, des expériences », expliquait-il en 2010. Année qui le vit invité par le prestigieux Guggenheim de New York pour célébrer le cinquantième anniversaire du musée. C’est d’ailleurs avec une pièce créée à l’époque, This Progress, que l’artiste britannique a décidé d’ouvrir la carte blanche que lui a offerte le Palais de Tokyo et qui est à l’affiche de l’institution parisienne jusqu’au 18 décembre. De ce que vous découvrirez là-bas, il est préférable de n’en rien savoir. L’œuvre de Sehgal est à vivre. Chacun peut avoir envie de ne pas s’impliquer, refuser d’échanger, décider de ne pas comprendre ou de participer. Une chose est certaine : nul ne peut s’empêcher de ressentir. Et comment résister au sourire d’un enfant.

Converser au Palais de Tokyo

Vue de l’entrée administrative du Palais de Tokyo.
Vue de l’entrée administrative du Palais de Tokyo.

Tino Sehgal a 40 ans cette année. Ses pièces ont été présentées dans les plus prestigieux musées du monde comme le Guggenheim de New York, le Turbine Hall de la Tate Modern, à Londres, ou le Stedelijk Museum, à Amsterdam. A Paris, il présente un projet à l’ampleur inégalée qui voit ses créations les plus importantes se déployer à travers les 13 000 m2 du Palais de Tokyo. Pour dialoguer avec elles, Sehgal a choisi d’inviter des œuvres de Daniel Buren, James Coleman, Félix González-Torres (1957-1996), Pierre Huyghe, Isabel Lewis et Philippe Parreno. Pour terminer le cycle de rencontres, organisé en partenariat avec l’Institut français et coordonné par la commissaire de l’événement, Rebecca Lamarche-Vadel, et le philosophe Mathieu Potte-Bonneville, le jeudi 15 décembre se tiendra, à partir de 19 h 30 et jusqu’à 22 h 30, une « conversation » sur le thème « Expérience : un état d’esprit » avec Frédérique Aït-Touati, Vinciane Despret, Céline Minard et Mathieu Potte-Bonneville. Les visiteurs de la carte blanche à Tino Sehgal seront invités à rester et les personnes arrivant après 20 h pourront emprunter l’entrée administrative située sur la gauche de l’entrée principale du Palais de Tokyo. Aucun billet ni réservation ne sont nécessaires.

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