La flamme inextinguible de Don McCullin

Depuis la guerre du Vietnam jusqu’au conflit syrien, en passant par les luttes armées en Irlande du Nord, au Liban, à Chypre, au Biafra ou encore au Yémen, les images en noir et blanc du Britannique Don McCullin ont fait la Une des journaux du monde entier. La Tate Britain lui consacre actuellement à Londres une exposition rétrospective, placée sous le commissariat de Simon Baker, directeur de la Maison Européenne de la Photographie. Elle revient sur quelque soixante années de carrière du photographe de guerre, tout en mettant en lumière son travail documentaire ainsi que son intérêt de longue date pour le paysage et la nature morte.

« Ce n’est pas parce que j’ai 83 ans que je dois juste rester assis en attendant de mourir », lâche Don McCullin dans une interview publiée sur le site de la Tate en janvier et menée par Simon Grant, historien de l’art et rédacteur en chef de la revue Tate Etc. De fait, ces dernières années l’ont vu réaliser plusieurs reportages, en Syrie notamment, et tout récemment au Yémen. « J’ai passé une journée avec un général et ses troupes, durant laquelle j’ai photographié de nombreuses personnes dont les membres avaient été arrachés par des mines antipersonnel, poursuit-il. L’étrangeté de ma situation m’est venue à l’esprit tandis que je rentrais dans un hélicoptère Black Hawk : alors que normalement, des gens comme moi sont en maison de retraite, je revenais d’une zone de guerre, dans un engin volant à une centaine de mètres au-dessus d’un sol désertique. »
Né en 1935 dans le quartier pauvre de Finsbury Park, à Londres, Don McCullin a commencé à prendre des photos dès les années 1950, documentant son environnement. En 1959, la publication par The Observer du portrait d’un gang notoire (The Guvnors), auteur du meurtre d’un policier, signe le début de sa carrière. « J’ai grandi entouré de gangsters, se souvient-il. Mon père est mort à un moment où j’avais le plus besoin de lui. Il n’avait que 40 ans, j’en avais treize. J’ai quitté l’école à l’âge de 15 ans et j’ai travaillé comme plongeur dans le wagon-restaurant d’un train à vapeur. J’ai porté ce passé comme un tatouage sanglant indélébile. (…) Mais je pense que c’était la meilleure façon possible de commencer ma vie, de me préparer à observer la vie tragique des gens pris dans les guerres. J’ai compris très tôt ce qu’étaient la pauvreté et la violence. »
L’exposition londonienne offre de découvrir quelque 250 photographies, toutes développées par ses soins dans sa propre chambre noire. Aux côtés de certains de ses clichés les plus emblématiques, est présenté le fruit de ses recherches documentaires : depuis les sans-abri peuplant Whitechapel, à Londres, dans les années 1970, jusqu’aux paysages industriels de Bradford, Liverpool et Durham, Don McCullin a notamment rendu compte de l’évolution des conditions sociales au Royaume-Uni. Installé depuis 30 ans dans la campagne du Somerset, dans le sud-ouest de l’Angleterre, il a également développé tout un travail autour du paysage et des natures mortes, explorant à travers eux les notions de lumière, de texture et de composition. Ses photographies les plus récentes font partie d’un projet en cours, Southern Frontiers (Frontières du Sud), qui relie deux volets phares de son travail : conflit et paysage. Don McCullin documente en effet depuis des années les vestiges de l’empire romain dans les paysages nord-africains et du Proche-Orient, y compris l’ancien site de Palmyre, en Syrie, où il est retourné en 2018. « Savez-vous pourquoi je me rends dans ces lieux ? Je pense que je leur appartiens. (…) J’aimerais vraiment m’asseoir dans un coin et lire des journaux, mais si je fais ça, je vais perdre pied. Ce sont les photographies qui me font avancer, physiquement et mentalement. »

Contacts

Jusqu’au 6 mai à la Tate Britain, à Londres. Un guide de l’exposition peut être consulté d’un clic.
Le site de Don McCullin : https://donmccullin.com.

Crédits photos

Image d’ouverture : Vue de l’exposition Don McCullin à la Tate Britain © Don McCullin, photo Matt Greenwood, Tate Photography – Toutes les autres photos sont créditées © Don McCullin