Avec JR pour la liberté de la presse

Pour le 58e opus des 100 photos pour la liberté de la presse, Reporters sans frontières a fait appel au photographe français JR. Classé parmi les 100 personnalités de l’année 2018 par le Time, l’artiste a su marquer les esprits avec ses projets monumentaux en noir et blanc réalisés dans le monde entier. C’est notamment pour son engagement envers le droit des immigrés, les régions défavorisées ou en proie aux conflits, que JR a été choisi pour défendre la liberté de la presse. Les bénéfices des ventes de l’album seront reversés à RSF. Cette opération est une source de financement majeure pour l’association, qui tire environ 30 % de ses revenus annuels des publications. Alors n’hésitez pas !

Publié en juillet dernier, le nouvel album de Reporters sans frontières, 100 photos pour la liberté de la presse, met à l’honneur le travail du photographe français JR. « Nous aimons cet artiste pour la démesure de ses collages sur des gratte-ciel, pour son jeu avec les fracas de l’histoire et de l’économie, et parce que personne ne sait mieux que lui donner des yeux, rieurs le plus souvent, aux paysages urbains », explique Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, dans l’édito de l’album. Avant de revenir sur le tour du monde de JR, cet opus revient sur une année de liberté et d’oppression de la presse : la condition du journalisme indépendant en Russie, le contrôle de la presse sous le régime de Paul Biya au Cameroun ou encore la pression exercée sur les médias au Cambodge. Un article est aussi consacré au président de l’Erythrée Issayas Afeworki. Enfin, un dossier spécial aborde le dessin et la bande-dessinée dans le journalisme.
JR ne se contente pas d’être photographe, il casse les codes : l’artiste agrandit ses clichés et les tire à des tailles monumentales pour les coller sur des buildings, dans la rue, sur le sol… Ces images ne sont jamais étrangères aux lieux qu’elles investissent. Et le spectateur peut les interpréter différemment en fonction du lieu où il se tient. « J’ai installé le portrait d’un enfant mexicain d’un an qui regarde par-dessus la barrière métallique séparant les deux pays, entre Tecate et San Diego. L’idée de cette œuvre est née lorsque j’ai fait le rêve d’un enfant qui regardait par-dessus la frontière. Quand on observait cet enfant du côté américain, il regardait par-dessus le mur ; mais quand on l’observait du côté mexicain, il regardait juste devant lui », commente JR dans l’album à propos de Kikito. A cette occasion, l’artiste a même organisé un pique-nique géant des deux côtés de la frontière. Des centaines d’invités du Mexique et des Etats-Unis se sont réunis pour partager un repas, et oublier un instant le mur les séparant. « Le travail de JR est réjouissant, car il ne cherche pas à faire œuvre à tout prix, il cherche à créer un lien social, à rapprocher des communautés, à alerter », constate François Hébel, président de la fondation Henri Cartier-Bresson.

Face2Face, JR, 2007.

Effectivement selon l’artiste, son art est « engageant, pas engagé » : il soulève des questions, sans apporter de réponses, mais pour donner la parole aux autres. Dans un de ses premiers projets, Portrait d’une génération, JR a photographié des jeunes du quartier des Bosquets à Montfermeil, et affiché les clichés en grand format sur les murs de la cité. Le but était d’interroger les passants sur la représentation sociale et médiatique de cette génération, suite aux émeutes de 2005. Pour sa série Face2Face, il a réalisé des portraits de Palestiniens et d’Israéliens faisant le même métier et les a collés face à face des deux côtés du mur de séparation, afin qu’ils réalisent que vivre ensemble, c’est possible. Pour rendre hommage aux femmes, qui occupent un rôle essentiel dans les sociétés, mais qui sont aussi les principales victimes de violences, JR propose Women are heroes. Il a braqué son objectif sur des femmes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud pour afficher leurs portraits aux quatre coins du globe : favelas de Rio au Brésil, bidonvilles de Nairobi au Kenya ou de Day Krahorn au Cambodge, au Kenya, en Inde ou en Sierra Leone.
La question de l’immigration l’inspire sans cesse. Pour son projet Migrants, mené en collaboration avec le New York Times, il a demandé à quinze personnes ayant quitté leur pays natal pour rejoindre la ville américaine de poser pour lui. L’un de ces portraits s’est retrouvé sur un building de Philadelphie, un autre sur le sol de la Flatiron Plaza à New York, en un collage de 50 mètres de long. Sur le même thème, Unframed entend faire revivre la mémoire d’Ellis Island, point d’entrée aux Etats-Unis pour des millions d’immigrants. Dans l’hôpital abandonné de l’île, JR réinterprète les histoires de ces personnes à travers des collages. Autant de projets dont le point commun est de regarder différemment l’autre. « A Reporters sans frontières, nous défendons la liberté, l’indépendance et le pluralisme du journalisme, pour la vérité, pour la justice, en gardant toujours l’œil ouvert », conclut Christophe Deloire. Un œil toujours ouvert, comme celui de JR qui scrute le monde à sa manière.

De gauche à droite : Vues du projet Migrants, Flatiron Plaza (New York) et portrait d’Ibrahim (Philadelphie), JR, 2015.
Contacts

Plus d’informations sur le site de Reporters sans frontières et celui de JR.

Crédits photos

Image d’ouverture : Pique-nique géant organisé en 2017 à la frontière américano-mexicaine dans le cadre du projet Migrants © JR – Couverture de l’album 100 photos pour la liberté de la presse © JR, courtesy RSF – Toutes les photos sont créditées © JR