Hiscox scrute le marché de l’art en ligne

Dans le monde de l’art, Hiscox est un nom reconnu. Non seulement parce que la compagnie d’origine anglaise assure nombre d’œuvres, mais aussi parce que Robert, fils du fondateur de Roberts & Hiscox, est un grand collectionneur*. Depuis 2012, l’assureur publie un rapport sur le marché de l’art en ligne qui établit le top 25 des plateformes de vente sur le Web, décline les tendances et dresse les perspectives pour l’année à venir. « Le marché de l’art en ligne demeure énigmatique. Sa croissance se ralentit et la consolidation de ce marché saturé, attendue depuis longtemps, reste hypothétique, bien que 81 % des plateformes pensent qu’elle va s’accélérer », signale Robert Read, directeur Art et Clientèle Privée de la compagnie, dans l’avant-propos du rapport. En effet, si, en 2017, les ventes en ligne ont représenté environ 3,71 milliards d’euros, soit une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente, leur taux de croissance est resté inférieur à ceux enregistrés en 2015 (24 %) et 2016 (15 %). Ainsi, chaque année, le rapport Hiscox tente de percer le mystère et de découvrir dans quelle mesure le numérique peut devenir un élément disruptif pour le marché de l’art, comme il l’a été pour d’autres secteurs de l’économie. Il innove en mettant l’accent sur des questions non convenues. L’édition 2018 s’intéresse, pour sa part, à celles touchant à la cybercriminalité, la Génération Y, les cryptomonnaies et la blockchain. C’est d’ailleurs lors d’une table-ronde sur cette technologie, organisée par FRAMExperience en octobre dernier, qu’ArtsHebdoMédias a rencontré pour la première fois Nicolas Kaddeche, responsable Marchés Art et Clientèle Privée d’Hiscox France. Aujourd’hui, il revient sur ce sujet et quelques autres.

ArtsHebdoMéddias. – Qu’est-ce qui a poussé Hiscox à se préoccuper aussi précisément du marché de l’art en ligne ?

Nicolas Kaddeche.

Nicolas Kaddeche. – Nous assurons de l’art depuis 1950. Robert Hiscox est collectionneur. Suivre le marché de l’art fait partie de notre métier. Ce qui intéresse nos clients nous intéresse. Quand l’e-commerce a explosé et que la révolution Internet a touché le marché de l’art, nous avons commencé à observer cette activité qui se développait parallèlement au marché de l’art traditionnel. Nous nous demandions comment elle allait gérer les problématiques spécifiques à ce dernier, comme l’opacité, les valeurs élevées, l’authenticité, par exemple. En 2012, nous avons commandé une première étude pour tenter de comprendre en profondeur ce qui était en train de se passer. Nous voulions être partie prenante de la mutation en cours et si possible anticiper les problèmes liés à la vente d’œuvres en ligne.

Comment s’est élaboré le rapport ?

Untitled, Nathalie Du Pasquier, 2012.

Nous avons confié la réalisation du rapport à ArtTactic pour bénéficier d’une étude indépendante menée par des professionnels habitués à suivre le marché de l’art, un marché très complexe à appréhender, notamment en ce qui concerne sa valorisation. La méthodologie adoptée a favorisé une logique de panels. Des panels que nous arrivons à élargir un peu tous les ans, même si des questions de représentativité se posent toujours. Nous savons très bien que nous ne voyons pas suffisamment ce qui se passe en Asie, notamment en Chine, et que notre effort porte particulièrement sur le marché occidental. Cependant, la technique du panel permet d’obtenir des données relatives et d’observer d’intéressantes évolutions d’une année sur l’autre. Nous avons également pris l’habitude de faire des zooms sur les sujets d’actualité, comme le Règlement général sur la protection des données ou l’intelligence artificielle.

Cette année, vous vous êtes intéressés précisément à la cybercriminalité et à la blockchain.

Death of a Working Hero, Grayson Perry, 2016.

Effectivement. Ce sont deux sujets qui préoccupent beaucoup les acteurs de l’économie en général. Au dernier Forum de Davos, la cybercriminalité a été l’un des principaux points de discussion et il est intéressant de découvrir que de nombreuses galeries ont déjà fait l’objet de cyberattaques. Quelque 54 % des plateformes interrogées ont été la cible d’une tentative de cyberattaque au cours des 12 derniers mois. Même si seulement 15 % d’entre elles ont déclaré que l’attaque avait été réussie, le phénomène inquiète. Pour preuve, les 41 % des acheteurs d’art en ligne qui se sont dit « préoccupés » ou « très préoccupés » par le fait d’acheter et d’échanger de l’art sur le Web. Concernant la blockchain, la démarche a consisté à s’interroger sur les capacités de cette technologie à se mettre au service de l’assurance qualité, de la transparence des prix et de l’exécution des transactions. Si le rapport répond par l’affirmative, il précise toutefois que la réussite de cette nouvelle technologie dépend de la volonté des acteurs et des opérateurs du marché de l’art à l’adopter. Ce qui pourrait faire émerger de nouvelles pratiques au service de l’authenticité et de l’évaluation des œuvres. 64 % des participants pensent que la blockchain va jouer un rôle clé dans les années à venir. Un résultat qui nous a beaucoup étonnés.

Le rapport observe aussi les usages liés aux réseaux sociaux. Leur rôle est devenu important dans le marché de l’art à plus d’un titre.

Muhammed Ali, Vik Muniz.

En effet, les réseaux sociaux sont cités non seulement par les acheteurs, mais aussi par les galeries. 91 % de celles que nous avons interrogées les utilisent activement et 32 % des acheteurs d’art déclarent que les réseaux sociaux ont eu un impact plus important sur leur décision d’acheter des œuvres que par le passé. Le réseau social qui se démarque nettement est Instagram. Il représente un leader d’opinion et une source d’information majeure. Selon le rapport, les trois catégories comptant le plus d’abonnés Instagram sont les musées, les artistes et les galeries. Damien Hirst, par exemple, comptabilise plus de 330 000 abonnés et a commencé à publier des commentaires personnels à côté des images de ses œuvres. Mais Instagram est aussi une vitrine pour des artistes beaucoup moins connus, qui mettent leurs créations à l’épreuve sur le réseau. Certains s’y font connaître.

Que représente le marché de l’art en ligne ?

On estime qu’il représente aujourd’hui 8 % à 10 % du marché de l’art global, même si ce pourcentage est difficile à évaluer avec précision. Nous prévoyons qu’il grimpera encore, notamment en faisant le parallèle avec le marché du luxe, dont les caractéristiques sont proches – besoin de voir, de toucher, prix importants – et qui affichent 25 % de ses ventes réalisées grâce au Web. Pour le marché de l’art en ligne, nos prévisions s’établissent donc à 15 % autour de 2025. De plus, sur les six dernières années, il est intéressant d’observer que le montant des œuvres achetées sur le Web est de plus en plus élevé et que, contrairement à une idée reçue, cette augmentation n’est pas le fait de nouveaux arrivants qui multiplieraient le nombre de ventes, mais celui d’acheteurs aguerris qui n’hésitent plus à acquérir en ligne des œuvres d’un prix élevé. A noter également qu’il y a peu de temps encore, seuls les pure players officiaient en ligne mais, depuis quatre ans, de très importantes maisons de vente, comme Sotheby’s et Christie’s, y sont présentes et en toutes premières places. Le Web est donc devenu un canal de diffusion comme les autres. Il en va pour les œuvres d’art comme pour les biens de consommation courante. Les marques sont désormais présentes sur la Toile.

* Toutes les œuvres illustrant cet article font partie de la Collection d’entreprise Hiscox.

Red, Howard Hodgkin.
Contact

Le rapport Hiscox 2018 sur le marché de l’art en ligne est à télécharger gratuitement sur le site de la compagnie.

Crédits photos

Image d’ouverture : Encounter, 2017 © Michal Rovner – Portrait de Nicolas Kaddeche © DR –  Untitled © Nathalie Du pasquier, photo Delfino Sisto Legnani, Collection d’entreprise Hiscox – Death of a Working Hero © Grayson Perry, Collection d’entreprise Hiscox – Muhammed Ali © Vik Muniz, Collection d’entreprise Hiscox – Red © Howard Hodgkin, Collection d’entreprise Hiscox