Gosti ou le beau malgré soi

Dans le cadre de son exposition estivale, la galerie Danielle Bourdette-Gorzkowski de Honfleur a choisi de mettre en regard deux visions de l’humanité. Sur les cimaises, la présence forte et fragile des silhouettes du peintre Christophe Miralles. Au cœur de l’espace, le peuple de pierre de Jean-Yves Gosti.

Mufles froids de granit, profils heurtés, gueules irrégulières, mais écrasante douceur. Les sculptures de Jean-Yves Gosti sont des sentinelles extraites de « muettes éternités ». L’artiste aime à dire qu’une sculpture est « arrivée » quand l’inspiration le touche. Toujours à l’écoute, il est là pour l’accueillir. L’œuvre a parcouru un si long voyage avant de consentir à nous rendre visite. Le premier contact avec ce travail, figuratif et sensible, semble facile, mais ce n’est qu’une façade. « Quand j’ai rencontré Jean-Yves Gosti pour la première fois, j’ai eu la sensation en un quart d’heure de le connaître depuis toujours, raconte la galeriste Danielle Bourdette. Son œuvre, à la fois rugueuse et tendre, se livre tout de suite, mais sa simplicité n’est qu’apparente. On découvre sa richesse à la deuxième ou troisième lecture. Plus on la connaît, plus on est conquis. On y retrouve tout le parcours de l’homme et de l’artiste. »
Jean-Yves Gosti explique voir des visages et des corps à l’intérieur du bloc de granit. Il va alors s’efforcer de les libérer de leur gangue. Subtile allégorie du sculpteur qui va chercher l’irréductible part d’humanité résidant en chacun. Rêve de pierre et cauchemar de tout vivant.Pourtant l’espoir demeure, tant de ses mains naissent des anges gardiens. Malgré une carrière qui court déjà sur trois décennies, Jean-Yves Gosti est toujours en recherche, n’hésitant pas à remettre en question un travail qui « fonctionne » trop bien. « Faire trop », c’est ce qui l’effraie. Trop léché, trop lisse, trop fignolé… Détruire et recommencer sans cesse, tel est le labeur épuisant que s’impose celui qui ne s’endort jamais sur ses lauriers. Seul compte le geste. La taille directe, qui lui offre de si émouvants accidents. Créer envers et contre tout. Créer du beau presque malgré soi.

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Les toiles de Christophe Miralles et les sculptures de Jean-Yves Gosti sont exposées jusqu’au 22 juillet à la galerie Danielle Bourdette-Gorzkowski, à Honfleur.

Crédits photos

Image d’ouverture : Petite vague © Jean-Yves Gosti – Les photos des sculptures sont créditées Jean-Yves Gosti – La vue de l’exposition est créditée © Christophe Miralles et Jean-Yves Gosti – Courtesy galerie Danielle Bourdette-Gorzkowski