Le futur applaudi au Guggenheim de New York

Le Solomon R. Guggenheim Museum présente actuellement à New York One Hand Clapping, une exposition qui réunit cinq artistes chinois ayant en commun d’explorer les conséquences de la mondialisation sur notre rapport au futur. Leurs œuvres – peintures, sculptures, installations, vidéos, dispositif de réalité virtuelle – ont toutes été réalisées dans le cadre d’une commande passée par la Robert H. N. Ho Family Foundation, une organisation philanthropique basée à Hong Kong qui s’est donné pour double mission de promouvoir l’art et la culture chinoise à l’international ainsi que de proposer des clés de lecture de notre monde contemporain inspirées des grands principes bouddhistes.

« Nous connaissons le bruit d’un applaudissement des deux mains. Mais quel est le son d’une main qui applaudit ? » C’est à cette énigme, ou koan, du bouddhisme zen – qui invite par ce biais à dépasser le raisonnement logique – que l’exposition new-yorkaise emprunte son titre, One Hand Clapping (Applaudissement à une main). Si l’expression est née en Chine, au cours de la dynastie Tang (618-907), et y est depuis utilisée de manière récurrente, jusqu’à en inspirer les paroles d’une chanson pop, elle est également connue à travers le monde pour avoir notamment servi d’épigraphe au recueil de nouvelles Nine Stories (1953) de l’Américain J. D. Salinger, avoir été adoptée comme nom par un groupe de musique britannique au début des années 1970 ou encore comme titre de film par le réalisateur australien Richard Flanagan, en 1998, puis par le Danois Gert Fredholm, en 2001. Dans le cadre de la proposition artistique déployée au Solomon R. Guggenheim Museum, elle sert de métaphore pour désigner le trouble induit par la mondialisation et, plus particulièrement, la difficulté de définir aujourd’hui ce qui fait sens. L’image d’une seule main applaudissant évoquant tout autant la solitude que la capacité qu’ont les artistes à contester les idées reçues, les stéréotypes et à remettre en question les croyances et le(s) pouvoir(s). Qu’ils vivent et travaillent à Beijing, Guangzhou, Hong Kong ou New York, les cinq plasticiens invités livrent chacun le fruit de leurs réflexions sur nos systèmes de communication, d’échange et de production, ainsi que leur vision poétique et/ou inquiète d’un futur aux multiples contours. A travers ses peintures et sculptures, Duan Jianyu met ainsi en scène des personnages évoluant dans un monde où s’entremêlent le rural et l’urbain, les traditions anciennes et les modes de vie contemporains. Wong Ping propose une animation vidéo dans laquelle il aborde, avec force humour noir et couleurs acidulées, les relations « tendues » qu’entretient une population vieillissante avec une économie du numérique au rythme de développement aussi effréné qu’impitoyable. Lin Yilin offre quant à elle au visiteur, le temps d’une expérience de réalité virtuelle, la possibilité de « devenir » quelqu’un d’autre, voire de se transformer en objet, en l’occurrence un ballon de basket ! Dans une installation vidéo où l’on retrouve l’univers fantastique qui la caractérise, Cao Fei s’intéresse aux conséquences physiques et psychologiques de l’industrie automatisée sur les corps humain et social. Samson Young, enfin, joue sur notre obsession actuelle pour le « vrai » et l’authentique en inventant une panoplie d’instruments de musique impossibles à pratiquer et en élaborant numériquement leurs sons. Autant de propositions et de questionnements éclectiques qui entendent ébranler les certitudes ambiantes, celles selon lesquelles notre avenir semble tout tracé, uniquement déterminé par la croissance économique et le progrès technologique. A découvrir jusqu’au 21 octobre.

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