Fous de foot

A l’occasion des 20 ans de la victoire de l’équipe de France et du Mondial 2018 en Russie, les Magasins Généraux inaugurent leur première saison culturelle avec Par amour du jeu 1998-2018, qui se tient à Paris jusqu’au 5 août. Au programme : performances, spectacles, projections vidéo, ateliers, conférences et une exposition rassemblant des artistes du monde entier autour de la question du football comme phénomène de société.

Ben Elliot Shop, Ben Elliot.

Au bord du canal de l’Ourcq se joue une partie inhabituelle : Par amour du jeu 1998-2018. Pour l’occasion, les Magasins Généraux accueillent une équipe de plus de 35 artistes réunis autour d’un unique sujet : le ballon rond ! A l’entrée, cinq médiateurs vous attendent, prêts à vous livrer les secrets de chacune des pièces présentées. A commencer par Palissades de Fabrice Gygi. L’imposante installation rectangulaire et grillagée a tout d’un terrain de football emprisonné. Ou peut-être sommes-nous côté tribunes. Qui sait ? Dans tous les cas, l’œuvre parle de cantonnement, de parcage mais aussi de cloisonnement et d’enfermement. Physique et mental. La visite se poursuit avec un tableau d’Antoine Carbonne réalisé spécialement pour l’exposition. Paradis, celui des footballeurs, montre des joueurs « dansant » sur des nuages, comme les dieux sur le mont Olympe. Ils frappent, dribblent, passent, tombent… Mais à aucun moment ils ne touchent le ballon. Et pour cause… ils n’en ont pas ! On se surprend à le chercher, comme Hercule convoitait les pommes d’or. Peine perdue. Seuls les gestes des joueurs l’évoquent en un ballet aérien et quelque peu absurde. Au milieu de la toile, un petit rond ocre apparaît. Est-ce lui ? Sans doute le fruit de notre imagination.
Au fond de la salle, le Ben Elliot Shop est ouvert. Pour ce concept store, Ben Elliot a collaboré avec des marques de différents horizons comme celui du sport, de l’alimentaire, ou encore de la technologie. « Je voulais réaliser un projet multiforme avec une sélection d’éléments qui font écho au football en tant que style de vie », explique l’artiste dans le catalogue de l’exposition. Le projet intègre donc divers types de packaging (pour produits de beauté ou eau minérale, par exemple), mais aussi des affiches de publicité. Une mise en réseau d’objets, qui montre la convergence qu’il peut y avoir entre art, sport, marketing et publicité.

Série de photographies signée Boris Mikhaïlov, 2000.

Un peu plus loin, Juergen Teller présente une vidéo de lui regardant la finale de la Coupe du monde en 2002. « Ma famille me trouvait obsédé et agressif avec le football, je ne comprenais pas de quoi ils parlaient. Quand j’ai regardé cette vidéo, j’ai été horrifié ! Maintenant, je suis un peu plus calme. » Effectivement, l’artiste allemand passe par toutes les émotions caractéristiques des fans. Drôles et attachants par moment, ils peuvent de toute évidence se révéler insupportables.
De son côté, Boris Mikhaïlov expose une série de photos prises en 2000 à Berlin. Il opte pour un regard décalé sur le football et interroge la relation que ce dernier entretient avec la vie quotidienne : un enfant joue au ballon, un chien aux crocs acérés le broie, une famille se réunit dans un parc autour de lui… Les photos mises en scène développent l’idée qu’il existe des liens bien singuliers entre le monde actuel et le football, beaucoup plus étroits et complexes que ceux qui se tissaient jadis entre le sport et la société.

One second to go, Bianca Argimon.

Pour sa part, Bianca Argimon profite de l’occasion pour parler des Etats-Unis et de Donald Trump. L’artiste, qui cherche toujours à dédramatiser l’actualité avec des dessins aux crayons de couleurs évoquant de lointains souvenirs d’école, prend ici comme prétexte le football américain et s’amuse à glisser parmi les spectateurs de One second to go la famille Simpson, des super-héros de Marvel et Michael Jackson, pour ne citer qu’eux. En y regardant de plus près, d’autres éléments évoquent l’Amérique, comme le panneau publicitaire Cambridge Analytica, des supporters se servant d’une arme à feu ou encore une grosse bagarre entre blancs et afro-américains. Autant d’invitations à chausser de bonnes lunettes pour savoir regarder entre les gradins.
Disséminés dans l’espace d’exposition, trois tirages en noir et blanc aimantent le regard. La Grand-Messe de Païen, duo d’artistes formé par Lia Pradal et Camille Tallent, aborde le côté « sacré » du football en se focalisant sur certaines images collectées durant la finale de l’Euro 2016. Entre ferveur des supporters, rituels des joueurs et culte mondial voué au ballon rond, comment ne pas imaginer ce sport en nouvelle religion ? Même si certains footballeurs pourraient sans doute prétendre au titre de martyr et pourquoi pas de saint, il faudrait tout de même qu’ils fassent quelques miracles. Gagner la Coupe du monde, par exemple ! En attendant, il est d’ores et déjà possible de s’incliner devant plusieurs icônes… grâce aux Magasins Généraux.

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