Flo Arnold et Christophe Miralles : la singularité en partage

La vague blanche (notre photo d’ouverture) qui accueille le visiteur s’appelle Vertige du monde. L’installation de Flo Arnold, voluptueuse et sensuelle, est l’incarnation d’une âme en plein vol qui a trouvé refuge au cœur de la ville. A quelques pas, sont accrochées les toiles de Christophe Miralles, où l’abstraction dessine encore les silhouettes essentielles d’une humanité habitée. La Loo&Lou gallery occupe deux espaces très proches dans la rue Notre-Dame-de-Nazareth, la galerie et l’Atelier. Et c’est tout naturellement que les artistes, partenaires à la ville, ont investi les lieux. Chacun de leur côté, mais ensemble en définitive.

ArtsHebdoMédias. – Comment est né ce projet d’expositions concomitantes ?

Flo Arnold. – Nous partageons un atelier dans nos deux lieux de vie, à Mâcon et à Casablanca. Quand les galeristes sont venus voir le travail de Christophe, ils ont remarqué l’une de mes installations et nous ont proposé d’exposer ensemble, mais nous avons préféré investir chacun notre espace. Vertige du monde est exposé ici pour la première fois. J’ai pu adapter ma pièce dans une salle carrée, la courber pour créer une vague.
Christophe Miralles. – La rencontre s’est faite simplement. Les deux lieux se calaient bien par rapport à nos propositions artistiques. Je peux ici montrer une vingtaine de grandes pièces. L’espace permet la déambulation devant mes toiles et mon travail bénéficie de plus de respiration que d’habitude.

Vue de l’exposition Territoire unique, Christophe Miralles, 2018.

Comment votre travail se nourrit-il de celui de l’autre ?

F. A. – Nous passons nos soirées et nos journées à ne parler que de notre travail, ce qui nous aide, nous permet d’évoluer… Christophe m’incite à voir toujours plus grand (sourire). Il m’aide à ne pas avoir peur. Quand l’un flanche, l’autre le relève. Il n’y a pas d’ego, ni de jalousie. Peut-être est-ce aussi parce que nos médiums sont très différents.
C. M. – Le fait de travailler dans le même atelier est une richesse. Il est vrai que nos deux univers sont très établis. Mais avoir un regard extérieur nous permet de nous en extraire régulièrement. On peut ainsi se nourrir du travail de l’autre. En tant qu’artiste, nous nous sommes bien sûr posé un jour la question : comment peut-on partager son atelier ? Florence et moi aurions en fait du mal à revenir dans la solitude créatrice. Elle est pour moi une présence rassurante et plaisante. Nous restons chacun dans notre univers, mais c’est une fausse idée de penser que c’est mieux de travailler seul. Il ne faut pas avoir peur. La recherche reste personnelle, mais on affronte mieux à deux la difficulté de ce métier d’artiste.

De gauche à droite : Vertige du monde (détail), par Flo Arnold, et toile signée Christophe Miralles.

Comment définiriez-vous la notion de liberté en art ?

F. A. – Je peignais et je dessinais des corps avant de commencer à créer des installations. Je croise encore des collectionneurs qui regrettent cette époque. J’ai suivi ce qui me semblait s’imposer à moi, pas ce qu’on me demandait. J’ai eu besoin d’évoluer sur autre chose. C’est ça être libre ; sinon c’est se trahir. Je puise mon inspiration dans ce que je vis, mes émotions personnelles. Je ne suis pas influencée par les ressentis extérieurs.
C. M. – La liberté est de pouvoir faire une proposition qui ne sera pas forcément en adéquation avec le monde. C’est presque une protection. Je vois la création comme un jeu et un rempart contre la difficulté, le mal-être existentiel. La peinture n’est pas une image, mais quelque chose qui respire. C’est raconter son histoire et la laisser se dérouler. Plus on est personnel, plus on est universel. La liberté ultime serait de nous laisser créer, nous laisser faire. Pour arriver à cette liberté, il faut traverser beaucoup de malaise, de choix, de non-liberté justement. Je ne juge pas les artistes qui jouent avec l’actualité, la politique ; cependant, la liberté serait de parler de quelque chose d’insignifiant et de le rendre intéressant sur la toile. Ce qui n’empêche pas d’être ancré dans la réalité. Florence m’aide beaucoup à rester attentif au monde extérieur, à ce qui est contemporain. C’est une vraie combattante, un petit soldat.

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