Fanny Begoin, chorégraphe du quotidien

Fanny Begoin propose une incursion dans la vie des autres. La photographe, spécialisée dans l’art du portrait, nous offre un aperçu de l’humanité telle qu’en elle-même. Ses images, non contextualisées, transmettent au spectateur des sensations familières. L’esthétique de la vie courante est ici mise au service d’une expérience universelle. La jeune artiste a bien voulu se prêter au Jeu des mots.

Vocation

« J’ai baigné dans un monde où vivre de sa passion était possible. Mon père est réalisateur et ma mère peintre (1). J’ai commencé la photo – en en prenant d’emblée beaucoup ! – avec l’appareil argentique de mes parents, à l’adolescence, vers 16 ans. Puis, j’ai enchaîné avec un bac option cinéma et un master photographie à Paris VIII. Nos professeurs étaient des artistes et encourageaient chez nous le processus de création. Ils nous ont permis de faire de grandes choses. J’ai ensuite passé six mois à l’école de photographie Andy Goldstein de Buenos Aire, en Argentine. Les cours étaient très orientés “numérique”. La démarche est différente avec l’argentique, où il n’est pas question de “bombarder”. Je prends le temps de faire une image. »

Fanny Begoin
Anais, série Lazy Days, Fanny Begoin.
Fanny Begoin
Tom, série Lazy Days, Fanny Begoin.

Au commencement

« Lazy Days est la première série de photos que j’ai gardée. J’y ai mis en scène des personnes de ma génération dans leurs espaces de vie, appartement en colocation ou chambres… Je souhaite retranscrire une certaine universalité, jouer avec l’esthétique du quotidien pour tenter de toucher à ce qui fait expérience commune. »

Modèles

« Je photographie des proches ou des personnes rencontrées qui correspondent à ma recherche. Un peu gauches ou mal à l’aise, les gens du réel me livrent quelque chose de spontané. Ils n’ont pas de maîtrise professionnelle de leur image. Il y a moins de fragilité chez les acteurs. J’ai fait de la photographie de plateau et je vois toute la différence. J’interviens dans le lieu où mes modèles vivent. Chaque cliché parle d’eux. Même si je peux déplacer quelques objets, j’essaye de représenter sans théâtraliser. Il y a une part de mise en scène dans ces chorégraphies du banal. Mais j’attends le moment où le modèle va rejouer un moment où je pourrais ne pas être là… »

Fanny Begoin
Série Les dormeurs, Fanny Begoin.
Fanny Begoin
Série Les dormeurs, Fanny Begoin.

Inspiration

« Larry Clarke, Diane Arbus et Nan Goldin ont été chacun une source d’inspiration. Ces photographes de l’intime, du réel, m’ont donné envie, au-delà de l’esthétique, de parler de nos vies. Le travail de Sophie Calle m’a également inspiré pour la série des Dormeurs. Néanmoins, j’ai photographié les modèles dans leur propre lit et non dans le mien ! Toujours cette idée de travailler l’universalité dans le quotidien, le banal. »

Atelier(s)

« Artiste est un métier fantastique. Je le sais parce que ma mère est peintre ! Je travaille actuellement sur une série de portraits d’artistes dans leurs ateliers, qui paraissent tous les mois dans le magazine Miroir de l’art. Je prends rendez-vous, je passe un moment avec l’artiste. Je prends mon temps dans des lieux submergés d’outils, de tubes de peinture, d’œuvres un peu partout, des lieux imprégnés du travail de mon hôte et de son esprit de créateur. Je suis aussi coréalisatrice d’un documentaire sur les artistes et la place qu’ils occupent dans la société. Ce moyen métrage est en cours de production. »

Fanny Begoin
Série Les ateliers, ici celui de Gosti, Fanny Begoin.
Série Les ateliers, ici celui de Vladimir Velikovic, Fanny Begoin.

Avenir

« Je ne sais pas si je me considère comme une artiste. J’aime exposer mes photos, mais je prends les choses qu’on me propose. Une chose est sûre, je n’ai jamais envisagé de faire autre chose. La photo est aussi une raison d’existence. Je suis une “addict” de l’image. »

Liberté

Fanny Begoin
Renato et Honoré, série Hug me, Fanny Begoin.

« Quoi de mieux, pour une photographe, que de tenter de définir un terme aussi vaste que liberté par une photographie ? Depuis quelques années déjà, je réalise avec des anonymes une série dans laquelle je demande à des couples de s’étreindre pour recréer un moment de leur intimité. Je l’ai appelée Hug me, un terme anglais finalement assez difficile à traduire (2)… Face à l’objectif, Renato et Honoré s’enlacent, ils s’embrassent, se serrent. Ils s’aiment depuis plus de 10 ans. Leur image me semble idéale pour faire rimer amour et liberté. La liberté d’être qui on est et d’aimer qui on veut. »

 

 

(1) La mère de Fanny Begoin est Marion Tivital.
(2) « Hug me » peut par exemple être traduit par « Prends-moi dans tes bras », « Fais-moi un câlin » ou encore « Serre-moi fort ».

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Crédits photos

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