La fabuleuse horde de Theo Jansen

Theo Jansen

Après le Chicago Cultural Center en février et mars dernier, c’est au tour de l’Exploratorium de San Francisco d’accueillir les créatures poétiques de Theo Jansen. C’est la première fois que le plasticien néerlandais présente outre-Atlantique une rétrospective de son travail entremêlant art et science, débuté il y a maintenant 25 ans.

« En tant qu’artiste, je pense que la frontière entre l’art et l’ingénierie n’existe que dans nos esprits. Mon travail s’inscrit davantage dans notre rapport à la nature que dans l’histoire de l’art. Je veux découvrir des choses, non faire de l’art pour l’art, tout en tentant d’influer sur la manière dont les gens regardent le monde. » Theo Jansen définit ainsi sa démarche dans une récente interview accordée au journal américain Sculpture Magazine*. Né en 1948 dans la cité balnéaire de Scheveningen, près de La Haye, le Néerlandais a d’abord suivi des études de sciences physiques avant de bifurquer sur la voie de la peinture. « Les Strandbeest – bêtes de plage – sont nées en 1990 d’un lent processus de réflexion qui prenait source dans mon éducation scientifique, poursuit-il. (…) Avec elles, je crée une nouvelle forme de vie, non pas à partir de pollen ou de graines, mais avec des tubes en plastique. Je fabrique des squelettes capables de marcher grâce au vent ; ils n’ont besoin d’aucune autre nourriture. » Tubes en PVC, morceaux de toile, cordelettes, bouteilles et colliers de serrage en plastique sont les éléments constitutifs de ses sculptures cinétiques, dont les noms latins évoquent une espèce du vivant dûment répertoriée : Animaris Umerus Segundus, Animarus Ordis, Animaris Suspendisse sont parmi celles à découvrir à l’Exploratorium de San Francisco. « Le travail de Theo Jansen nous incite à réfléchir aux processus d’évolution inhérents à la notion d’adaptation, ainsi qu’au rôle que nous jouons dans le remodelage du monde qui nous entoure, analyse Marina McDougall, directrice du centre d’art du musée. Il nous oblige à réaliser combien la définition de la vie est bien plus complexe que ne nous le pensons au premier abord. » Conçue comme une rétrospective, l’exposition Strandbeest : The Dream Machines of Theo Jansen offre d’« expérimenter » diverses machines, mais aussi de découvrir un large choix de dessins, une vidéo et un ensemble de photographies documentant l’aventure. Une aventure que l’artiste compare volontiers à « un conte de fée enraciné dans le réel ». « Mon travail permet aux spectateurs de regarder autrement le monde qui les entoure et, je l’espère, de l’appréhender avec davantage d’imagination. (…) De mon côté, j’aimerais à terme lâcher mes animaux en troupeaux sur les plages, afin qu’ils vivent leur propre existence. »

* Propos extraits d’un entretien avec Christina Lanzl, publié en juin 2016 dans Sculpture Magazine.

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