Il était une fois… Omar Bey

Lundi 2 octobre 2017 aux environs de Tunis. Avec une bande de journalistes, nous empruntons une allée meuble et passons entre deux palmiers pour atteindre l’entrée du palais délabré. La bâtisse au faste passé distille la nostalgie touchante des lieux qui ont des choses à raconter. A l’intérieur, Omar Bey attend. L’homme est taiseux, comme on dirait à la campagne, mais l’œil est amusé. L’exercice habituel du question/réponse est compliqué par la compagnie des autres. Il va falloir trouver autre chose. Avant même d’entrer dans les pièces servant d’atelier, nous investissons la terrasse. Chacun est concentré. Tout le monde prend des photos. L’horizon de mer et de ciel est souligné par une palissade en tôle. Des oiseaux dessinés en noir s’échappent d’un regard contrarié par des barreaux. Une sculpture de briques et de ciment retient prisonnier un fauteuil sans assise ni dos. Rentrons. « Il était une fois un penseur immobile, figé et désenchanté, ouvrant son esprit et s’explorant par nécessité. Son état statique invita alors, bien vite, de noirs volatiles arrogants et vulgaires à grignoter, à percer, à petits coups d’aiguillons acérés, son crâne tendre… Ces invités intempestifs nichés dans son esprit, s’appliquant à pondre allégrement des pensées torturées et parasites, transformèrent alors le penseur en une bonbonnière sucrée et morbide, remplie à ras bord de ce bitume rouge, lui bouchant les artères à sentiments. » La feuille renforcée est un peu écornée. « Est-ce vous qui avez écrit le texte qui accompagne la série de dessins accrochés dans le couloir ? » L’artiste : « Oui ». « Si je vous donne des mots, accepteriez-vous de me donner des phrases ? » L’artiste : « Oui ». Et voilà sa stature imposante pliée sous le poids du stylo, penchée au-dessus d’un petit carnet noir, inscrivant son adresse e-mail. Les mots étaient déjà là. Tout prêts à jaillir et à revenir auréolés d’une anecdote, d’une réflexion, d’un sentiment. Mais Omar Bey préférait les voir venir. Un message les achemina de Paris le vendredi 6 octobre. Ils partirent à dix et, par un facétieux renfort, ne revinrent qu’à peine 30 ! L’artiste avait décidé de s’inventer un jeu des mots et de nous donner à voir plutôt qu’à lire. Chacune de ses réponses est le titre d’une de ses œuvres. C’est toujours magnifique d’être surpris.

Enfance

Barbaboum.

Cercle

Slice of life.

Silence

Ceux qui restent.

Lumière

Oizos.

Dessin

Socrate.

Rouge

Overdose.

Ephémère

Balles perdues.

Rythme

Danseuse.

Visage

Kool w balaa (traduction : « Bouffe et ferme ta gueule »).

Liberté

Larguez les amarres !

 

Crédits photos