Embrasser le chaos bleu et fécond de Dany Danino

Dany danino_pieuvre

Le Musée Rops à Namur poursuit sa mise en lumière de la gravure belge contemporaine avec cette exposition monographique consacrée à Dany Danino, Lisier d’encre. Un univers fascinant inspiré de documents photographiques où motifs et formes se répètent, s’amoncellent, se superposent, se contaminent et se dévorent mutuellement dans un chaos esthétique.

Cette exposition est une exploration de la gravure, de ses techniques les plus traditionnelles – eau-forte, pointe sèche, lithographie – aux plus expérimentales et contemporaines, comme ces grandes impressions sur stickers recouvrant des vitrages, cette impression monumentale sur bâche ou même cette vidéo retranscrivant parfaitement le phénomène des images perçues les unes à travers les autres. Pour Véronique Carpiaux, conservatrice du musée, le choix de présenter le travail de Dany Danino se justifie aussi par les rapprochements que l’on peut faire entre son univers et celui de Félicien Rops. Similitude dans les motifs employés, une manière identique de travailler et retravailler les processus d’impression et de réimpression – parfois, une même gravure est présentée dans des états différents, par enrichissement des plaques originales – et, enfin, ces annotations en marge qui donnent l’idée d’une œuvre originale.

Des milliers de photos

Dany Danino
Night Sea I, Dany Danino, 2012.

Lisier d’encre est un travail à partir de milliers de photos initialement stockées sur ordinateur, retranscrites ensuite en dessin jusqu’à en perdre le caractère photographique. Des motifs apparaissent, en appellent d’autres. Des traits se déchaînent, se superposent et se cannibalisent. Viennent les encrages, la presse, le rehaussage au stylo à bille ou au feutre démultipliant la source photographique originelle en émergences organiques, physiques, informes, où domine l’élément liquide dans un mélange irrigué de bleus contrastés, d’arabesques, de volutes et de formes jetées sur le sol. Un monde passé au microscope qui se révèle en détails et pigments dans toute sa complexité. Invisibles à l’œil nu, ces architectures, ces ramifications, cet univers presque neuronal et cellulaire, ces réseaux connectés et ces arborescences imbriquées semblent flotter en apesanteur.
L’artiste nous plonge au cœur d’une œuvre vivifiante et métaphysique où se joue la confusion du monde. Danino dessine à plat comme dans la tradition asiatique ou chez l’expressionniste abstrait Jackson Pollock, tournant autour de la feuille de papier parfois jusqu’à la saturation, quelquefois de manière lacunaire en omettant de recouvrir une partie du support. A l’intérieur, se joue un chaos presque volcanique. Un vaste magma encré qui dissout et absorbe les êtres, les choses et les formes, se répand en couches. Pêle-mêle luttant pour leur salut, des éléments mécaniques, floraux, minéraux, humains et galactiques, des formes spectrales et évanescentes invitent à s’approcher de l’œuvre, tant sa perception globale semble impossible. Danino trouve dans le désordre un espace de jeu fécond. (…)

Dans le cadre d’un partenariat engagé avec notre consœur belge Muriel de Crayencour, créatrice d’un site d’actualité artistique en Belgique, nous vous proposons d’un clic de poursuivre la lecture de cet article sur Mu-inthecity.com.

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