Duy Anh Nhan Duc, l’émerveillé de la nature

Invité par le Centre d’art Les 3 CHA, à Châteaugiron (35), le plasticien végétal Duy Anh Nhan Duc y a réalisé des installations inédites où il n’est question que de nature et d’harmonie. La poésie qui jaillit à flot continu de l’œuvre arrive à point nommé pour nous rappeler que la nécessité de l’écologie et d’un regard bienveillant sur notre environnement n’a pas systématiquement besoin de choquer. A bon entendeur, paisible découverte !

Les cimes du ciel, Duy Anh Nhan Duc, 2017.

« Le pissenlit tient une place très particulière dans ma démarche artistique. » Pour qui ne le connaît pas, la déclaration de Duy Anh Nhan Duc a de quoi étonner. Dans son atelier parisien, l’artiste vietnamien transforme des végétaux aux formes subtiles et invente une nature poétique comme « en équilibre sur la fine pointe de l’instant* ». Trèfles, pavots, hortensias, lichens… sans oublier les pissenlits, bien entendu, sont la matière d’une œuvre magique. Fruits d’inlassables cueillettes, ses installations sont d’une éphémère et sensible beauté. Que ce soit à travers des sculptures, des fresques, des illustrations ou encore des vidéos, sa pratique consiste essentiellement à mettre en lumière la nature. Tout a commencé au Vietnam, où le plasticien vécu jusqu’à ses dix ans. « Les premières années de ma vie ont été heureuses et en plein air. Je passais la majeure partie de mon temps à grimper aux arbres et notamment dans celui qui était devant chez moi. Dans mon esprit d’enfant, il faisait partie de ma famille. » C’est dans ce temps privilégié que la relation de Duy Anh Nhan Duc avec la nature s’est établie. Arrivé en France, le dessin est très vite devenu un moyen de renouer avec la végétation tant aimée qu’il avait quittée. « J’ai débuté par des dessins à l’encre de Chine d’un monde imaginaire dominé par une nature surréaliste. Rapidement, j’ai eu besoin d’outrepasser les limites de la représentation. J’ai eu envie de matières, de couleurs, d’odeurs, de formes. Le végétal est alors devenu le médium principal. » C’est en développant cette singulière palette que son parcours artistique s’est dessiné.

Aux 3 CHA, les installations ont toutes été pensées pour l’exposition Hope et en fonction de l’architecture du lieu. « La chapelle m’a tout de suite attiré : sa lumière, sa voûte et aussi l’énergie qui s’en dégage. » Et l’artiste de se lancer hardiment dans une réflexion sur le lien entre société, nature et religion. « Au départ, toutes les religions ont divinisé la nature et l’ont adorée. Dès lors que les dieux ont été humanisés, l’homme est lui aussi devenu divinité. Dans la Genèse, c’est Dieu qui crée le monde, en aucun cas, dans cette pensée, la nature n’est créatrice. A partir de cet instant, la nature est devenue secondaire. Elle est soumise à l’homme qui va la gérer. Pour moi, la nature est la matrice du vivant. La placer au centre d’un lieu historiquement relié à une religion était l’opportunité de lui redonner, d’une certaine façon, son caractère sacré. » Pièce maîtresse de l’exposition, Les cimes du ciel déploie un parterre de douze mille pissenlits en fleur menant à un escalier céleste. « Le langage de cette plante est universel. Il possède la faculté de nous reconnecter avec l’enfant qui est en nous, avec un instant de notre vie où nous cultivions encore un lien privilégié avec la nature. » En contrepoint de ces graines en dormance, des centaines de pousses de chêne forment L’ombre fleurie, tel le souvenir d’un arbre qui n’est plus. Accompagnant ces installations végétales, deux sculptures : L’espoir, silhouette d’épines cachant dans son dos une rose, et L’éveil, gisant de pistils en fleur dont certains ont été enfermés dans une sphère posée sur son torse. « Les créations que j’imagine permettent de mettre en lumière des végétaux que nous connaissons tous, mais que nous ne regardons plus. Dans mon travail, tout est prétexte à honorer le végétal. Chaque œuvre est une invitation aux autres à prendre le temps de regarder la nature avec un œil nouveau, avec attention et sensibilité. »

* Expression empruntée au philosophe et musicologue français, Vladimir Jankélévitch (1903-1985) dans l’ouvrage « Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien », éditions du Seuil, 1981.

Aux 3 CHA, la création in situ est de mise

Vue extérieure du Centre d’art Les 3 CHA.

Ouvert en juin 2015, le Centre d’art Les 3 CHA est installé dans la CHApelle du CHAteau de CHAteaugiron ! Entièrement restauré et classé aux Monuments historiques, l’édifice du XIIe siècle a été récompensé l’an dernier par le Prix national Les Rubans du Patrimoine. Le lieu compte quelque 350 m2 et affiche clairement son objectif : la mise en valeur du patrimoine par l’art et l’obligation pour les artistes de créer des œuvres in situ. Structure communale entièrement portée et financée par la mairie de Châteaugiron – avec le soutien de la Communauté de communes du Pays de Châteaugiron –, le Centre d’art Les 3 CHA est un choix politique en faveur de la culture. Il représente une volonté de mettre à la portée du plus grand nombre l’art contemporain. La présence d’un médiateur pour accompagner le public dans la compréhension du travail artistique sert cet objectif. Après deux saisons, le lieu culturel peut déjà s’enorgueillir de quelque 20 000 visiteurs.

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