D’utopie en utopie avec Luis Camnitzer

Le Museo Reina Sofía, à Madrid, consacre une rétrospective d’envergure inédite à Luis Camnitzer, l’une des figures clés de l’art conceptuel latino-américain. Placée sous le commissariat d’Octavio Zaya, l’exposition Hospice of Failed Utopias (L’hospice des utopies avortées) s’articule autour des œuvres les plus emblématiques du plasticien et essayiste uruguayen, tout en déclinant les grands thèmes de ses recherches entamées il y a près de 60 ans : la démystification du rôle de l’artiste dans la société de consommation, la capacité artistique du langage, la dématérialisation de l’objet artistique, le pouvoir évocateur des images ou encore la participation active du spectateur.

Né en 1937 à Lübeck, originaire d’une famille juive qui fuit l’Allemagne nazie en 1939 pour se réfugier en Uruguay, Luis Camnitzer a grandi et étudié l’art à Montevideo, ainsi qu’à Munich et à New York. Dans les années 1960, l’artiste vit entre les Etats-Unis et son pays d’adoption, jusqu’à ce que la dictature (1973-1985) ne le pousse à opter pour une résidence permanente sur le territoire américain. En choisissant de s’inspirer de l’une de ses œuvres, Failed Utopias, pour titrer son exposition rétrospective, Luis Camnitzer évoque à la fois le passé du bâtiment abritant le Museo Reina Sofia – un ancien hôpital et hospice pour malades mentaux – et sa propre quête qu’il associe volontiers à la notion d’utopie : « Un processus par lequel on cherche à atteindre la perfection, et où cette perfection, telle un mirage, ne fait que s’éloigner aussi vite que l’on croit s’en rapprocher. Quelque chose de semblable à une révolution dans une révolution. »
Forte d’environ 90 vidéos, photographies, collages, gravures, sculptures et installations, l’exposition se divise en trois grandes parties. La première aborde le conceptualisme selon Luis Camnitzer, lequel, partant de la dématérialisation de l’objet artistique, propose des processus de pensée qui abordent la réalité politique et sociale. La deuxième, composée d’œuvres des plus évocatrices, dans lesquelles les éléments visuels acquièrent une plus grande importance, est la conséquence logique de ces processus et participe de ce que l’on pourrait appeler « l’art politique », pan de son travail qui résonne plus particulièrement dans les années 1980 et 1990, alors que l’Uruguay est sous la coupe des militaires. The Uruguayan Torture Series (1982), Los San Patricios (1992) et El Mirador (1996) comptent parmi les œuvres phares de cette période. Enfin, un troisième temps fait la part belle aux pièces les plus récentes et à l’importance que revêtent l’enseignement et l’éducation dans la vie comme dans l’œuvre de Luis Camnitzer. « Je suis un artiste, mais je peux utiliser une salle de classe, un livre ou un article comme médium, confiait-il en 2014 à ArtsHebdoMédias, à l’occasion de sa première exposition personnelle en France. Le fait d’enseigner fait entièrement partie de ma démarche artistique. » A travers notamment Insults (2009), The Assigment Book (2011), ainsi que les installations monumentales Art History Lesson (2000) et The Classroom (2005), présentées au Musée Reina Sofia, Luis Camnitzer vient rappeler combien pratique artistique et enseignement sont tous deux porteurs d’espoir, de questionnement et de liberté.

Lire aussi « Luis Camnitzer – La leçon d’éveil ».

Contact

Luis Camnitzer – Hospice of Failed Utopias, jusqu’au 4 mars au Museo Reina Sofia.

Crédits photos

Image d’ouverture : The Classroom, 2005. Vue de l’exposition Hospice of Failed Utopias au Museo reina Sofia © Luis Camnitzer, Archives photographiques du Museo Reina Sofia – El Mirador © Luis Camnitzer, Archives photographiques du Museo Reina Sofia – Art History Lesson © Luis Camnitzer, Archives photographiques du Museo Reina Sofia – Vue de l’exposition Hospice of Failed Utopias au Museo reina Sofia © Luis Camnitzer, Archives photographiques du Museo Reina Sofia – Failed Utopias © Luis Camnitzer, Alexander Gray Associates et Parra & Romero – This is a Mirror, You Are a Written Sentence © Luis Camnitzer, Daros latinamerica Collection (Zürich)