Dunkerque sous le signe de la démesure

J-4 avant le lancement de Gigantisme, manifestation triennale européenne qui se propose d’explorer plus particulièrement les relations entre art et industrie, tout en mettant en exergue le fruit de collaborations entre artistes, designers, ingénieurs et architectes. Le territoire dunkerquois, dans les Hauts-de-France, est l’hôte de son édition inaugurale qui réunit, jusqu’au 5 janvier 2020, les œuvres de près de 180 artistes français et internationaux réalisées depuis la seconde moitié du XXe siècle. Sculptures, pièces de design, films, maquettes, peintures et autres installations, dont tout un ensemble créé pour l’occasion, sont à découvrir dans les trois lieux phares, dédiés à l’art contemporain, que sont la friche industrielle de la Halle AP2, le Frac Grand Large – Hauts-de-France et le Lieu d’Art et Action Contemporaine (LAAC), ainsi qu’au fil des espaces publics et portuaires situés dans leurs environs immédiats.

« Le gigantisme se caractérise par un état d’esprit unique qui, après la Deuxième Guerre mondiale, a œuvré au fondement même de la modernité européenne. Cette histoire culturelle, artistique est en partie marquée par une convergence singulière entre l’art et l’industrie, opérant une mutation des gestes, des processus et des idées. Ce patrimoine vivant, sur lequel il existe peu d’écrits, nécessite que l’on s’en empare. Comprendre comment cette modernité occidentale s’est pensée, formée, diffusée, permet d’en saisir les enjeux fondamentaux. La mise en perspective de son évolution a pour vertu de nuancer les oppositions entre progrès et décélération. Qualifiée par les historiens d’“année-pivot”, d’“année-janus”, 1947 marque l’initiative d’une reconstruction après une crise existentielle sans précédent, où la notion fondatrice d’humanisme et ses valeurs concomitantes ont été sérieusement ébranlées. Les “identités nationales” réduites et essentialisées, durant les années noires, deviennent à partir de la fin des années 1940, l’enjeu d’une appropriation artistique, intellectuelle, sociale et économique. Une effervescence collective qui souhaite participer à l’avènement d’un futur confiant. » Tel est le point de départ de la réflexion collégiale menée par la direction artistique de l’événement, confiée à Keren Detton, Géraldine Gourbe, Grégory Lang et Sophie Warlop*. Pour sa première édition, Gigantisme s’articule ainsi autour d’un projet de recherche « examinant sous un angle nouveau » l’histoire de l’art de 1947 à 1989, année charnière marquée par la chute du mur de Berlin. S’inscrivant en résonnance à l’histoire industrielle de la région, le parcours de Gigantisme se caractérise par une approche pluridisciplinaire invitant à réfléchir aussi bien au passé qu’au présent et à l’avenir de notre lien à l’industrie, à travers le regard d’artistes, d’ingénieurs, de designers, de graphistes ou encore d’architectes. Il se décline en cinq chapitres. « Paysage mental » fait converger, pêle-mêle, grande et petite échelle, industrie globalisée et consommation mondialisée, perception de l’espace et architecture fonctionnelle, patrimoine et art contemporain en différents lieux institutionnels et espaces publics. « A l’Américaine » prend la forme d’une exposition présentée au LAAC et rend hommage à son fondateur, le collectionneur Gilbert Delaine, qui aimait à « comparer les terres de la ville à un paysage américain du Far West » et a produit de nombreuses œuvres aux dimensions monumentales. « Space is a House », à découvrir au Frac, s’intéresse plus particulièrement à la révolution domestique ayant marqué les quatre décennies de la période 1947-1989, à travers le prisme du design. « Ecrans parallèles » est un espace de projection semi-permanent installé au LAAC dont le programme entend explorer « la diversité et la singularité des approches que les cinéastes et artistes ont menées autour du continent du travail ». Enfin, « Points hauts, points bas » se décline en un ensemble de balades dédiées à la découverte d’œuvres immatérielles et de performances à travers le paysage de Dunkerque, lui-même marqué par un gigantisme d’ordre industriel et portuaire. La triennale s’accompagne par ailleurs d’une politique forte de médiation et d’animation. Documents d’aide à la visite en plusieurs langues, cahiers destinés au jeune public, visites guidées et ateliers sont quelques-uns des outils développés à cet effet. Pour l’heure, rendez-vous est donné ces samedi et dimanche 4 et 5 mai : performance, concert, table ronde et autres temps de rencontre avec des artistes sont au programme du week-end inaugural.

* Keren Detton est la directrice du Frac Grand Large – Hauts-de-France, Géraldine Gourbe est philosophe et commissaire d’exposition indépendante, Grégory Lang est également commissaire d’exposition indépendant et producteur, Sophie Warlop est la directrice du LAAC et du Musée des Beaux-Arts de Dunkerque.

Contact

Gigantisme – Art et industrie, du 4 mai au 5 janvier 2020 à Dunkerque.
Plus d’informations sur www.gigantisme.eu.

Crédits photos

Image d’ouverture : Desire Lines, 2015 © Tatiana Trouvé, photo Frac Grand Large – Hauts-de-France courtesy Gagosian Gallery et König Gallery – Ce qu’il reste, des champs de ruine naîtront des champs de coquelicots © Steve Abraham et Nicolas Messager, photo Steve Abraham – Dumbodelire © Alexandre Périgot, photo Frac Grand Large – Hauts-de-France courtesy Solang Production – Bouche moi ce trou © Anita Molinero, photo Frac Grand Large – Hauts-de-France – La Sainte Famille © Daniel Spoerri, photo Centre Pompidou, MNAM-CCI / ADAGP – SESOS © Tania Mouraud (mise en situation Amandine Mineo), courtesy Rubis Mécénat cultural fund / ADAGP – Pouf Sassi © Piero Gilardi, photo Yves Chenot