D’une réalité l’autre avec Ed Atkins

Ed Atkins

Ses vidéos très haute définition, constituées d’images de synthèse et marquées par l’omniprésence du son, brouillent immanquablement notre rapport au monde. Le Britannique Ed Atkins est actuellement l’invité du Musée d’art moderne de Francfort, en Allemagne, dans le cadre d’une exposition personnelle intitulée Corpsing, qui réunit deux de ses installations récentes.

En quoi l’automatisation, la technologie et le numérique impactent-ils notre existence en tant qu’individu ? Telle est la question autour de laquelle Ed Atkins a choisi d’articuler ses recherches depuis une quinzaine d’années. Né en 1982, l’artiste anglais explore les possibilités des outils informatiques d’imagerie actuels de manière réflexive, interrogeant tant le médium lui-même que les relations complexes nouées entre l’univers immatériel du numérique et l’aspiration typiquement humaine à être « connecté » tant à son propre corps qu’aux autres. Ses installations vidéo, créées à l’aide de techniques d’animation par ordinateur, mettent en scène un personnage – auquel il prête généralement sa voix et ses expressions faciales – partageant ses émotions et questionnements existentiels par le biais de monologues, souvent ponctués de façon inopinée d’extraits de chansons populaires, de bruits corporels, d’apparition d’intertitres, d’images d’archives et autres logos ; autant de phénomènes disruptifs caractéristiques de la diffusion des médias sur Internet.

Au MMK, l’artiste déploie deux de ses œuvres récentes. Fruit d’une commande de la Biennale d’Istanbul de 2015, Hisser met en scène, sur trois murs-écrans, un homme – dans sa chambre, la nuit, et peut-être plongé dans un cauchemar –, visiblement prisonnier d’un état continu de solitude et de confusion qui semble mener vers une (seule) issue dramatique. Avec Safe Conduct (2016), Ed Atkins joue sur le registre de l’absurde, détournant le protocole de sécurité des aéroports sur fond de Boléro de Ravel allant crescendo. Trois écrans suspendus, et formant un triangle, dévoilent ainsi un décor d’aéroport dévasté et désert, dans lequel erre un homme au visage brûlé. Les machines, elles, continuent de fonctionner : les voyants clignotent et les tapis roulants transportent des matériaux habituellement prohibés : cutters, armes à feu, mais aussi matières organiques et fragments de corps sont déposés par le personnage qui, alternativement, effectue les gestes prescrits par les consignes de sécurité en cas d’accident et s’automutile.

Entremêlant l’esthétique lisse de l’image numérique à la complexité des sentiments humains comme à l’imperfection qui caractérise notre enveloppe corporelle, Ed Atkins s’appuie sur les ressorts du jeu vidéo, du vidéoclip et de la publicité pour dresser un portrait tragique, mais surtout inquiétant, de la psyché collective contemporaine.

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