D’un seuil l’autre avec Cristina Iglesias

Pavillons suspendus, jalousies, couloirs et autres labyrinthes sont parmi les formes récurrentes développées par Cristina Iglesias à travers une pratique sculpturale où s’entremêlent matériaux industriels et éléments naturels. L’artiste espagnole est actuellement à l’honneur de la programmation du Centro Botín, centre d’arts visuels dessiné par Renzo Piano et inauguré à l’été 2017 par la fondation éponyme à Santander, ville côtière du nord de l’Espagne.

« Le monde de Cristina Iglesias est un lieu de seuils, suspendu au bord de lieux imaginaires, écrivait Giuliana Bruno, chercheure en arts visuels et enseignante à Harvard, en 2013, à l’occasion de la rétrospective dédiée à l’artiste par le Musée Centre National d’art Reina Sofía, à Madrid. Dans cet univers, sculptures et textures forment un dialogue imaginatif avec l’architecture et l’environnement, exposant ainsi sa temporalité. Elaborés avec une variété de matériaux suggérant une métamorphose d’états vitaux, ces travaux exigent des formes de vie fluides. Même s’il semble qu’ils essaient d’empêcher les visiteurs du musée ou de la galerie d’y entrer physiquement, ils offrent une forme d’accès visuel virtuel. Ce sont des portes ou plutôt des portails qui nous invitent à traverser les frontières, y compris celle qui sépare l’intérieur de l’extérieur… Un voyage introspectif commence au moment où nous trouvons cette forme de sculpture qui ne conçoit pas l’espace comme un simple contexte. L’espace est le travail et il faut garder à l’esprit ses différents plans d’existence. »
Née en 1956 à San-Sébastien, Cristina Iglesias comptent parmi les figures de la scène espagnole de l’art contemporain, qu’elle a représentée à deux reprises à la Biennale de Venise, en 1986 et 1993. Après un premier cursus universitaire en chimie, elle part étudier la céramique et le dessin à Londres au Chelsea College of Art and Design entre 1980 et 1982. Si, en 1988, elle reçoit une bourse Fulbright qui lui permet de partir étudier à l’Institut Pratt de New York, c’est bel et bien son séjour dans la capitale britannique qui va déterminer le développement singulier de son œuvre. Elle y découvre à la fois des processus de matérialisation de la sculpture beaucoup plus ouverts qu’en Espagne et se rapproche, non seulement du mouvement de la Nouvelle Sculpture Britannique – dont Tony Cragg, Richard Deacon, Barry Flanagan, Anthony Gormley, Anish Kapoor et Bill Woodrow furent quelques-uns des représentants –, mais aussi de l’Ecole de Düsseldorf. S’appuyant sur des matériaux les plus divers – tels le bronze, le cuivre, l’albâtre, la résine, l’argile, le verre, le bois ou encore le béton – Cristina Iglesias imagine des environnements immersifs en lien avec les spécificités du lieu et qui, toujours, convoquent les sens du spectateur. Troublant les frontières entre dehors et dedans, organique et artificiel, visible et invisible, ses installations offrent d’accéder à un endroit « autre », d’où se déploie un regard décalé et poétique sur le monde. L’exposition du Centro Botín réunit pas moins de 23 installations, créées entre 1992 et 2018, qui sont autant de lieux insolites et d’espaces à expérimenter.

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